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Doha: la crise économique risque de nuire gravement à la lutte aux changements climatiques

La crise économique qui frappe de plein fouet l'Europe et qui continue de faire souffrir les États-Unis risque de nuire encore davantage aux mesures qui doivent pourtant être prises pour lutter contre les changements climatiques.

C'est du moins ce qu'on doit comprendre des signaux envoyés mardi par l'Union européenne et Washington, dans le cadre de la conférence sur le climat de Doha.

Les deux puissances économiques ont fait savoir qu'il ne fallait pas attendre un nouvel engagement sur une aide financière ambitieuse pour aider les pays du Sud à s'adapter aux impacts des changements climatiques et à lutter contre ceux-ci. «La question de savoir s’il y aura des annonces ici sur de nouveaux engagements n’est pas la bonne question», a laissé tomber le négociateur américain, Jonathan Pershing. «Les temps sont durs en Europe pour les finances, a déclaré pour sa part le négociateur européen, Pete Betts. Nous, ainsi que d’autres pays développés, ne pourrons pas être en mesure de prendre ici des engagements pour 2015».

La communauté internationale s'était pourtant engagée en 2009 à Copenhague à injecter plus de 100 milliards de dollars d'ici 2020 afin d'aider les pays les plus pauvres. Plusieurs États insulaires, notamment, redoutent de plus en plus les effets d'une hausse du niveau des océans, les conséquences des bouleversements des précipitations et la multiplication des événements climatiques extrêmes.

Les pays présents à Copenhague avaient donc convenu de verser une première tranche de 60 milliards de dollars d’ici 2015. Cet enjeu est d'ailleurs au coeur des négociations qui se déroulent actuellement à Doha, au Qatar. Pour le moment, déplorent plusieurs, les coffres sont toujours vides. En fait, seuls des pays comme le Royaume-Uni et l’Allemagne ont fait des déclarations sur les fonds qu’ils allaient dépenser au cours des prochaines années. Mais il ne s’agit pas nécessairement de nouveaux financements.

La secrétaire d’État allemande à l’Environnement, Katherina Reiche, a annoncé un milliard de dollars «supplémentaires» pour les années 2013-2014. «Nous espérons que cela permettra d’apporter un peu de mouvement dans les négociations», a-t-il souligné. Mardi, le Royaume-Uni a indiqué qu’il dépenserait 2,8 milliards de dollars en 2014-2015, mais des ONG lui ont reproché de faire des annonces sur des sommes déjà budgétisées.

La France a, elle, préféré «expliquer ce qui est déjà fait», selon le ministre du Développement Pascal Canfin. Ce dernier a ainsi rappelé les 2,5 milliards de dollars par an injectés dans le fonds d'aide via l’Agence française de développement et les six milliards pour les trois prochaines années pour aider, notamment l’Afrique, à se doter d’énergies renouvelables.

Revenant sur ces chiffres, la commissaire européenne Connie Hedegaard a assuré qu’ils prouvaient que l’Europe était «sérieuse sur ses engagements financiers», ajoutant, au nom de la Commission européenne, que 650 millions de dollars devraient être versés l’an prochain aux pays en développement, dont 260 millions pour l’Afrique.

«Nous voulons voir de l’argent sur la table avant de partir», a néanmoins martelé le négociateur gambien Ousman Jarju, représentant les pays les moins développés. Cette question peut «décider de la réussite ou de l’échec» de la conférence de Doha, estimait mardi le représentant de l’ONG Oxfam, Tim Gore, qui mettait en garde contre de «possibles tactiques de diversion» des pays occidentaux sur ce dossier.

Le Proche-Orient et l'Afrique du Nord durement touchés

Par ailleurs, un nouveau rapport de la Banque mondiale publié mercredi indique que les pays du Proche-Orient et d’Afrique du Nord seront particulièrement affectés par le réchauffement climatique. Si la tendance actuelle se poursuit, les températures moyennes dans les pays arabes devraient augmenter de 3°C d’ici 2050, la température nocturne augmentant de 6°C, selon un rapport publié en marge de la conférence de l’ONU.

«Le climat des pays arabes va connaître des extrêmes de température sans précédent», avertit le rapport. Les pluies dans la région, qui dispose des plus basses quantités au monde d’eau douce, devraient être de plus en plus aléatoires et les crues éclair plus fréquentes. «L’eau sera moins disponible et avec la croissance de la population, cette région déjà pauvre en eau pourrait ne pas avoir les ressources suffisantes pour irriguer les récoltes, soutenir l’industrie, et fournir l’eau potable», ajoute la Banque mondiale.

La production agricole devrait croître moins rapidement au cours des prochaines décennies, et commencer à baisser vers 2050. «C’est un phénomène alarmant, car près de la moitié de la population dans le monde arabe vit dans les zones rurales, et 40% des emplois sont liés à l’agriculture», souligne le rapport. La hausse des températures devrait également poser des problèmes sanitaires, des maladies comme le paludisme et la dengue atteignant de nouvelles régions.

La Banque mondiale appelle donc à une action urgente pour s’assurer que les plans d’adaptation aux changements climatiques soient intégrés dans les politiques nationales. «Le climat devenant plus extrême, ses répercussions sur la vie et le bien-être des gens le seront aussi, a averti Inger Andersen, vice-président pour la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du nord. Il est temps de prendre des mesures au niveau national et régional.»

Le changement climatique a déjà affecté ou devrait bientôt affecter la plupart des 340 millions habitants du monde arabe, mais les 100 millions les plus pauvres seront les plus durement touchés.

Avec l'Agence France-Presse
 
 
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