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    Agriculture - Un nouveau régime alimentaire pour les bovins!

    Chaque vache émet environ 176 kilos de méthane par année

    L’agriculture est responsable de près du quart de la quantité de méthane générée au Canada. L’une des solutions les plus efficaces pour réduire les émissions de ce deuxième gaz à effet de serre en importance : changer l’alimentation des bovins et des vaches sur les fermes.


    Chaouki Benchaar, chercheur scientifique pour Agriculture et Agroalimentaire Canada, estime que la contribution de l’agriculture aux émissions totales de gaz à effet de serre (GES) « n’est pas énorme » en comparaison d’autres secteurs d’activités, comme le transport ou les industries. N’empêche, M. Benchaar travaille tout de même à ce que le milieu agricole fasse sa part, comme les autres secteurs, dans la lutte contre le réchauffement de la planète. L’agriculture est responsable de 7 à 9 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada et du Québec. Ce secteur d’activités est l’un des plus grands émetteurs de méthane (CH4), avec près du quart des émissions canadiennes de ce GES, selon les chiffres de Nature Québec. Le méthane a un potentiel de réchauffement 21 fois supérieur au CO2.


    Et pour M. Benchaar, il ne fait pas de doute que la solution la plus efficace pour réduire les émissions de méthane dans l’agriculture réside dans le changement de régime alimentaire des vaches et des bovins. Cette stratégie, selon ses observations, a les meilleurs résultats à court terme. Dans le domaine agricole, les éructations des vaches et des bovins - et non pas les flatulences, comme le veut la croyance populaire - demeurent, et de loin, la principale source d’émissions de méthane. Selon Agriculture et Agrolimentaire Canada, 90 % du méthane émis dans le secteur de l’agriculture est produit par la digestion des aliments chez les bovins et ovins. Selon Nature Québec, chaque vache émet environ 176 kg de méthane par année, si on tient compte de la gestion du fumier, qui va de pair avec l’élevage.

     

    Stratégies d’atténuation


    « Ce qu’il faut comprendre, c’est que grosso modo, quand la vache ingère une ration alimentaire riche en fibres, c’est favorable à la production de méthane », résume le chercheur à l’autre bout du fil, depuis son bureau de Sherbrooke. Les bactéries et les microbes à l’intérieur du rumen, lorsqu’elles font fermenter des aliments riches en fibres, émettent de l’acide acétique, libérant à son tour de l’hydrogène propice à la production de méthane. En revanche, des céréales et des aliments riches en amidon produisent, lors du même processus de fermentation, de l’acide propionique, qui utilise cet hydrogène et empêche les bactéries méthanogènes de le transformer en méthane. Les matières grasses, quant à elles, ont tendance à limiter la fermentation dans le rumen et ainsi diminuer la quantité de méthane relâché.


    M. Benchaar se penche sur l’efficacité de ces stratégies d’atténuation déjà utilisées, comme celles de nourrir les vaches laitières avec un fourrage de meilleure qualité ou avec davantage de matières grasses. Il étudie aussi les répercussions lors d’ajout d’huiles essentielles ou d’oléagineuses (graines de tournesol, de canola et de lin) dans l’alimentation des vaches laitières, des stratégies qui pourraient contribuer à réduire les émissions de méthane de 5 à 20 % chez une vache. Il évalue aussi de nouvelles stratégies prometteuses, comme l’introduction de probiotiques dans la nourriture des bovins.

     

    Impacts


    Or, les avantages découlant de ces changements apportés au régime alimentaire des vaches ne sont pas seulement d’ordre environnemental, assure le professeur auxiliaire de l’Université Dalhousie d’Halifax. « Le méthane, c’est une perte d’énergie pour l’animal, explique-t-il. Quand l’animal ingère des aliments, ça contient de l’énergie, et environ 2 à 12 % de cette énergie ingérée par l’animal est perdue sous forme de méthane. Pour la vache laitière, c’est environ 6 %. Donc, lorsqu’on développe des stratégies alimentaires pour réduire le méthane, l’objectif poursuivi est double. On va réduire la contribution des élevages et, par conséquent, de l’agriculture, aux émissions totales de gaz à effet de serre, mais il y a aussi un effet beaucoup plus économique. Si on arrive à réduire les pertes d’énergies sous forme de méthane, l’énergie qu’on récupère, il peut être utilisé par l’animal à des fins de production de lait ou de viande, par exemple. »


    N’empêche, cette solution, malgré son efficacité, doit être appliquée tout en ayant une vue d’ensemble. « On doit avoir une approche beaucoup plus globale. Il faut s’assurer que lorsqu’on intervient dans un maillon de la chaîne pour réduire un gaz à effet de serre, ici le méthane, on n’augmente pas la production d’un autre gaz à effet de serre, comme le protoxyde d’azote, qui, lui, peut être encore plus nocif », prévient-il.


    « Si vous êtes fermier et que vous mettez du maïs dans la ration alimentaire [des vaches], vous allez réussir à réduire le méthane. Mais pour en cultiver au champ, vous allez peut-être devoir utiliser de la machinerie pour labourer, pour le récolter, pour le fertiliser, donc, ça va dégager du CO2. Vous allez peut-être devoir utiliser des fertilisants chimiques, tels que des fertilisants à base d’azote, qui contribuent à émettre un autre gaz à effet de serre, soit le protoxyde d’azote », donne-t-il comme exemple d’utilisation de maïs inappropriée.


    Il rappelle aussi que certaines pratiques peuvent soulever des questions éthiques : « Est-ce qu’il faut alimenter les ruminants avec des céréales, alors qu’il y a d’autres pays [où la population accuse] un déficit alimentaire ? Il faut situer toutes les choses dans leur contexte. »


    Certaines stratégies sont d’ailleurs difficiles à exporter. Par exemple, l’ensilage de maïs ne constitue pas une solution plausible pour réduire le méthane en Nouvelle-Zélande, où l’élevage du bétail s’effectue dans des pâturages. « Chaque région et pratiquement chaque ferme sont typiques. Je ne peux pas, demain, aller recommander aux gens du Bas-du-Fleuve de faire des cultures qu’ils ne peuvent pas faire comme ici, dans le sud du Québec. » C’est pourtant ce défi qui, aux yeux de M. Benchaar, rend le sujet de ses recherches si intéressant. « La panoplie est tellement large qu’on essaie de toucher à presque tous les types d’alimentation, indique-t-il. Les combinaisons de différents aliments, l’utilisation de différentes solutions comme des additifs alimentaires permettent justement de cibler certaines stratégies, et nous, en tant que nutritionnistes, c’est à nous d’évaluer quelles seront les conséquences, non seulement sur le méthane, mais aussi sur la production du lait. »


    Et dans certains cas, les solutions s’avèrent non seulement tout à fait indiquées, mais aussi faciles à mettre en pratique. « Parfois, on arrive avec des moyens qui sont simples, comme remplacer un foin de graminée par un foin de luzerne, alors que le fermier produit déjà les deux. Cela se fait et vous réduisez le méthane », indique-t-il.


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