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Alerte en Arctique

La quantité de détritus a doublé au fond de l’océan depuis dix ans

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	Par les clichés qu’il a pris du fond de l’océan Arctique entre 2002 et 2011, le système photograhique OFO (Ocean Floor Observation System) de l’Alfred Wegener Institute (AWI), en Allemagne, a permis de voir que la quantité de détritus qui jonchent ces fonds marins avait doublé en dix ans.</div>
Photo : Alfred Wegener Institute
Par les clichés qu’il a pris du fond de l’océan Arctique entre 2002 et 2011, le système photograhique OFO (Ocean Floor Observation System) de l’Alfred Wegener Institute (AWI), en Allemagne, a permis de voir que la quantité de détritus qui jonchent ces fonds marins avait doublé en dix ans.
Deux fois plus de détritus jonchent le fond de l’océan Arctique qu’il y a dix ans, selon un nouvel article publié dans le journal scientifique Marine Pollution Bulletin. Le rétrécissement et l’amincissement de la glace recouvrant l’océan Arctique joueraient un rôle dans l’accroissement de cette désastreuse pollution.

C’est en comparant des photographies prises en 2002, 2004, 2007, 2008 et 2011 du fond de l’océan Arctique, plus particulièrement de la section orientale du détroit de Fram, que la biologiste Melanie Bergmann de l’Institut Alfred Wegener (IAW) pour la recherche marine et polaire a fait ce triste constat.


Ces clichés ont été obtenus à l’aide d’un système photographique, dénommé Ocean Floor Observation System (OFO), qu’on descend à 2500 m de profondeur, soit à 1,5 m du fond de la mer, et qui prend une photo par seconde, tandis qu’il est tiré depuis la surface. Les biologistes des fonds marins de l’IAW se servent habituellement de ces clichés pour suivre les changements que subit la biodiversité marine visible à l’oeil nu. Ces clichés leur ont cette fois permis de voir combien la pollution s’était accrue dans les fonds marins au cours de la dernière décennie.


Alors que des détritus, principalement des plastiques, étaient visibles sur 1 % des photos de 2002, ils apparaissaient présents sur 2 % des clichés de 2011. L’analyse des clichés indique que leur nombre serait passé de 3635 éléments/km2 en 2002 à 7710 éléments/km2 en 2011, atteignant ainsi des densités similaires à celles observées dans un canyon des grands fonds sous-marins à proximité de Lisbonne, la capitale du Portugal.


La majorité des débris étaient des plastiques (59 %). Mais les chercheurs ont aussi trouvé un matériau noir (11 %) ressemblant à du papier pour toiture, du carton (7 %), du polystyrène, des élastiques, du papier d’emballage, du papier hygiénique, des bouts de corde et des bouteilles de bière.


Les photographies ne permettent pas de connaître l’origine exacte de ces détritus, mais Melanie Bergmann croit que le rétrécissement et l’amincissement des glaces de l’Arctique y sont pour quelque chose, car « dans l’Arctique, le couvert de glace agit comme une barrière naturelle en empêchant les déchets présents sur les banquises qui sont emportés par le vent de se retrouver dans la mer, et aussi en bloquant le passage aux bateaux », a expliqué la chercheuse au fil de presse EurekAlert, tout en précisant que le trafic maritime a énormément augmenté depuis que le couvert de glace s’est peu à peu aminci dans cette partie du détroit de Fram qui est en fait devenu la voie navigable entre le Groenland et l’île norvégienne du Spitzberg. Selon la spécialiste des fonds marins, le nombre de bateaux de plaisance a triplé et celui des navires de pêche est 36 fois plus élevé qu’avant 2007 dans les eaux entourant le Spitzberg. De plus, un décompte des détritus lors des séances de nettoyage annuelles des berges du Spitzberg a montré que les déchets qui sont rejetés proviennent principalement des pêcheries.


Ces observations ne surprennent pas le professeur de l’Université Laval, Louis Fortier, qui est également directeur scientifique du Réseau de centres d’excellence ArcticNet. « Les activités humaines augmentent dans l’Arctique, il y a de plus en plus de navigation surtout dans le détroit de Fram. Il y a davantage de navires de pêche et de bateaux de plaisance qui y circulent, et ceux-ci représentent les deux plus grandes sources de débris polluants dans les autres océans du monde. Les navires de pêche rejettent énormément de plastique, d’autant que les filets et les gréements de pêche sont souvent en plastique. Et c’est une vieille tradition marine que de rejeter ses déchets par-dessus bord, c’est tellement facile », souligne M. Fortier qui est responsable du brise-glace de recherche Amundsen. Mais la découverte des chercheurs allemands de l’IAW est particulièrement consternante, car les fonds de l’Arctique semblaient être l’endroit le plus reculé de la planète, le plus à l’abri de ce genre de pollution.


Les auteurs de l’article soulignent également que 67 % des détritus qu’ils ont observés étaient en contact d’une façon ou d’une autre avec des organismes des fonds marins. Ils ont vu par exemple des sacs de plastique enchevêtrés dans des éponges, des anémones de mer qui s’étaient établies sur des morceaux de plastique ou des bouts de corde, voire des cartons et une bouteille de bière colonisée par des lis de mer. Or, certains de ces animaux peuvent se blesser lorsqu’ils entrent en contact avec ces débris. Ces blessures peuvent mettre en péril leur respiration, ralentir leur croissance, voire diminuer leur rythme de reproduction. « Les animaux peuvent se retrouver coincés dans ces objets plastiques. Ils peuvent même en ingurgiter, et comme le plastique reste dans leur estomac, il en rétrécit le volume, ce qui fait que ces animaux ne se nourriront pas autant que normalement », précise Louis Fortier.


D’autres études ont révélé que les sacs de plastique qui coulent au fond des mers diminuent les taux d’oxygène sur les sédiments qu’ils recouvrent, réduisant ainsi le nombre d’organismes qui peuvent survivre dans de telles conditions. Melanie Bergmann affirme aussi que ces déchets modifieront la biodiversité des grands fonds marins, car ils favoriseront l’émergence d’espèces qui cherchent ces supports durs pour s’installer et qui normalement ne trouvaient pas de substrat convenable pour se développer.


« Au fur et à mesure que l’Arctique deviendra un océan libre de glace, il sera utilisé de plus en plus souvent pour la navigation, et ce problème de pollution s’amplifiera. À moins qu’on trouve une façon d’éduquer les utilisateurs », conclut Louis Fortier.

 
 
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