Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Déplacements - Et si on y allait à pied?

    20 septembre 2012 |Claude Lafleur | Actualités sur l'environnement
    Le transport en commun, qui fait en sorte que l’on marche plus que si on utilisait son auto, est bénéfique pour la santé.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le transport en commun, qui fait en sorte que l’on marche plus que si on utilisait son auto, est bénéfique pour la santé.

    Comment le transport conditionne nos vies, ou comment les longs trajets ville-banlieue ont fait disparaître les Lise Payette et Jacques Normand de nos écrans en fin de soirée. De la marche comme antidote aux embouteillages.


    Dans les années 1950-1960, les travailleurs avaient tendance à se coucher après 23 heures et à se lever vers 7 ou 8 heures, puisque bien souvent ils demeuraient à moins d’une demi-heure de marche de leur travail. Cela leur permettait de « sortir » le soir en semaine (y compris d’aller au match de hockey qui débutait à 20 heures) et de regarder les grands talk-shows de 23 h (Jacques Normand, Lise Payette…). Aujourd’hui, bon nombre de travailleurs se lèvent très tôt pour se plonger dans les embouteillages. En conséquence, on sort moins, le hockey commence à 19 h et il n’y a plus de talk-show en fin de soirée ! Comme quoi nos habitudes de vie ont radicalement changé.


    C’est précisément l’impact de nos déplacements et du transport sur nos vies qu’étudie Ugo Lachapelle, professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal. Il oriente ses travaux sur le transport actif, le transport en commun et l’analyse de l’évolution des déplacements et de ses effets sur les activités quotidiennes.

     

    Les bénéfices de la marche


    Avant tout, Ugo Lachapelle s’intéresse aux problèmes d’environnement et, surtout, vise à élaborer des solutions. « J’ai commencé par faire un baccalauréat en environnement à l’Université d’Ottawa, dit-il. Je me suis vite aperçu qu’on faisait souvent le constat des problèmes, mais qu’on discutait peu des solutions. J’ai par la suite réalisé une maîtrise en environnement et c’était un peu la même chose… Je suis donc allé faire un doctorat en aménagement urbain, où là j’ai étudié la prise en compte des questions de santé dans la planification des transports. »


    Le jeune chercheur a entrepris une démarche originale en analysant l’impact de la marche à pied comme activité physique et comme moyen de déplacement ! « Mon projet de thèse a porté plus spécifiquement sur les liens entre l’usage du transport en commun et la marche à pied, explique-t-il. J’ai ainsi mis en évidence les bénéfices pour la santé d’utiliser le transport en commun. » C’est bénéfique, parce qu’on marche alors pour se rendre à l’arrêt d’autobus ou à la station de métro, de même à l’autre bout du trajet, puis lors du retour à la maison. « Au final, on se trouve à marcher bien davantage que si on prenait son auto », constate-t-il, soulignant qu’il est ainsi facile de faire la demi-heure minimale d’exercice quotidien recommandée. « Et lorsqu’on songe que nous sommes tous fort occupés, c’est peut-être le seul moyen de faire un minimum d’exercice physique », renchérit-il.


    Ainsi donc, intégrer l’activité physique à son quotidien par le biais du transport en commun « est une idée qui a fait son chemin, souligne en souriant M. Lachapelle, et qui commence même à influencer les municipalités dans leur planification ».


    Ainsi, le chercheur observe que l’un des facteurs qui favorisent la marche et l’utilisation du transport en commun est la concentration de services variés le long de trajets possibles. « Lorsqu’on se déplace à pied, on désire disposer de différentes possibilités, dit-il, choisir ce qui nous convient le mieux. Par exemple, en vous rendant à l’arrêt d’autobus, si vous pouvez en même temps passer par divers commerces ou si vous avez le choix entre différents itinéraires, voilà qui favorise la marche. »


    C’est pourquoi il importe de densifier les villes, plutôt que de les étendre comme cela se fait souvent en banlieue. « Dans ce sens, le nouveau Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) adopté récemment - qui vise à favoriser la concentration plutôt que l’étalement urbain - est un pas dans la bonne direction, observe Ugo Lachapelle. Il s’agit de favoriser le développement de secteurs où il y a un bon service de transport en commun, avec, à proximité, une série de services et une densité de population qui justifient l’implantation d’une infrastructure de qualité. »

     

    Plus de déplacements ?


    Par ailleurs, Ugo Lachapelle entreprend une vaste étude sur l’évolution de la mobilité quotidienne depuis 25 ans et des relations avec notre emploi du temps. Cette étude portera sur des questions très pertinentes : la proportion des déplacements en véhicule a-t-elle été réduite au profit du transport en commun, de la marche et du vélo ? A-t-on observé une réduction de la durée des déplacements ? A-t-on aujourd’hui moins de temps pour la pratique d’autres activités tels les loisirs, le sport ou les activités familiales ? Les nouvelles technologies de l’information sont-elles associées à une réduction des déplacements en raison du télétravail, des communications et du magasinage virtuel ?


    « J’utiliserai les enquêtes d’emploi du temps de Statistique Canada, réalisées tous les cinq ans depuis 1986, afin de suivre l’évolution des déplacements, indique le chercheur. D’après les données initiales, il semble que les gens se déplacent plus qu’auparavant. On passe plus de temps dans son automobile qu’on ne le faisait il y a dix ou quinze ans et on parcourt de plus grandes distances. »


    L’un des volets de sa recherche traitera de l’impact des nouvelles technologies de l’information. « On pense généralement que l’usage d’Internet devrait faire en sorte qu’on se déplace moins, dit-il, puisqu’on échange via le courriel et les réseaux sociaux, on magasine en ligne et on fait venir les choses à la maison au lieu d’aller les chercher soi-même, etc. Il y a donc là l’idée que les technologies de l’information feraient en sorte qu’on se déplace moins… »


    Or, révèlent les enquêtes, il semble que non seulement les gens se rendent à leur travail mais qu’ils font aussi une autre série d’activités, ce qui fait que, au bout du compte, on se déplace davantage qu’il y a vingt ans ! « Ça, c’est un aspect qui n’a pas encore été énormément étudié et que je vais creuser », rapporte Ugo Lachapelle. Qu’est-ce donc qui conditionne réellement nos comportements en matière de déplacement ?













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.