Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Réorienter le Plan Nord

La tentation sera grande pour le nouveau gouvernement Marois de tirer profit du Plan Nord avec quelques ajustements mineurs. Mais c’est d’une réorientation - pour ne pas dire d’une révision fondamentale - dont ce plan a besoin, car on ne désenclave pas, c’est-à-dire qu’on n’ouvre pas à la civilisation et à son « progrès » un territoire de 1,2 million de kilomètres carrés sans y regarder à deux fois pour éviter les erreurs commises dans le sud, dans le passé.


Ce plan est le résultat des besoins de plusieurs grandes sociétés, dont Hydro-Québec, qui ont dicté à Québec où elles voulaient atterrir dans ce territoire presque vierge. Avec des promesses relevant davantage du marketing politique, comme celle de protéger 50 % de ce territoire d’ici 2030, Jean Charest a vendu ce plan comme un exemple de développement durable. Rien n’est moins sûr.


Certes, Québec s’est au moins engagé à créer des aires protégées sur 20 % de ce territoire d’ici 2020. Mais on voit bien à quel point il est facile de promettre pour les autres gouvernements, qui pourront les modifier quand les contextes et les enjeux seront différents.


Mais ce qui est certain, c’est que jusqu’ici, Québec a procédé à l’envers. Au lieu de délimiter les enjeux de conservation, d’abord pour savoir où il ne fallait absolument pas mettre les pieds, on a laissé les industriels dicter les sites d’exploitation, quitte à délimiter des aires protégées autour.


Deuxièmement, ce n’est pas un plan transparent.


Plusieurs groupes de travail ont été constitués sur différents enjeux, mais comme dans le groupe de travail sur l’énergie, ses membres n’ont même pas le privilège d’obtenir une copie de leur propre rapport. Partout dans ces groupes, les membres doivent signer des ententes de confidentialité. Et à la Table centrale, dite des partenaires, qui regroupe les porte-parole des groupes de travail, non seulement on siège rarement, mais là aussi on n’est pas en mode d’élaboration d’une vision intégrée du territoire nordique sur une base scientifique.


Personne ne dispose, dans les comités, d’un dossier informatif complet sur les impacts appréhendés aux plans sociaux, environnementaux et économiques, ni d’un éclairage scientifique rigoureux et complet sur les choix stratégiques que le Québec doit faire pour développer ce gigantesque territoire le plus harmonieusement possible. En somme, du développement traditionnel vendu à la sauce du développement durable.


C’est cette façon de faire qu’il faut revoir. Et de fond en comble, en procédant comme l’a recommandé le Comité de l’environnement de la Baie-James, c’est-à-dire avec une évaluation environnementale stratégique (EES). Mais pas un semblant d’EES, comme Québec est en train d’en commettre un dans le dossier des gaz de schistes, où les choix sociaux de base ont été éludés avec la douteuse complaisance de plusieurs organismes et ministères.


Le gouvernement Charest a aussi voulu justifier économiquement son Plan Nord en s’inspirant de modèles scandinaves, où les bénéfices du pétrole s’en vont dans un fonds des générations. Mais la situation québécoise commande sans doute de créer un autre modèle, plus novateur, où une partie des bénéfices économiques serait laissée délibérément dans le sous-sol au profit des prochaines générations. Au rythme où Québec pourrait s’investir financièrement dans des sociétés minières dont la survie et la rentabilité sont douteuses, il faudrait y regarder à deux fois alors que le boom minier semble en voie de ralentir.


Le cas de la mine Ragland est un exemple de ce qu’une population qui se tient debout peut obtenir. Les Cris ont obtenu des garanties de plein emploi et une part des bénéfices de la mine, ce qu’aucune région non autochtone n’a réussi, à ma connaissance. Les Cris ne voulaient pas qu’on agrandisse cette mine, car il aurait fallu, disaient-ils, importer de la main-d’oeuvre, ce que leurs petites communautés pouvaient difficilement absorber sans impacts sociaux majeurs (drogue, alcool, logement, prostitution, etc.) Mais la mine a été néanmoins agrandie parce qu’une fois de plus, les besoins des entreprises ont primé ceux des populations. On ne peut plus, pour les autres projets, éliminer l’hypothèse d’une surchauffe aux dépens de la main-d’oeuvre locale.


Une véritable EES permettrait de délimiter ce qu’il faut absolument protéger si les enjeux de conservation ont toujours un sens au Québec. Il faudra confier rapidement à un BAPE un peu plus musclé le soin de proposer, après un vaste débat public, une ébauche de politique de protection de notre biodiversité. Cette politique pourrait guider alors l’élaboration de l’EES, encadrer les examens sous l’empire des conventions de la Baie-James. Ce moment de réflexion permettrait à Québec de faire enfin preuve de transparence et de refaire la Loi sur les mines, dont la vieille version encadre encore les projets du Plan Nord.


À l’évidence, un temps d’arrêt s’impose pour imposer une nouvelle vision dans ce dossier, qui accorderait la priorité à des examens d’impacts rigoureux, à un débat public transparent, et qui constituerait une véritable aide à la décision gouvernementale dans l’intérêt supérieur du Québec actuel et futur.

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel