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    Pétrole à Anticosti - Contrer l'irréparable

    Les citoyens ont bien raison de le dire : un moratoire s’impose sur l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti. Le Devoir réclamait déjà ce temps d’arrêt il y a un an et demi, soulignant l’improvisation gouvernementale dans ce dossier. Et pourtant, mirage pétrolier oblige, on est allé de l’avant, sans égard à rien d’autre que l’argent.

    Ah, la Norvège ! Pays de référence, et pays qui peut servir de modèle parce qu’il est riche, et il est riche parce qu’il a du pétrole… Il n’en faut guère davantage pour transformer un potentiel pétrolier en synonyme de social-démocratie.


    C’est un argument qu’on retrouvait encore hier dans un texte publié sur le site du Huffington Post Québec et signé d’un vice-président de Junex qui expliquait l’intérêt de son entreprise pour l’exploration pétrolière à Anticosti. La dette du Québec qui fond à mesure que des milliards de barils (propriétés du privé…) se remplissent : c’est un projet rêvé !


    Si les rêves n’ont que des contours économiques, ce raisonnement se tient. Mais l’obsession économique a pour fâcheuse habitude de tenir pour partie négligeable d’autres dimensions de la réalité. Ainsi du très tangible fait qu’Anticosti est une île absolument unique, à l’écologie exceptionnelle. Et qu’on ne sait toujours pas, même si on les devine, quels risques sa flore, sa faune, ses forêts, ses eaux encourent avec l’arrivée des pétrolières.


    Des citoyens s’en inquiètent, et avec raison puisque le gouvernement libéral n’a pas jugé bon de se préoccuper de la question, traitant Anticosti, si peu peuplée, comme un terrain vague à céder sans remords.


    Quant aux pétrolières, la firme Pétrolia a fait savoir qu’elle appuie les travaux menés à l’Université Laval portant sur la protection de l’habitat du cerf de Virginie sur l’île. Fort bien. Mais que fait-on des autres espèces animales, végétales et aquatiques qui font partie de son écosystème ?


    Anticosti est à elle seule un cas d’école, exemplaire de la précipitation qui caractérise l’actuelle quête d’or noir au Québec.


    D’abord sur le plan, fondamental, de la transparence. Hydro-Québec, avec l’aval du premier ministre de l’époque Bernard Landry, s’était lancée il y a dix ans dans l’exploration pétrolière, mais a curieusement cédé, en 2008, ses permis d’exploration à Anticosti à la firme Pétrolia. En toute discrétion. Entente qu’on nous jure conclue dans les normes, mais dont il est toujours impossible de savoir ce que l’État québécois en a retiré.


    Se sont par la suite ajoutées d’autres entreprises qui ont tout bonnement obtenu du ministère des Ressources naturelles et de la Faune les permis d’exploration restants, « disponibles à qui voulait bien les prendre », signalait hier le vice-président de Junex. Disons qu’ils n’ont pas fait l’objet d’une grande publicité…


    Cette arrivée du privé à Anticosti, dont on cherche encore l’atout pour la collectivité québécoise plutôt que pour les actionnaires, n’a pas le moins du monde été encadrée. Aucune évaluation environnementale ne fut mise au programme quant à l’impact sur l’île. Mieux encore, la réglementation elle-même soustrait des contraintes de la Loi sur la qualité de l’environnement les activités d’exploration ! Autant dire que les compagnies ont la part belle. D’ailleurs, Junex est sur le point de lancer les opérations de déboisement et de dynamitage requises pour identifier l’emplacement de futurs forages, prévus pour 2013.


    Les Québécois sont tenus à l’écart de toute cette activité. Ils n’en prennent connaissance que par bribes, alors que c’est le sort d’un joyau de notre patrimoine qui est en jeu. Cela n’a jamais troublé les libéraux, pour qui le développement économique se confond avec le laisser-faire. Il faut donc déjà subir les conséquences de l’emprise des entreprises sur une île qui ne leur appartient pas. Mais il est plus que temps de stopper la machine avant que les dégâts ne deviennent irréparables.

     
     
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