Congrès Goldschmidt 2012 - Le sous-sol, espoir de l’humanité
Pour Lawrence Cathles, professeur au Département des sciences de la terre et de l’atmosphère de l’Université Cornell, dans l’État de New York, la planète ne s’est jamais si bien portée. « Nous n’avons jamais vécu plus longtemps, nous n’avons jamais été aussi en santé, aussi bien éduqués et eu autant à manger », a-t-il fait valoir, ouvertement optimiste, devant l’assemblée de spécialistes. Comme la croissance démographique ralentira d’ici la fin du siècle pour atteindre son plafond, a-t-il poursuivi, le véritable défi se résume donc à un mot : l’énergie.
« Le grand défi, c’est de fournir des ressources pour amener 10,5 milliards de personnes à vivre selon les standards actuels de l’Union européenne d’ici 100ans », soit 7 kilowatts par personne par année - une condition essentielle, selon lui, pour assurer un avenir équitable à la population mondiale. Le chercheur soutient que c’est dans l’énergie nucléaire, qui ne produit pas de CO2, contrairement aux énergies fossiles, et qui n’a pas besoin de kilomètres d’étendues de terres fermes comme l’énergie éolienne, que se trouve la clé. « Les énergies renouvelables peuvent nous alimenter en partie, mais il reste qu’il y a encore plus de 50 % de l’énergie que nous consommons qui doit venir d’ailleurs. »
Selon Lawrence Cathles, comme le cycle hydrologique aurait fait s’accumuler « une quantité énorme d’uranium dans nos océans », de même que des quantités appréciables de lithium, de cuivre et de phosphate - notamment utilisé comme engrais -, nos fonds marins peuvent amplement assurer tous nos besoins en ressources. À ceux qui pourraient s’inquiéter des impacts sur l’environnement d’une extraction de masse, le géologue répond que « la nature va l’extraire pour nous ». En utilisant les courants marins et un tissu spécial permettant l’absorption des particules d’uranium présentes dans l’eau.
Le chercheur toutefois reste conscient des « risques » de son projet pour alimenter l’humanité en énergie, des risques qu’il faut à son avis « accepter » et qu’il voit comme un stimulant.
Exploiter la durabilité
S’il faut continuer d’exploiter nos sous-sols, il convient toutefois de le faire dans le respect de l’environnement, tranche Patrice Christmann, géologue et directeur adjoint au Bureau de recherches géologiques et minières, en France. Défenseur d’un cycle de réutilisation et de recyclage des ressources, l’expert insiste sur le « besoin énorme pour l’humanité de matières premières, de denrées alimentaires, de ressources agricoles»,d’où le nécessaire équilibre entre exploitation, équité et responsabilité.
« Il faut développer une économie circulaire basée sur le recyclage et la réduction de la consommation des ressources. On peut apprendre à fabriquer un téléphone en utilisant moins de cuivre, d’or et de matières premières.C’est ce cercle vertueux qu’il faut poursuivre, la réduction de l’usage des ressources tout en assurant aux citoyens les mêmes services. »
À défaut d’utiliser pleinement la géothermie ou l’éolien - une énergie verte qui, signale le géologue, ne l’est pas toujours si l’on s’attarde aux méthodes d’extraction utilisées pour bâtir l’éolienne elle-même -, il faut impérativement « verdir » le processus d’extraction. « On peut produire une matière première en cochonnant tout, en envoyant des acides dans les rivières, en émettant du CO2 et du soufre, comme on peut faire la même chose proprement. »
Comme la Chine produit actuellement presque 90 % de certains métaux du monde - dans des conditions qu’il qualifie d’« assez lamentables » -, il faudrait de surcroît encourager le développement de l’industrie minérale au Canada, en Europe et en Australie, estime Patrice Christmann. « Ce sont des pays dont les niveaux de régulation sont élevés qui amènent donc les industriels à travailler avec des standards élevés concernant les émissions et les déchets. »








