Les gyrophares de la forêt
J’achève une fois de plus la tournée des grands magasins de plein air de Montréal, les Atmosphère, Chlorophylle, Mountain Coop et même La Cordée, à laquelle je demeure fidèle depuis des décennies parce qu’on y trouve encore des sifflets comme à l’époque où j’étais scout. Le meilleur pour discuter à distance avec ma chienne de chasse, Gaïa. Il y a encore quelques valeurs qui perdurent, quoi ! Mais pas toutes.
Ça fait dix ans maintenant qu’année après année je cherche un coupe-vent passe-partout, qui respire bien mais qui offre une certaine résistance à la pluie, dont le matériau est relativement silencieux et qui serait en vert foncé ou kaki afin de passer inaperçu en forêt.
Un tel vêtement, pour être vraiment pratique, offrirait quatre poches, dont les deux du bas en angle. Il serait de format « trois-quarts » pour protéger le bas du corps et suffisamment ample pour accueillir quelques pelures, mais on l’aurait doté, par précaution, d’un long lacet en guise de ceinture afin de pouvoir l’ajuster à la taille au besoin. Doté d’un capuchon pour les grosses intempéries, il ne serait cependant pas doublé pour offrir une respirabilité maximale et serait doté de fermetures éclair sous les bras pour une ventilation maximale au besoin.
Rien de bien sorcier, me direz-vous, puisque ce sont là les caractéristiques de base d’un vêtement polyvalent. Mais croyez-le ou non, un vêtement aussi simple, aux couleurs discrètes en nature, est introuvable à Montréal, du moins dans les grands magasins de plein air.
Ce qu’on trouve plutôt, ce sont des verts fluo, des rouges vifs, des jaunes pétants, des bleus encore plus détonants. J’ai bien vu des « soft shell » à forte respirabilité, mais tous sont ceintrés à vous couper le souffle si vous ajoutez la plus petite laine, naturelle ou polaire. Il y a quand même des gris et des bruns, un peu plus discrets.
Je me suis pointé, en désespoir de cause, à La Cordée, où je me suis dit que, par tradition et souci éducatif, on initiait encore sans doute les jeunes, scouts ou pas, au contact étroit avec la nature, ce qui implique silence et discrétion. Horreur : c’est comme ailleurs. Je n’arrive pas à imaginer comment autant de boutiques de plein air pensent aider les gens à s’intégrer à la nature avec des vêtements qui vous transforment en gyrophares sur pattes.
Cela dénote une profonde perversion du sens de la nature. Elle devient dans cette logique irrespectueuse un terrain de jeu, où on s’ébat sans penser qu’on viole ainsi la maison d’espèces vivantes que notre présence agresse. Cela va de pair avec la vision utilitariste de la nature adoptée par notre société : on l’envahit, on la surexploite, on la pollue et on la dénature sans le moindre remords. Et on se dit « amant de la nature »…
Quand on est aussi voyant qu’un gyrophare de voiture de police et que nos vêtements font des « zippps » au contact de chaque feuille aussi sonores pour un lièvre qu’une sirène de police, pas surprenant que lièvres, ratons, renards, perdrix et chevreuils se sauvent comme des membres du « Black Bloc » devant l’arrivée des paniers à salade !
Et dire qu’il y a des spécialistes en marketing qu’on paye grassement aujourd’hui pour… faire la même chose que tout le monde ! Et qui sont trop timides pour créer une ligne de vêtements que je baptiserais « Observateur » ou « Intégration »…
Quelqu’un veut-il un croquis en plus ?
Ceinture verte
La Fondation David Suzuki et Nature-Action Québec (NAQ) ont publié récemment un premier devis de ce qu’ils proposent comme « ceinture verte » autour de Montréal pour en faire une réalité d’ici cinq ans, ce que bien des élus municipaux jugeront trop rapide pour la vitesse de ce qui leur reste de neurones verts.
L’intérêt de ce plan, en plus de montrer qu’une ceinture verte peut se matérialiser rapidement, réside dans le fait qu’il permettrait de restaurer la connectivité des grands écosystèmes de la plus riche région biologique du Québec, mais aussi la plus menacée par le développement anarchique des dernières décennies.
De plus, ce plan — qu’on peut consulter sur le site Internet de la Fondation Suzuki — va tout à fait dans le sens de la « trame verte et bleue » qu’a adoptée la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) dans le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD). Ce plan est censé dicter à toutes les municipalités de la CMM les orientations de leur propre développement. Mais tout en respectant les principes du PMAD, plusieurs fonctions écologiques de la région pourraient être menacées si la connection entre tous ces plans locaux ne se fait pas en fonction de la protection de la biodiversité régionale.
L’intérêt de cette proposition est précisément de combler cette lacune que la CMM n’a pas voulu combler, sans doute pour éviter de se faire accuser de dirigisme. Mais la nécessité d’intégrer de façon écosystémique les développements urbains et agricoles, la protection des boisés, des rives et des sites de reproduction des cours d’eau demeure une nécessité impérative. À moins qu’on veuille faire du marketing vert plutôt que de la protection environnementale.








