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Tous les regards tournés vers Rio

Les négociations menées sont à ce jour «douloureusement lentes»

Durant les trois prochains jours, tous les regards seront tournés vers Rio de Janeiro, où environ 135 chefs d’État et 50 000 chefs d’entreprise, maires, militants et investisseurs sont attendus pour la Conférence des Nations unies sur le développement durable. Depuis plusieurs mois, des négociations serrées ont entouré les retouches apportées au document préparatoire de Rio+20. Pour avoir une idée de ce qui devrait émerger de ce Sommet de la Terre, Le Devoir s’est entretenu avec Chantal Line Carpentier, coordonnatrice du programme des grands groupes pour Rio+20 et agente de développement durable au Département des affaires économiques et sociales des Nations unies.

Ban-Ki moon, secrétaire général des Nations unies, a déclaré, le 24 mai dernier, que les négociations informelles en vue de Rio+20 avaient été jusqu’alors « douloureusement lentes », rapportait The Guardian. Un cycle supplémentaire a été organisé du 29 mai au 2 juin, car, à la sortie du deuxième cycle, le 4 mai dernier, les représentants s’étaient mis d’accord sur à peine une vingtaine d’énoncés.


À la sortie du cycle supplémentaire, seulement 70 paragraphes du document préparatoire sur 329 avaient fait l’objet d’un accord. Il ne restait alors que deux étapes avant le sommet, soit le troisième comité préparatoire (PrepCom III) et les jours de dialogue du développement durable, qui se sont déroulés à Rio durant la dernière semaine. Au moment d’écrire ces lignes, les négociateurs avaient de la difficulté à s’entendre sur un projet de déclaration finale rédigé par le Brésil pour sortir de l’impasse. Les deux grands thèmes autour desquels s’articule Rio+20, soit l’économie verte dans un contexte d’éradication de la pauvreté et le cadre institutionnel du développement durable, se sont retrouvés au centre de bien des discordes.

 

Mésententes


Jointe par téléphone au début du mois à son bureau de New York, au moment où se déroulait le cycle supplémentaire de négociations informelles, Chantal Line Carpentier a indiqué que, dans le document préparatoire de Rio+20, « aucun des paragraphes sur l’économie verte [n’avait] fait l’objet d’un accord ». Plusieurs pays en voie de développement ont manifesté leurs craintes envers ce nouveau concept, tandis que d’autres pays lui ont accolé des sens divergents. « Là vers où l’on se dirige, c’est de déterminer quelles sont les fonctions qu’une économie verte devrait remplir et de se mettre d’accord là-dessus. Parce que, si on essaie de négocier une définition de l’économie verte, on va y être encore dans dix ans et on n’a pas dix ans pour s’amuser », commente Mme Carpentier. Jeudi dernier, des négociations sur l’économie verte ont été suspendues par la Chine et les pays en développement. Celles-ci achoppaient sur les questions de la mise en oeuvre et de la création d’un fonds.


Du côté du cadre institutionnel et de la gouvernance, un consensus se dégage selon lequel la Commission sur le développement durable de l’ONU, dans sa forme actuelle, « ne fonctionne pas ». Mais comment la modifier ou par quoi la remplacer ? Les suites à donner ne font guère l’unanimité. « C’est une autre partie où il n’y a pas beaucoup de progrès », admet Mme Carpentier.


Rio+20 ne mènera vraisemblablement pas à la création d’une nouvelle Organisation mondiale de l’environnement. Plusieurs autres projets sont toutefois envisagés, comme la mise sur pied d’un Conseil du développement durable, le renforcement du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) ou du Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC), la nomination d’un haut commissaire pour les générations futures ou bien la transformation du PNUE en agence spécialisée. « Où il semble y avoir un accord, c’est d’avoir un forum de haut niveau qui se déroulerait durant l’automne, pendant que les chefs d’État sont à New York. Donc, quelque chose d’un peu plus flexible que la commission qu’on avait auparavant, où les thèmes étaient prédéterminés et où c’était plus difficile de s’attaquer aux problèmes émergents et urgents qui surgissaient. »


Plusieurs autres sujets secondaires suscitent de profondes dissensions. Chantal Line Carpentier indiquait, au moment de l’entrevue, que les questions soulevant l’égalité hommes-femmes, le plancher de protection sociale et le travail décent demeuraient polémiques. En contrepartie, Mme Carpentier affirme avoir bon espoir que les discussions portant sur l’avenir des océans et la sécurité alimentaire vont déboucher sur des ententes. Elle croit aussi que des accords devraient être entérinés à propos de la malnutrition des enfants, de la réduction des déchets et du gaspillage alimentaire, ainsi que de l’amélioration de la préparation pour faire face aux désastres. Même le paragraphe sur les changements climatiques semble faire l’objet d’un consensus.


Espoirs


Mais les grands espoirs reposent actuellement sur la création d’objectifs du développement durable (ODD). Tout laisse croire que l’un des résultats forts du Sommet de la Terre, le 22 juin prochain, consistera en l’élaboration de tels objectifs sur un canevas semblable aux Objectifs du millénaire pour le développement (ODM). Ces derniers avaient été déterminés par les Nations unies en 2000 dans le but d’éradiquer la pauvreté d’ici 2015. Mme Carpentier assure que le concept des ODD bénéficie de beaucoup d’appuis à l’heure actuelle. « La communauté européenne essaie de mettre des cibles en avant. Des pays, dont le Canada, les États-Unis et le Japon, s’y opposent, précise-t-elle. Ce vers quoi on se dirige, c’est de se mettre d’accord à Rio sur un processus pour développer ces ODD, avec des cibles et des dates. »


Rappelons que l’un des buts majeurs de Rio+20 consiste à évaluer les façons dont les textes issus des grands sommets peuvent être « mis en oeuvre », comme le martèle Mme Carpentier. « Si on avait mis en oeuvre ce qu’on avait décidé en 1992, si on avait pris l’Agenda 21 et qu’on avait mis en oeuvre chacune de ses actions, on n’aurait pas les problèmes qu’on a présentement », croit-elle. Plusieurs paragraphes de l’Agenda 21 « se contredisent entre eux », affirme tout de même Mme Carpentier.


Rio+20 lui apparaît comme le moment de revoir la cohérence de ce programme et d’en fixer les priorités. Rio+20 devient une occasion d’établir des systèmes de reddition de comptes, mais surtout de produire « un document plus court qui se concentre sur les actions concrètes ». Les décideurs locaux au niveau des municipalités, des provinces et des États pourraient s’approprier ce « cadre d’action » plus volontaire, alors que les gouvernements fédéraux réussissent difficilement à s’entendre sur les enjeux du développement durable. Les mesures contraignantes ne sont donc pas particulièrement dans le viseur de Rio+20. Ce type d’approche n’a pas eu beaucoup de succès dans la dernière décennie, justifie Mme Carpentier, en référence aux échecs qu’ont connus les dernières conférences sur le climat.


Prévue initialement du 4 au 6 juin, la Conférence sur le développement durable a été reportée de deux semaines pour ne pas entrer en conflit d’horaire avec les festivités du jubilé de diamant de la reine Élisabeth II. Pour convaincre les chefs d’État de venir, l’ONU a déplacé sa conférence au lendemain du Sommet du G20 qui s’est tenu à Los Cabos, au Mexique, lundi et hier. Mais plusieurs grosses pointures n’ont pas pour autant répondu à l’invitation. Mme Carpentier ne semble pas s’inquiéter outre mesure de la répercussion que pourrait avoir l’absence de certains dirigeants sur la réussite des accords. « Leurs ministres sont ici et ils sont en train de négocier. Donc, en fait, que [les chefs d’État] soient là ou pas, s’il y a un accord, il sera entériné par tous les pays. » Elle souligne au passage que les États-Unis coopèrent beaucoup dans les démarches, mais que Barack Obama ne semble pas s’engager publiquement, compte tenu du caractère délicat du sujet à moins de cinq mois de l’élection présidentielle.



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