Le monde des affaires et l’environnement : deux décennies après le Sommet de la Terre
Cette année, l’événement, qui porte le nom de « Rio + 20 », met l’accent sur les progrès observés (de la diminution des émissions de certains polluants atmosphériques au Canada et dans d’autres pays industrialisés jusqu’à la baisse radicale de l’utilisation de produits chimiques destructeurs de l’ozone), mais dresse également une longue liste de conditions environnementales qui sont des signes de détérioration, comme les problèmes qui affligent les océans de la planète, l’érosion de la biodiversité et les changements climatiques.
Il y a vingt ans, la relation entre la croissance économique et la protection de l’environnement a grandement influencé les débats au Sommet de la Terre. Au dire de certains, la lutte contre la pollution ou la protection des forêts allaient ralentir la croissance économique, freiner la productivité et étouffer l’innovation. Le débat se résumait souvent à un choix : des emplois ou l’environnement. À l’aube de la conférence Rio + 20, le moment est propice pour mesurer l’évolution du dilemme « emplois ou environnement ».
Des progrès
De façon générale, au cours des vingt dernières années, des progrès ont été réalisés en matière de protection de l’environnement, mais aussi dans l’établissement du coût économique des divers règlements environnementaux. En raison de ces coûts, on aurait pu s’attendre à ce que les entreprises s’opposent aux mesures de protection de l’environnement, surtout avec la récession mondiale des dernières années. Cependant, de récents sondages menés auprès de chefs d’entreprises et portant sur des mesures prises par les entreprises ici au Canada montrent un tout autre tableau.
Par exemple, les résultats d’un sondage international mené en 2011 auprès de 3000 dirigeants d’entreprise par le magazine MIT Sloan Management Review et le Boston Consulting Group révèlent que 70 % des répondants ont affirmé qu’ils tenaient toujours compte de la durabilité dans leurs décisions d’affaires. La majorité des dirigeants ont déclaré que les questions environnementales comptaient à leurs yeux en raison de leur importance pour la compétitivité et de la réputation de leur entreprise sur le marché mondial. Le tiers d’entre eux ont indiqué que, depuis qu’ils avaient ajouté la durabilité aux objectifs de leur entreprise, leur rentabilité globale avait augmenté.
Selon un rapport publié en 2010 par le Conseil canadien des chefs d’entreprise, les dirigeants d’entreprises canadiens jugent que l’amélioration de l’efficacité énergétique a généralement un effet positif sur leurs résultats financiers.
Ces dernières années, un nombre croissant d’entreprises canadiennes ont adopté des politiques et des procédures écologiques. Il y a plus de vingt ans, la Banque Royale du Canada a été l’une des premières banques canadiennes à se doter d’une politique environnementale. Depuis, toutes les grandes banques canadiennes en ont adopté une et ont adhéré à diverses initiatives nationales et internationales.
Par exemple, elles ont mis en oeuvre l’initiative Carbon Disclosure Project pour mesurer leur empreinte carbone ; les Principes Équateur, qui proposent des lignes directrices pour un financement responsable sur les plans environnemental et social ; et l’initiative Finance du Programme des Nations unies pour l’environnement. Dans le secteur de l’assurance, des entreprises telles que The Co-operators ont adopté des politiques sur les changements climatiques en raison de l’augmentation des pertes liées à l’assurance que ces changements provoquent.
Continuer
Dans le secteur forestier, des associations telles que l’Association des produits forestiers du Canada se sont fixé des objectifs ambitieux pour augmenter la certification par des tiers en faveur de l’avancement de la foresterie durable.
Dans le secteur de l’alimentation au détail, les compagnies Loblaw et beaucoup d’autres entreprises offrent un éventail de plus en plus grand de fruits et de légumes produits de manière durable, tandis que Tim Hortons s’est fixé des cibles pour l’écologisation de ses activités, notamment des programmes de recyclage et la conception de bâtiments écologiques. Dans le secteur des pâtes et papiers, des sociétés telles que Cascades utilisent des fibres recyclées comme matières premières.
Ces mesures sont la preuve qu’au lieu de s’opposer à la protection environnementale, les entreprises - dont plusieurs grandes marques canadiennes - reconnaissent qu’il est sensé de gérer leurs affaires tout en tenant compte de l’environnement. Le défi qui nous attend consiste à mettre à profit l’avance que nous avons prise dans l’intégration de la question de l’environnement aux décisions d’affaires, et à continuer sur cette lancée.
Aujourd’hui, il est tout aussi important d’aller dans cette direction que ce l’était en 1992, surtout en raison des pressions qui continuent de s’exercer sur notre environnement et sur les écosystèmes, qui sont à la base non seulement de notre économie et de notre qualité de vie, mais aussi de notre avenir à tous.
***
Scott Vaughan - Commissaire fédéral à l’environnement et au développement durable








