Enbridge, un projet plus néfaste que prévu
L’acheminement par pipeline de sables bitumineux constitue un risque sérieux selon une étude
Le projet, selon ce rapport, serait particulièrement risqué pour l’Ontario, qui en accueille la majeure partie. Enbridge se proposait initialement d’inverser son pipeline no 9, qui pompe le pétrole importé, du port de Montréal vers Sarnia. En inversant le flux du pipeline, le pétrole de l’Ouest canadien, qui se voyage présentement de l’Ouest à Sarnia, filerait dorénavant jusqu’à Montréal et de là, vers Portland dans le Maine. Ce projet, nommé Trailbreaker, ne serait plus actif, soutient Enbridge. Elle a plutôt présenté un projet d’inversion limitée de sa ligne no 9 de Sarnia jusqu’à Westover, près de Hamilton. C’est ce projet qui fait depuis hier l’objet d’audiences devant l’Office national de l’énergie (ONE) à London, en Ontario.
À ces audiences, l’ONE refuse de considérer que ce projet va transporter en réalité du pétrole des sables bitumineux jusqu’à Montréal, expliquait hier Steven Guilbeault, d’Équiterre. L’ONE s’en tient à la description du projet par Enbridge, soit que l’inversion débattue ne touche que le tronçon Sarnia-Westover et qu’il s’agit de pétrole léger. Or, la semaine dernière, par communiqué officiel, Enbridge annonçait que son pipeline no 9 allait transporter du bitumen, et non du pétrole léger, de Sarnia à Montréal.
L’ONE a accordé tout juste trois semaines aux groupes environnementaux pour analyser le projet d’Enbridge, pour dénicher des experts et préparer une contre-expertise sur un projet qui n’est pas celui rendu public par Enbridge.
Or, selon l’étude d’Environmental Defense, le projet réel pose des risques sérieux parce qu’il traverse trois rivières importantes, le lac Ontario et les falaises de Niagara. Le bitumen qu’il transportera est 20 fois plus acide que du pétrole léger. Il contient 10 fois plus de soufre, ce qui aura des impacts sur la qualité de l’air à Montréal et à Sarnia. Son taux de corrosion double chaque fois qu’on augmentera la température du bitumen pour faciliter son écoulement, sans compter le fait que ce pétrole « épais et gluant » est aussi abrasif puisqu’il contient du quartz et des particules de pyrite.
Parce que ce bitumen de l’Ouest est de 40 à 70 fois plus épais que du pétrole léger, la pression doit être radicalement augmentée dans le pipeline, qui date de 1975, ce qui augmente de trois fois le risque de fuites majeures. Dans un cas similaire en 2010 au Michigan, le nettoyage d’une de ces fuites a coûté 18 fois plus cher qu’une fuite de pétrole classique.








