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    Compteurs intelligents: les craintes pour la santé sont injustifiées, selon 60 scientifiques

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	Les nouveaux compteurs d’Hydro-Québec sont au centre d’une polémique injustifiée selon un groupe de 60 scientifiques.</div>
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
    Les nouveaux compteurs d’Hydro-Québec sont au centre d’une polémique injustifiée selon un groupe de 60 scientifiques.
    Un groupe de 60 universitaires québécois dénonce le discours alarmiste qui monopolise le débat sur de possibles effets dangereux pour la santé des compteurs intelligents qu’Hydro-Québec installera prochainement dans les foyers québécois. À leurs yeux, ce débat suscite des craintes injustifiées et non fondées scientifiquement qui détournent l’attention des véritables enjeux économique, politique et technique que soulève l’installation de ces compteurs de nouvelle génération.

    Dans une lettre qu’ils rendent publique aujourd’hui dans Le Devoir en page Idées, ces 60 scientifiques des différentes universités du Québec attribuent l’appréhension du public principalement à « une mauvaise lecture de la littérature scientifique sur le sujet ». Une littérature qui compte aujourd’hui des dizaines de milliers d’articles, dont la grande majorité n’a relevé aucun lien clair entre l’exposition aux radiofréquences et de possibles effets sur la santé.
     

    Pour condamner les compteurs intelligents, les détracteurs de cette nouvelle technologie brandissent certaines études ayant montré que l’usage du téléphone cellulaire accroît les risques de cancer du cerveau, car, rappelons-le, les compteurs intelligents émettent des ondes électromagnétiques (ou radiofréquences) de fréquences et d’intensités semblables à celles générées par les téléphones cellulaires et les routeurs sans fil (WiFi). « Toutefois, parce qu’ils sont collés à notre oreille lorsque nous les utilisons, les téléphones cellulaires constituent une source d’exposition des centaines de fois supérieures à la somme de toutes les autres sources de radiofréquences dans l’environnement urbain », explique en entrevue l’initiateur de cette lettre publique, l’ingénieur biomédical Thomas Gervais, qui enseigne à l’École polytechnique de Montréal, en plus d’être journaliste scientifique à l’émission Le code Chastenay diffusé à Télé-Québec. « Si une personne se collait l’oreille sur un compteur intelligent pendant une journée complète, elle serait exposée à une dose de radiofréquences équivalente à celle générée par une conversation d’une minute et demie à un téléphone cellulaire. Et sachant que l’intensité des ondes diminue très rapidement à mesure que l’on s’éloigne de l’antenne », les compteurs intelligents n’exposeront normalement les résidants qu’à d’infimes intensités.
     

    Thomas Gervais rappelle que les quelques publications scientifiques ayant rapporté que les radiofréquences avaient un effet délétère sur la santé « n’ont pas été répliquées de manière indépendante ». Dans leur lettre, les 60 scientifiques rattachés à l’École polytechnique de Montréal, à l’Institut national de recherche scientifique (INRS) ou aux universités de Montréal, de Sherbrooke, Laval, McGill, UQAM ou Concordia, soulignent en effet qu’« un certain nombre de publications scientifiques rapportent des observations préoccupantes, mais [que] cela n’élève aucunement ces observations au rang de preuve. La publication par un ou plusieurs chercheurs d’une étude dans une revue avec comité de lecture ne constitue pas la preuve d’un effet. […] Ce n’est qu’après la réplication subséquente des résultats expérimentaux par plusieurs scientifiques indépendants qu’un consensus peut progressivement naître dans la communauté ».
     

    Selon Thomas Gervais, les détracteurs ne peuvent réclamer l’application du principe de précaution étant donné qu’aucun lien clair entre l’exposition aux radiofréquences et un quelconque effet sur la santé ne se dégage d’une analyse rigoureuse de la littérature scientifique. « L’application du principe de précaution est liée à la force des preuves apportées sur les dangers que laisse courir une technologie [en l’occurrence les téléphones cellulaires]. Elle tient également compte du rapport entre les dangers potentiels et les bénéfices que nous apporte cette technologie. Or, tous les ambulanciers vous diront que le cellulaire permet de sauver des vies », dit-il.
     

    Dans la foulée de la lettre, Thomas Gervais compte démarrer un projet de « Brigade électro-urbaine », qui offrira gratuitement aux citoyens qui le désirent de procéder à des mesures de radiofréquences dans leur résidence. Cette brigade, dont la création a été rendue possible grâce à un don du philanthrope Lorne Trottier, se composera de six étudiants de l’École polytechnique, « des universitaires indépendants » qui seront là « pour recueillir les questions, les commentaires et préoccupations des gens, ainsi que pour leur fournir les outils, les références et les arguments pour les aider à y voir plus clair ». De plus, en collaboration avec le cardiologue David Langleben de l’Hôpital général juif de Montréal, la brigade proposera aux personnes qui se disent hypersensibles aux ondes électromagnétiques de se soumettre à une expérience visant à vérifier « si les malaises qu’ils éprouvent sont de nature psychosomatique ou bien s’ils sont réellement causés par les ondes », explique M. Gervais avant de préciser que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît l’existence de l’hypersensibilité électromagnétique, qui chez les personnes qui en sont atteintes se manifeste par des maux de tête, des palpitations, ou de l’insomnie lorsqu’ils se retrouvent en présence d’appareils émettant des radiofréquences. « Or, à l’instar du vertige qui découle du malaise qu’éprouve un individu face au vide devant lui, les manifestations de l’électrohypersensibilité résultent de l’anxiété générée par les appareils émettant des radiofréquences, selon l’OMS », précise M. Gervais tout en spécifiant que l’expérience sera conduite à double insu, c’est-à-dire que ni le chercheur, ni le sujet se disant hypersensible ne sauront quand l’émetteur de radiofréquences — soit le router sans fil — sera allumé. Les chercheurs s’engagent à publier les résultats de leurs observations.
     

    Par cette démarche, Thomas Gervais espère rétablir le lien de confiance entre les scientifiques et les citoyens car sur ce sujet on a assisté jusqu’à maintenant à « un dialogue de sourds », déplore-t-il.













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