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    Pas d’économie possible sans écologie

    « Le capital humain et le capital naturel sont plus importants que le capital financier », dit Brice Lalonde

    Même si la question environnementale a en partie été évacuée du discours politique depuis la récente crise économique, le coordonnateur exécutif de la Conférence des Nations unies sur le développement durable, Brice Lalonde, se dit toujours convaincu que l’avenir de l’économie de la planète passe impérativement par une meilleure intégration de la dimension écologique. Ce constat sera d’ailleurs omniprésent lors du quatrième Sommet de la Terre, qui s’ouvre dans un mois au Brésil.

    « Il y a eu un passage entre la situation des années 70 et aujourd’hui. À l’époque, on se disait qu’il fallait protéger l’environnement. Aujourd’hui, l’environnement fait partie de l’économie. L’environnement fait partie de la réponse à la crise, a fait valoir hier M. Lalonde au cours d’un entretien avec Le Devoir. Il y a même maintenant des ingénieurs qui étudient le rendement écologique des écosystèmes, c’est-à-dire les services rendus à l’humanité par cet écosystème. On ne peut pas concevoir l’économie si on détruit le soubassement écologique. »


    « La question économique est très importante. Mais la question est de faire fonctionner l’économie encore mieux. Ça tombe bien, puisqu’avec l’écologie, ça fonctionnera encore mieux. L’économie, ce n’est pas Wall Street. On ne veut pas simplement calculer ce qu’on achète, mais plutôt se demander si c’est bon pour la société. Bien sûr, on produit des biens. Mais il faut aussi prendre en compte la vie quotidienne et se demander comment on peut vivre mieux, se rendre service, etc. », a-t-il ajouté en marge d’une conférence prononcée à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal.


    Selon cet ancien ministre français de l’Environnement, les puissances émergentes commencent déjà à comprendre cet état de fait. « Je sens que les pays qui sont maintenant les compétiteurs de l’Amérique du Nord et de l’Europe, comme la Chine ou le Brésil, considèrent de plus en plus qu’il n’y a pas de salut hors de l’économie verte. C’est l’intégration de l’écologie dans l’économie. »


    Plusieurs des États membres de l’ONU devraient d’ailleurs aborder ce vaste programme au cours du grand happening mondial nommé « Rio + 20 », qui doit s’ouvrir dans un mois au Brésil. Mais vingt ans après le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, de sérieux doutes planent sur ce qui ressortira de concret de cette rencontre. Brice Lalonde, qui a une longue carrière liée de près à la protection de l’environnement, se veut toutefois rassurant. Certes, en raison de la crise de 2008, les enjeux environnementaux ont été passablement évacués. « Il faut éteindre l’incendie avant de penser au reste. » Mais les États ne pourront selon lui éviter les constats qui s’imposent. « Rio + 20 sera le moment où la communauté internationale comprendra que le capital humain et le capital naturel sont plus importants que le capital financier », a-t-il lancé hier sans hésiter.


    Et le temps presse. Car pour l’heure, il n’existe pas de véritable organe de protection de la planète. « Personne ne défend la planète. Les Nations unies, c’est une coalition d’intérêts nationaux. Mais nul ne parle au nom de la planète ou des générations futures. »


    Ce ne sont pourtant pas les enjeux planétaires qui manquent. D’ici 2030, la planète devrait compter un milliard de citoyens de plus, pour atteindre huit milliards d’habitants. Une population qui vivra très majoritairement en ville. Une population qu’il faudra nourrir. Mais comment y arriver ? « Il faudra réinventer l’agriculture sans consommer davantage d’énergie, sans consommer davantage d’eau et sans pouvoir compter sur davantage de terres cultivables », a souligné M. Lalonde.


    Pour y parvenir, il faudra que les États riches offrent un soutien important au développement d’une agriculture beaucoup plus durable dans les pays pauvres. Dans plusieurs d’entre eux, la culture sur brûlis est encore la norme, avec toutes les conséquences environnementales que cela suppose. Il sera aussi nécessaire de trouver des façons de mieux conserver les aliments produits. À l’heure actuelle, pas moins de la moitié de tout ce qui est produit dans le monde est gaspillé, souvent faute d’entreposage adéquat.


    L’ONU a également déjà expliqué que d’ici 40 ans, la très vaste majorité des espèces de poissons des océans du globe seront tout simplement décimées, essentiellement en raison de la surpêche. Dans ce contexte, le coordonnateur exécutif de la Conférence des Nations unies sur le développement durable estime essentiel de mettre en place une « autorité internationale » de gestion des pêches qui pourrait par exemple décréter des zones de protection des écosystèmes et lutter contre la pêche illégale.


    M. Lalonde se veut par ailleurs très prudent dans ces propos lorsque vient le temps de qualifier la position du Canada qui, sous la gouverne des conservateurs, s’est tout simplement retiré du protocole de Kyoto. « Je suis un peu déçu, mais c’est l’affaire du Canada. Le Canada est un pays démocratique. C’est le peuple canadien qui décide comment il est gouverné », a-t-il dit, après quelques instants de réflexion. Il a ensuite ajouté que « l’Histoire oblige à protéger la planète et à faire en sorte que le développement soit respectueux de l’environnement. Il faut que ça aille ensemble. Il faut aussi qu’à l’avenir, les gouvernements qui donnent leur parole la respectent ».

     
     
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