Libre opinion – La ruée vers… l’herbe
Kapuskasing était une petite ferme expérimentale d’une grande efficacité. Elle faisait la plus canadienne des recherches agricoles en Amérique du Nord : l’utilisation de la fraîcheur du climat comme avantage compétitif en agriculture. Elle travaillait surtout sur l’herbe, qui s’améliore avec la fraîcheur du climat. C’est la raison pour laquelle les vaches suisses vont pâturer en haut des montagnes, sauf que dans le moyen-nord comme Kapuskasing, c’est une herbe mécanisable que l’on peut entreposer pour nourrir les animaux pendant toute l’année.
Kapuskasing a démontré deux choses que les agriculteurs de l’Abitibi-Témiscamingue ont adoptées : on peut récolter de grandes quantités de fourrage malgré les pluies fréquentes et on peut produire une qualité d’herbe exceptionnelle. Cela leur a permis de remettre en culture les terres en friches et développer leurs fermes pour atteindre des standards nord-américains. Ils se lancent maintenant dans des produits différenciés à haute valeur ajoutée à base d’herbe.
L’herbe pousse partout, dans tous nos villages, comme de la mauvaise herbe. L’expression « mauvaise herbe » est d’ailleurs comique à Kapuskasing où le chiendent, ce grand responsable des organismes génétiquement modifiés (OGM), a une valeur alimentaire extraordinaire (drôle de recherche !).
Si on sait s’en servir, l’herbe peut être la base d’une restructuration rurale, une solution pour améliorer rapidement le sort de la population aux prises avec un déclin forestier. Elle sera aussi probablement un élément de santé publique dans le futur. Contrairement aux céréales, l’herbe contient beaucoup de gras oméga3, avec tous les effets sur la santé mentale et cardiaque que l’on commence à découvrir.
Il est quand même plutôt surprenant que pendant que la plupart des nations se préparent à la pénurie alimentaire annoncée et achètent des terres partout sur la planète, le gouvernement canadien retire la recherche de la grande ceinture d’argile Ojybway-Barlow, notre plus grande réserve de sols arables au Canada, avec en plus une eau abondante et une proximité des grands marchés.
Non seulement on ne doit pas fermer la Ferme expérimentale de Kapuskasing, mais il faut lui fournir les ressources pour explorer plus rapidement ce filon et préparer une ruée vers l’herbe.
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Daniel Carle - Agronome-éleveur, Roquemaure








