Le plus grand projet de développement urbain écoresponsable au Canada prend forme à Terrebonne
Dans 20 ans, 35 000 personnes vivront dans un nouveau quartier en parfaite harmonie avec la nature
Urbanova en quelques chiffres
- 35 000 nouveaux résidants d’ici 20 ans
- 1220 hectares de territoire
- 462,7 hectares d’aires protégées (38 %)
- 12 387 habitations potentielles
- 25 % à faible densité (multifamiliales jumelées ou isolées)
- 35 % à moyenne densité (immeubles de moins de six logements)
- 40 % à forte densité (immeubles de six logements ou plus)
Le 8 février dernier, Urbanova a reçu le prestigieux prix Aménagement intégré de quartier lors de la Conférence sur les collectivités durables organisée par la Fédération canadienne des municipalités (FCM). Ce prix est remis à des projets d’aménagement qui se démarquent par une démarche novatrice intégrant efficacement les principes du développement durable.
«Urbanova est né de la volonté du conseil municipal de Terrebonne en 2006 de concevoir un nouveau projet de développement urbain qui se marierait aux qualités écologiques et physiques du site, plutôt que de s’imposer à son milieu, explique Daniel Sauriol, directeur de l’aménagement du territoire à Terrebonne. Il a donc fallu faire un inventaire complet du secteur de la Côte de Terrebonne, l’aspect faunique, l’aspect végétal, toute la question de la topographie, les boisés, les cours d’eau, les zones humides, etc. Tout a été inventorié de manière à bien connaître les forces du milieu. De là, on a dégagé des espaces à conserver, qui représentent 45 % de l’ensemble du terrain. »
Ainsi, deux boisés de plusieurs dizaines d’hectares chacun, l’un à l’est et l’autre à l’ouest, ont été ciblés et préservés. Plusieurs milieux humides de plus ou moins grande envergure également. « Nous souhaitons que la population qui va venir s’installer là bénéficie d’un environnement intéressant, souligne Marc Léger, coordonnateur en développement durable à la direction générale de Terrebonne. On va éventuellement vouloir mettre nos deux boisés en valeur avec des sentiers d’interprétation pour pouvoir y circuler, des chalets d’accueil, des plateformes d’observation, etc. Avec le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, on a aussi la préoccupation de créer des corridors de déplacement pour les animaux présents sur le territoire, notamment le long des trois principaux cours d’eau. » Des aménagements qui permettront aux habitants de vivre en harmonie avec la sauvagine, très présente dans le secteur, les chevreuils, les renards, les castors, les ratons laveurs et même quelques orignaux aperçus non loin. En harmonie également avec les moins connues que sont les tortues géographiques et les salamandres à cinq doigts, deux espèces en danger. Des aménagements propres à préserver aussi la flore, l’érable noir principalement, considéré par le ministère comme très vulnérable.
Transports actifs
Une nouvelle manière de vivre en ville, plus proche de la nature. Ce qui implique bien sûr l’utilisation massive des transports actifs, marche, bicyclette et autres patins à roues alignées, et collectifs. « La trame des rues est conçue en prenant en compte la topographie naturelle du terrain pour éviter le plus possible les remblais et déblais, explique M. Léger. Également de manière à faciliter le transport actif : si, pour accéder à un dépanneur ou à un service de proximité, comme le nettoyeur, une petite boulangerie, une pâtisserie, c’est compliqué de prendre sa voiture parce qu’il faut faire plusieurs détours, les gens vont préférer y aller à pied, surtout s’il y a des sentiers piétonniers ou cyclables et surtout si, sur leur chemin, ils passent à travers un milieu naturel, que ce soit un étang, un marais, etc. »
Un modèle en rupture complète avec la banlieue traditionnelle, axée sur l’automobile. « Il doit y avoir un arrêt d’autobus à un maximum de 300 mètres de tout logement et des stationnements incitatifs implantés à plusieurs endroits, de manière à permettre un transit efficace des gens vers les gares », commente M. Sauriol. Autre rupture avec le modèle traditionnel : le type d’habitation. Historiquement unifamilial, il sera, dans le cadre d’Urbanova, plus dense. Dix-sept logements par hectare en moyenne à Terrebonne, 40 pour Urbanova. « Habitations jumelées en rangée en copropriété ou locatives, et même des cons-tructions en hauteur, énumère Daniel Sauriol. Au niveau de la densité, nous irons au-delà des minima fixés par le Plan métropolitain d’aménagement et de développement du Grand Montréal. Ce développement compact assure pour nous la rentabilité du projet, mais surtout il permettra aux futurs habitants de faire à peu près tout ce qu’ils ont à faire à l’intérieur de 15 minutes de marche. »
Pour tout type de clientèle
Une mixité des types d’habitat propre à favoriser la mixité sociale, un des autres aspects du projet. « Le prix de l’immobilier à Terrebonne a augmenté de 30 % ces dix dernières années, ajoute le directeur de l’aménagement du territoire. La Ville est préoccupée par la question du logement abordable, d’où la cons-truction de condos. Dans le secteur d’Urbanova, on va vraiment voir des variations entre les hauteurs des bâtiments, de manière à favoriser une mixité sociale. En offrant une variété de logements à l’intérieur même d’un quartier, propre à attirer tous les types de clientèle. »
Autre aspect : la construction des bâtiments elle-même, qui n’ira pas jusqu’à répondre à la certification LEED, mais qui devra s’en approcher.
« Augmentation de l’efficacité énergétique, chauffage passif avec l’orientation vers le sud et agrandissement de la surface vitrée afin de bénéficier de l’ensoleillement et de faire ainsi des économies de chauffage en hiver, peintures sans COV, des équipements de réduction des débits au niveau de l’alimentation en eau potable, des pavés perméables qui permettent l’infiltration de l’eau, des toits blancs, cite Marc Léger. Nous allons donner des incitatifs aux promoteurs pour leur permettre de construire des bâtiments un peu plus verts. » Même si acheter un logement dans un quartier écoresponsable revient plus cher qu’ailleurs.
Car, d’après une étude commandée par la Ville de Terrebonne en 2006, 73 % des répondants considèrent qu’il est justifié de payer plus cher une maison ayant des caractéristiques vertes. Ils seraient même prêts à payer 16 851 dollars de plus en moyenne pour habiter dans un quartier écoresponsable.









