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Protection des sources d'eau potable - Le Québec est en retard

« Les usines d’épuration ne répondent plus aux nouvelles normes »

Le programme d’assainissement est vieux et les usines d’épuration sont à pleine capacité.
Photo : Agence Reuters Le programme d’assainissement est vieux et les usines d’épuration sont à pleine capacité.
Le 12 avril 2012, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) a annoncé la tenue d’une consultation publique pour le projet « Stratégie de protection et de conservation des sources destinées à l’alimentation en eau potable ». Bien qu’elle soit assez optimiste par rapport au document de consultation déposé par le MDDEP, Michèle Prévost y apporte encore quelques critiques en ce qui concerne les approches de protection des sources d’eau potable.

En octobre dernier, Mme Prévost, professeure au Département des génies civil, géologique et des mines à l’École polytechnique et titulaire de la Chaire industrielle CRSNG en traitement des eaux potables, et son équipe ont déposé auprès du ministère un guide d’évaluation des sources d’approvisionnement en eau potable. Cette étude a été réalisée à la demande du MDDEP, dans une volonté, entre autres, de protéger la santé publique par le maintien de la qualité de l’eau et de garantir l’accès à une eau potable de qualité pour les générations futures.

 

Une situation inquiétante


Au Québec, il y a encore beaucoup de travail à faire sur la protection des sources. Mme Prévost note que, pour bien s’en assurer, « il faut s’occuper essentiellement des rejets industriels et des rejets d’eaux usées, ce qu’on ne fait pas au Québec encore ». Elle donne l’exemple de la rivière des Mille-Îles, dont plus de 50 % du débit est utilisé et ressort en eaux usées, et ce, à plusieurs périodes depuis une dizaine d’années. « Ça veut dire que la moitié de l’eau a passé par un système d’utilisation d’eaux usées. C’est énorme ! […] Et, pis encore, on a laissé aller nos réseaux de collecte d’eaux usées et on a permis des déversements d’eaux usées non traitées. »


Pour que cela arrête, les eaux usées doivent être mieux traitées et des gestes concrets sont à poser. Des éléments du guide élaboré par Mme Prévost sont repris dans le projet de stratégie du MDDEP, mais il n’en demeure pas moins que certaines recommandations n’y ont pas trouvé écho.

 

Plus de responsabilité aux OBV


Pour Michèle Prévost, les organismes de bassins versants (OBV) doivent être responsables des plans de protection : « Je ne sais pas pourquoi on a identifié les municipalités comme les responsables des plans de protection. C’est normal, c’est la ville qui fait l’eau, donc c’est la ville [qui s’en occupe]. Mais la ville ne peut pas protéger. […] Elle n’a pas accès aux données des autres villes. » Partout ailleurs, les OBV sont mandatés pour faire les études, les cartographies, les évaluations de vulnérabilité, etc., « mais, au Québec, nos organisations de bassins versants sont en train de se mettre en place », souligne Mme Prévost.


Les OBV ont les compétences et le mandat juridique pour assumer ce travail et « créer cet échange, cette entente entre les villes pour protéger la rivière ou le bassin versant ». Et ils seraient plus efficaces que les petites villes. Si toutes les villes, peu importe leur grosseur, obtiennent un financement pour faire ce travail, celui-ci sera répété d’une municipalité à l’autre. Advenant que cela ne change pas, les municipalités devront s’entendre entre elles et mandater une ressource externe pour effectuer, par exemple, la cartographie complète des rivières.

 

Barrières multiples


À la suite de diverses épidémies hydriques, dont celle de Walkerton en 2000, Santé Canada a recommandé, en 2002, l’adoption du principe de barrières multiples afin de réduire les risques de contamination de l’eau potable. « Dans les usines, il faut qu’on ait toujours au moins deux barrières pour les micro-organismes », précise Mme Prévost. Et la protection de la source d’eau potable vient s’ajouter comme une barrière supplémentaire indispensable.


Est-ce que cela se fait au Québec ? « Ça se fait partiellement au niveau des rejets d’eaux usées. » Mais le programme d’assainissement est vieux et les usines « sont à pleine capacité. Elles ne fournissent plus, elles ne répondent pas aux nouvelles normes. » La professeure poursuit : « On est, au Québec, une des provinces les plus arriérées au niveau de la mise à niveau des usines d’épuration. » Se remettre à niveau coûterait plusieurs milliards de dollars.


Pourtant, « ce n’est ni une question de coût, ni une question de technologie. C’est une question d’investissement massif public », soutient-elle. Michèle Prévost explique que le Québec s’est occupé de l’assainissement, ensuite de l’eau potable. Mais jamais le gouvernement n’a fait les deux en continu, et c’est peut-être là son erreur. « Tout ça, ça devrait se faire dans une ville verte planifiée comme il faut, ça devrait se faire en continu avec une obligation de financer le renouvellement de ces infrastructures-là en continu. Mais, au Québec, conclut-elle, on n’a pas planifié comme ça ! »

 

Bons coups


Une des forces du projet de stratégie du MDDEP, c’est l’obligation qu’auront les municipalités de rendre public tout ce qui sera produit en matière de plans d’évaluation de la vulnérabilité et de protection. Selon Michèle Prévost, les municipalités désirent cette obligation, qui, en plus de veiller à la qualité de vie des citoyens, leur permet d’assurer une meilleure protection des prises d’eau potable.


Parmi les autres éléments retenus par le ministère et qui sont bien reçus par Mme Prévost, notons la nécessité de procéder par bassin versant, l’inventaire des menaces proches, l’émission des restrictions de rejets dans les zones d’influence et la décentralisation des activités vers le niveau local.


Les intéressés ont jusqu’au 10 juin pour faire parvenir au MDDEP leurs commentaires, par écrit, sur la stratégie de protection.

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