Tous en choeur
Malgré un frisquet vent printanier rappelant les derniers droits de la planète, les choses ont commencé bellement hier. Une volée de cloches comme pour ramener les paroissiens d’antan réunis sur la grande place du village. Et puis la poésie de notre Fred Pellerin national pour rappeler le but premier de ce rassemblement du Jour de la terre : dire « que nous avons à coeur la terre riche ».
Les manifestations se suivent et ne se ressemblent pas, fort heureusement : celle d’hier, sur le thème de la préservation des ressources naturelles, offrait le contraste le plus vif avec la tournure catastrophique des protestations de vendredi dernier, tout près d’un Salon du Plan Nord orchestré par ce blagueur cynique, le premier ministre Jean Charest.
La touche québécoise à cet événement célébré de par le monde ne fut pas anodine. Sous la baguette de convaincus-convainquants tel Dominic Champagne, fallait-il s’étonner de voir se former sous nos yeux un arbre humain occupant le coeur de la ville, au pied de la montagne, tendant au ciel son tronc comme la paume d’une main ? Coup de maître et habile record que ce mariage de dizaines de milliers d’amoureux de la planète, toutes branches indignées de voir leurs ressources vouées à la braderie universelle, le tout sans réflexion, sans consultation, sans considération.
Que nous enseignent ces manifestations rejoignant des citoyens de tous âges et de tous horizons ? Évidemment, que le fossé se creuse entre la population et la classe politique, comme l’ont montré des dossiers chauds tels les gaz de schiste et le Plan Nord, ou tout près de l’actualité vibrante, les droits de scolarité (suite demain…). Les indignés de la rue s’adressaient hier à Stephen Harper, déplorant la décision du Canada de se retirer du protocole de Kyoto. Un morceau de leur exaspération allait vers Québec, pour une meilleure exploitation de nos richesses naturelles - oui pour le développement, non à la dépossession de nos ressources. Et on entendait en prime une colère de moins en moins sourde, grondant face aux révélations déclinées autour de la corruption, tout près des hautes sphères politiques.
Tout cela, oui, joyeusement chanté et marché dans les rues. Les citoyens lucides sont las de ce qu’ils appellent la fatigue politicienne, cette espèce de jeu de l’indifférence ou de la banalisation face aux cris de l’extérieur. L’élection demeure le moment idéal pour exprimer son ras-le-bol, si ras-le-bol il y a, mais entre ces moments cruciaux, le « dialogue » sert à témoigner d’une injustice et à faire part d’un mécontentement.
La rue hier s’est élevée, et de double manière. Élevée contre l'immobilisme gouvernemental et sa surdité sélective devant les protestations des indignés. Élevée aussi, car elle a mené sa révolution en hauteur, en contraste parfait avec la faiblesse du discours des politiciens ignorant la richesse de ces éclats.
machouinard@ledevoir.com








