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    Environnement - Tristes poissons!

    La pollution des mers menace les ressources halieutiques

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	Des goélands bataillent au-dessus du filet d’un chalutier pêchant dans l’Atlantique. Après la surpêche, la pollution serait le deuxième facteur de «mise en danger» des ressources halieutiques.</div>
    Photo : Agence Reuters Stéphane Mahé
    Des goélands bataillent au-dessus du filet d’un chalutier pêchant dans l’Atlantique. Après la surpêche, la pollution serait le deuxième facteur de «mise en danger» des ressources halieutiques.
    La pollution des mers, des fleuves et des milieux côtiers par les hydrocarbures et d'autres rejets menace les ressources halieutiques à travers le monde. La vigilance est donc de mise, rappelle Émilien Pelletier, chercheur de réputation internationale. Analyse.

    Demain, nos mers seront-elles aussi poissonneuses qu'elles le sont aujourd'hui? Quels types de pollution menacent la reproduction des ressources halieutiques? Comment la science peut-elle intervenir ? Voilà autant de questions que Le Devoir a soumises à l'examen du titulaire de la Chaire de recherche en écotoxicologie marine de l'Université du Québec à Rimouski, Émilien Pelletier.

    Après la surpêche, la pollution est le deuxième facteur de «mise en danger» des ressources halieutiques, d'après le professeur joint à Rimouski. «On pourrait croire que, grâce aux diverses réglementations, il y aurait beaucoup moins de problèmes de pollution, mais le problème est bien réel. Partout, on le constate le long des côtes, aussi bien en Europe qu'en Asie ou en Amérique du Nord, mais à des degrés différents.»

    À propos de fleuves

    Restons en Amérique du Nord. Au Canada et aux États-Unis, depuis une trentaine d'années, dit-il, des réglementations relativement strictes ont été édictées afin de réduire les apports toxiques aux étendues d'eau. «On peut se réjouir de certaines approches en ce sens qui ont été couronnées de succès. Par contre, il reste encore beaucoup de travail à faire quant aux rejets des eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent en provenance des grands centres urbains, particulièrement chez nous au Québec, quand on se compare à l'Ontario. Ici, ça demeure un très grave problème quand on regarde le traitement des eaux usées de Montréal et de ses couronnes. Écoutez, on parle des deux tiers des eaux usées du Québec», soulève le professeur.

    Mais, quand on se compare, on se... «Ici, ce n'est quand même pas la pire des situations, c'est quand même mieux que la situation qui prévaut dans le golfe du Mexique, relativise le professeur. Le fleuve du Mississippi transporte des quantités extrêmement élevées d'agents contaminants, de pesticides et d'herbicides. Vous savez, la vallée du Mississippi représente le tiers des terres agricoles des États-Unis, c'est gigantesque. Le problème est hallucinant, malgré la réglementation en place.»

    Retour chez nous. «Il faut par contre rappeler que le fleuve Saint-Laurent reçoit malgré tout des eaux usées en provenance des Grands Lacs, ce qui touche par le fait même les populations côtières. On reçoit de grandes quantités d'herbicides, de pesticides, de phosphore, d'azote et de carbone organique», note encore M. Pelletier, qui ajoute que plus on s'éloigne des populations denses, mieux les eaux et les ressources halieutiques se portent. «Rendu dans le golfe, le tout est relativement dilué. On a la chance d'avoir cette immense zone estuarienne qui commence à l'île d'Orléans et qui s'étend jusqu'à Matane, plus ou moins. On sait que, là, la question de la contamination [de la ressource halieutique] n'est pas un facteur majeur, à tout le moins chez les espèces adultes matures capturées [poissons et crustacés]».

    Des craintes

    Toutefois, observe le chercheur, ce qu'on connaît beaucoup moins, ce sont les aspects de la contamination sur la reproduction de la plupart des espèces de crustacés et de poissons. «Les premiers stades larvaires, les juvéniles, sont également exposés à la pollution et ils y sont beaucoup plus sensibles que les adultes. Bon, on sait qu'il n'y a pas de problèmes à consommer les poissons et les crustacés, que ce soit des homards ou des crevettes, on sait qu'ils ne sont pas contaminés, mais c'est beaucoup plus subtil à l'échelle de la reproduction.»

    À ce titre, la baisse observée de la ressource chez certaines espèces, soumet le professeur, ne peut pas être imputée au seul facteur de la surpêche. Mais de là à faire la preuve que la contamination et les agents polluants sont des facteurs ayant des effets déterminants sur les premiers stades larvaires des espèces, c'est un pas que la science marine et écotoxicologique n'est pas en mesure de franchir, pour l'instant, du moins. «Je peux en faire la preuve en laboratoire, mais ça devient plus difficile en milieu naturel. Mais, à long terme, c'est un travail qu'il faudra faire en tenant compte bien sûr de l'énorme difficulté de la tâche», notamment sur le plan financier et en ce qui concerne les effectifs spécialisés que ce travail titanesque mobiliserait.

    Les hydrocarbures

    Qui dit pollution des mers dit déversement d'hydrocarbures. D'autant plus que les cas de catastrophe se multiplient depuis quelques années à l'échelle planétaire: la marée noire causée par le pétrolier Exxon Valdez dans l'Alaska, le naufrage du pétrolier Erika, l'explosion de la plateforme pétrolière de BP dans le golfe du Mexique, parmi tant d'autres. Ce que déplore souverainement Émilien Pelletier.

    «Pour les ressources halieutiques, c'est dramatique. On sait que, un an, deux ans ou cinq ans après une catastrophe, la nature reprend un peu le dessus. Mais ce qu'on ne voit pas et ce qui est difficile à trouver, ce sont les effets à long terme sur les larves de poissons, sur tout ce qui est microscopique. En mer du Nord, il y a eu de multiples accidents, pas de l'envergure de celle de la plateforme [de BP] dans le golfe du Mexique, mais une série de petits accidents peuvent avoir un effet tout aussi dévastateur sur les premiers stades larvaires de développement du poisson. Mes collègues norvégiens s'en disent inquiets. Ils pêchent [la morue| non loin des plateformes, vous savez.»

    Demain

    Tout compte fait, Émilien Pelletier entrevoit l'avenir avec un brin de pessimisme. D'autant plus que l'exploitation éventuelle des hydrocarbures dans le golfe Saint-Laurent n'a rien pour le rassurer pour la suite des choses. «J'ai toujours été un optimiste. Mais, aujourd'hui, je constate qu'on se dirige tout droit vers un mur quant à l'avenir des ressources halieutiques, quand on pense à la surpêche qui s'ajoute aux problèmes écologiques liés entre autres à l'exploitation des hydrocarbures, qui n'est pas près de diminuer.»

    ***

    Collaborateur du Devoir
     
     
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