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Il y a de la grogne en Abitibi-Témiscamingue, au pays des bâtisseurs de mines

« Il n'y a pas de stratégie intégrée pour faire face à ce boom minier et accompagner les régions »

La route 167.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir La route 167.
L'Abitibi-Témiscamingue, cette région du Québec située à la frontière du Nunavik et du Grand Nord québécois, se livre à l'exploration et à l'exploitation minières depuis le début des années 1900. Elle possède une longue expérience et une riche expertise dans le secteur des mines. Le Plan Nord est-il susceptible d'apporter sa contribution au développement local?

À la fois président de la Chambre de commerce et d'industrie de Rouyn-Noranda et directeur général de la Caisse populaire Desjardins de cette localité, Jean-Claude Loranger pose des constats plutôt inquiétants et émet des réserves concernant les incidences envisagées sur l'essor de l'économie. Actuellement, l'industrie minière traverse une vigoureuse reprise: «La hausse du prix de l'or a beaucoup aidé parce que, majoritairement, ce sont les mines d'or en activité qui connaissent une effervescence. Auparavant, ce métal précieux servait principalement pour les bijoux, mais, en raison des soubresauts dans les zones euro et américaine, il devient de plus en plus une valeur de refuge.»

L'impact est tel que la région connaît présentement une pénurie de main-d'oeuvre et que l'offre de services aux mineurs fait défaut: «Notre succès nous apporte des problématiques de recrutement de main-d'oeuvre. La grande difficulté qu'on éprouve depuis des années, c'est que, finalement, sur le plan gouvernemental, il n'y a pas de stratégie intégrée pour faire face à ce boom minier-là et pour accompagner les régions.» Il évoque aussi l'aspect économique cyclique de l'exploitation minière qui doit être pris en compte: «Dans les mines, il faut savoir pour combien de temps on investit: est-ce qu'on le fait seulement pour trois, quatre ou cinq ans? Il faut regarder de ce côté-là quand on développe une infrastructure; le gouvernement ne semble pas avoir les sous nécessaires pour ce genre de développement, même s'il veut se tourner vers celui des mines.»

Ignorance et stagnation

Il se montre encore plus critique dans ses propos: «Je pense également que le gouvernement ne possède pas l'expertise et qu'il ne connaît pas le domaine des mines. Le premier ministre est venu ici dans la région et il est resté surpris de voir toutes les compétences qui gravitaient autour du secteur minier; il y a chez nous les bâtisseurs de mines qui travaillent à l'international. Nous, on connaît cette richesse de façon historique, mais les gens du Sud, les fonctionnaires et les dirigeants politiques en aperçoivent l'ampleur sans que le terrain ait été préparé en conséquence, au moment où on parle de deuxième et de troisième transformations; il n'y a pas de gestes concrets qui sont présentement posés, si on s'en tient davantage au Plan Nord.»

Des retombées en provenance de celui-ci se font-elles déjà sentir? M. Loranger se montre plutôt négatif: «Non, et je dirais que, pour le futur, le gouvernement surfe sur des projets qui existaient auparavant; le rôle qu'il a à jouer, c'est de mettre en place des infrastructures pour les faire avancer. Quelqu'un d'une société minière me laissait observer qu'on ne pourra pas développer ce Plan avec une génératrice au diesel et que cela va prendre une ligne de transmission électrique pour s'assurer qu'on puisse élargir tout le réseau social, afin qu'il se produise des retombées pour le Nord.»

Là où il y a un manque flagrant de vision, selon lui, c'est dans le domaine de la formation: «Dans la région, on a un cégep qui a une approche par compétences, en vertu de laquelle il se distingue et il donne de la formation au Pérou, au Burkina Faso, au Chili et en Nouvelle-Calédonie; il n'est nullement interpellé pour le Plan Nord.»

La région est-elle mise à contribution d'une autre manière? «Il n'y a pas de gestes concrets qui sont posés, selon ce qui ressort des propos de l'assemblée générale annuelle de la Chambre qui vient de se dérouler.» Il souligne une des forces de la région: «On possède tout un réseau de bâtisseurs de mines qui se connaissent; ils ne sont pas en concurrence, mais ils se complètent, de sorte que, lorsqu'ils interviennent sur un chantier ou pour la construction d'une mine, ils sont en mesure de régler en concertation les problèmes qui se posent.»

Les ressources humaines et le potentiel

Jean-Claude Loranger assure que l'aspect de la compétence de la main-d'oeuvre est primordial pour véritablement placer le Plan sur ses rails: «Là où le bât blesse énormément, c'est au niveau de la formation des travailleurs. En région, il y a une pénurie de main-d'oeuvre; c'est vrai qu'il y a des salaires de cent mille dollars par année qui sont là, mais le gouvernement lance un peu de poudre aux yeux aux gens du Sud quand il leur fait miroiter ceux-ci.» Les travailleurs qui auront à s'exiler devront vivre avec les contraintes du milieu nordique et les exigences du Fly In Fly Out.

Il croit, malgré les écueils en présence, que le Plan renferme un potentiel: «Dans le secteur minier, il est bien là, mais il y a des éléments que le gouvernement sous-estime. Entre autres, on ne peut pas aller développer dans le Nord si on n'a pas une entente de base avec les populations autochtones. Si une entreprise n'a pas mis sur pied un projet dont ceux-ci sont partie prenante, sont actionnaires, il est certain qu'elle ne pourra pas avoir de contrat. Deuxième chose: les routes et l'électricité font encore défaut.»

Il rassemble ses idées: «Le projet est beau et il en est à la phase du concept. Le premier ministre se promène, il va en Chine, il vante les mérites du Plan, demande des sous pour investir dans celui-ci, mais la stratégie de mise en oeuvre, nous, sur le terrain, on ne la voit pas, du moins, pas en Abitibi-Témiscamingue. On sent que ce projet est beaucoup concentré du côté de la Côte-Nord, des mines de fer et d'un port en eau profonde.» Il se montre étonné de l'indifférence manifestée envers le pays des bâtisseurs de mines.

***

Collaborateur du Devoir
La route 167. <div>
	Le développement minier Malartic, propriété d’Osisko</div>
 
 
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