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    Formation - Être mineur est une profession d'avenir... pour les étudiants qualifiés

    «Nous sommes en pénurie de compétences»

    21 avril 2012 |Claude Lafleur | Actualités sur l'environnement
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	Comme dans bien d’autres domaines, l’industrie minière est sur le point de manquer de main-d’œuvre.</div>
    Photo: Agence Reuters Euwan Rocha
    Comme dans bien d’autres domaines, l’industrie minière est sur le point de manquer de main-d’œuvre.
    «Nous recevons énormément d'appels de la part de gens qui veulent travailler dans le secteur des mines. Lorsqu'on leur demande ce qu'ils veulent faire, on nous répond souvent: "Eh bien, j'ai deux bras!" Je veux bien, car moi aussi j'ai deux bras!», lance en riant Michel Bélanger, directeur général du Comité sectoriel de main-d'œuvre de l'industrie des mines. À lire pour qui rêve de devenir mineur, afin que ce rêve se réalise...

    Michel Bélanger explique ce qu'est devenu le monde de la mine au fil des décennies: «L'industrie minière est hautement technologique, elle ne se fait pas à force de bras — du moins, pas autant qu'on peut l'imaginer. Il est en fait nécessaire de savoir lire, écrire et compter correctement pour, par exemple, lire des manuels explicatifs et tracer des plans de forage. Il faut donc posséder un diplôme d'études secondaires. Autrement, vous risquez de limiter vos chances de progresser dans l'industrie.»

    «Souvent, poursuit-il, ceux qui nous appellent ne se rendent pas compte à quel point il s'agit d'emplois qui nécessitent des qualifications précises et évolutives. Le mineur est avant tout un opérateur d'équipements miniers motorisés. Il peut opérer cinq ou six équipements spécialisés. Il faut donc savoir ce qu'on veut faire et, de notre côté, on a beaucoup de sensibilisation à faire.»

    Pénurie de compétences


    Pour cette raison, l'industrie minière s'est dotée en 2006 d'un comité sectoriel de main-d'oeuvre. Il s'agit du dernier-né de la trentaine de comités du genre ayant été mis sur pied au Québec (après ceux de l'aéronautique, du secteur pharmaceutique, de l'agriculture, de la culture). «Nous avons sensiblement la même mission, indique M. Bélanger, qui est de veiller à l'équilibre entre l'offre et la demande de travailleurs formés et compétents. Un comité sectoriel sert surtout au développement des compétences, puis au maintien en emploi et, puisque notre industrie est cyclique, au remplacement de ces travailleurs.»

    Comme dans bien d'autres domaines, l'industrie minière est sur le point de manquer de main-d'oeuvre. «Nous évitons d'employer le mot "pénurie", insiste le directeur général du Comité sectoriel. Nous sommes plutôt en pénurie de compétences, ce qui est très différent. Il y a en fait énormément de gens qui veulent s'intégrer à notre industrie, mais peu ont les compétences nécessaires pour y parvenir.»

    L'industrie s'attend en outre à ce que 30 % de ses travailleurs quittent sous peu le secteur afin de prendre leur retraite. «C'est dire que l'expertise de ces gens qui ont acquis une vaste expérience s'en ira avec eux, observe Michel Bélanger. Comment allons-nous faire pour récolter cette expertise, ces savoirs tacites qu'on n'apprend pas à l'école mais en travaillant?, demande-t-il. Et comment transformer ces savoirs en référentiel de formation dont pourront bénéficier les nouveaux travailleurs?»

    Défi: formation adéquate

    Michel Bélanger relate avec enthousiasme que le domaine des mines est un secteur professionnel emballant. «C'est un milieu extraordinaire, dit-il. C'est une confrérie, puisqu'un mineur n'en laissera jamais tomber un autre. Les bons candidats vont donc être assez rapidement intégrés à une équipe. Toutefois, les gars et les filles expérimentés vont d'abord observer le nouvel arrivant pour voir s'il n'a pas les deux pieds dans la même bottine ou s'il ne pense pas plus loin que le bout de son nez! Si c'est le cas, personne n'en voudra dans son équipe. C'est fondamental comme réalité.»

    «C'est bien sûr un métier payant, poursuit-il. Mais, par-delà la paie, il y a quelque chose qui se passe au sein d'une équipe de travail, quelque chose qui fait qu'on reste dans le milieu ou qu'on en ressort assez rapidement.»

    Dorénavant, les entreprises minières auront pour exigence nouvelle que leur personnel possède un diplôme d'études secondaires. Hormis ce diplôme, le futur mineur doit suivre l'une ou l'autre des trois formations professionnelles qui se donnent au secondaire, rapporte Michel Bélanger: extraction du minerai, forage au diamant, forage et dynamitage. Au niveau collégial, la formation de technologie minérale comporte trois volets: minéralogie, géologie et technique minérale.

    Il souligne en outre qu'une foule d'autres professions peuvent être reliées au secteur des mines, dont la plomberie, les techniques de ventilation, la mécanique industrielle. «Or on a beaucoup de difficulté à recruter des techniciens en ventilation ou des mécaniciens», laisse-t-il filer. Il y a aussi des professions, comme celles de mécanicien de chantier ou de chef de train, qui ne sont pas spécifiques aux mines mais qui sont très fortement en demande dans ce secteur. «On en a un besoin criant, mais il y a si peu de candidats», déplore-t-il.

    Travail-étude

    La plupart des cours se donnent en alternance travail-étude et procurent donc une expérience concrète sur le terrain. L'objectif de la formation professionnelle est d'amener l'étudiant au seuil du marché du travail, souligne Michel Bélanger. «En entreprise, il y a tout un système de progression, où le jeune diplômé joue d'abord le rôle de manoeuvre de mine: il va donc approvisionner les mineurs. Par la suite, il deviendra un assistant et apprendra alors les rudiments du travail comme tel. Puis, éventuellement, il passera comme mineur... Ce cheminement dure à peu près cinq ans et c'est alors seulement qu'on pourra dire que c'est un mineur.»

    Devant la nécessité de disposer d'un personnel compétent, le secteur des mines doit trouver de nouvelles façons de former ses travailleurs, enchaîne le directeur général du Comité sectoriel de main-d'oeuvre de l'industrie des mines. «On a par exemple un besoin criant d'opérateurs de machinerie de traitement de minerais, dit-il, mais il y a actuellement peu d'écoles qui donnent cette formation. C'est une belle problématique : comment l'industrie peut-elle contribuer directement à la formation des gens en milieu de travail? On s'y penche sérieusement et il nous faudra trouver des réponses assez rapidement.»

    Michel Bélanger insiste sur le fait que le métier de mineur, «c'est un métier où on est constamment en train d'apprendre, et cela relève à la fois de la responsabilité de l'entreprise et de celle du travailleur».

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    Collaborateur du Devoir












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