Économie - Il faut prendre garde aux dérives
Le Québec ne doit pas passer à l'histoire comme le Congo du Nord
Plusieurs mesures concernant le Plan Nord figuraient dans le dernier budget du ministre des Finances, Raymond Bachand.
Le Plan Nord peut être une excellente affaire économique qui aura des retombées positives pour l'ensemble des Québécois, mais à la seule et unique condition de bien savoir gérer ce développement, prévient Stéphane Pallage, directeur du Département des sciences économiques de l'UQAM.
«Personnellement, j'ai l'impression que le Plan Nord est une magnifique aubaine, mais avec les dangers que cela représente, affirme d'emblée Stéphane Pallage. Les ressources naturelles, en soi, ne sont pas un gage de développement économique, si on ne les gère pas de la bonne manière.»
Il donne l'exemple, flagrant, de la République démocratique du Congo, dont le sous-sol regorge de ressources naturelles et qui, pourtant, affiche un taux de pauvreté parmi les plus élevés du monde. «Le Congo, après son indépendance, a été dirigé par le dictateur Mobutu, qui a décidé d'octroyer des monopoles d'exploitation des ressources à de grosses multinationales étrangères en échange de somptueux pots-de-vin. Les retombées pour le pays ont donc été nulles.»
Stéphane Pallage remet les choses en perspective, rappelant qu'elles sont bien différentes au Québec. Mais n'empêche. Il faut que cela serve de leçon, estime le professeur d'économie.
«C'est toujours bon de mettre en évidence ce genre d'exemple pour mettre en garde contre les dérives. Il faut garder en tête que le futur ministre des Ressources naturelles du Québec va être le ministre le plus important du cabinet, et ce, quel que soit le parti au pouvoir. Cette personne-là va être sollicitée abondamment pour des faveurs.»
Garder l'actif
L'autre danger, auquel il faut prendre garde, c'est de brader les ressources en offrant des conditions trop avantageuses aux entreprises étrangères pour les attirer à tout prix, observe Stéphane Pallage, qui rappelle que c'est l'un des risques soulevés récemment par Jacques Parizeau, ex-premier ministre et économiste.
«Le gouvernement évolue beaucoup d'une année à l'autre et, selon la critique très pertinente des observateurs, il semble évoluer de la bonne manière. Le dernier budget Bachand était très différent du précédent sur cet aspect. Du point de vue de la vision du Plan Nord dans les budgets successifs, on voit une évolution de la pensée. On voit notamment, dans le dernier budget, que le gouvernement entend prendre des participations dans les firmes, donc avoir un certain contrôle de l'intérieur. Et ça, c'est nouveau dans le discours du gouvernement.»
Stéphane Pallage se fait hésitant sur la question des redevances, un sujet qui divise encore les Québécois. «Je sais que c'est extrêmement critiqué dans l'opinion publique, mais il y a un aspect concurrentiel, parce qu'il y a des ressources ailleurs et qu'il faut que le Québec soit concurrentiel avec les autres pays pour essayer d'attirer les entreprises qui vont exploiter ces ressources. Il ne faut pas que les redevances soient exagérément plus élevées qu'ailleurs, sinon le Plan Nord risque de ne jamais voir le jour. Mais, cela dit, je vous avoue que je ne sais pas ce que c'est qu'une bonne redevance.»
Création de richesse
Stéphane Pallage ne veut pas s'ingérer non plus dans la guerre des chiffres qui oppose l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) et la firme SECOR. Leurs conclusions sont diamétralement opposées. L'IRIS prévoit un déficit de 8,5 milliards sur 25 ans, alors que SECOR, la firme mandatée par Québec, annonce des retombées de plus de 148 milliards de dollars pour la même période. Le directeur du Département de sciences économiques ne connaît pas les hypothèses de départ de ces études et ne peut donc se prononcer.
Mais, à son avis, le Plan Nord sera créateur de richesse pour tout le Québec. «Si le niveau des redevances est suffisant, déjà il y aura création de richesse. Sans oublier la participation dans les entreprises qui donne droit à des dividendes. Et là où ça peut avoir des effets multiplicateurs, c'est si on a une transformation locale des ressources. Là, ça crée beaucoup plus d'emplois que la simple extraction et l'expédition.»
Emploi et immobilier
Le professeur, qui est également membre du Centre interuniversitaire de recherche sur les politiques économiques et d'emploi, estime que la création d'emplois est inévitable et plus que bienvenue dans un contexte économique fragilisé. «Le taux de chômage est de l'ordre de 7 à 8 %, selon la période. Il y a donc place à une importante création d'emplois.»
Cette création d'emplois bénéficiera aux populations locales, mais également aux travailleurs du Sud qui iront chercher un emploi au Nord du 49e parallèle, estime Stéphane Pallage. Quant aux risques sociosanitaires liés au développement trop rapide des petites municipalités, il estime qu'ils sont minimes.
«S'il y a une demande pour le logement, ça va créer d'autres retombées, comme un boom au niveau immobilier. C'est sûr que les prix des maisons vont augmenter, et ça aura peut-être un effet négatif au niveau des populations locales, mais cela me paraît être un effet très mineur.»
Restons optimistes!
Sur la question, aussi abordée par plusieurs critiques, d'un éventuel effondrement du prix des matières premières, l'économiste semble optimiste. «Une ressource n'a de valeur que s'il y a une demande pour elle. La demande peut être locale, québécoise, mais elle est principalement mondiale. Par-mi les grands joueurs au niveau mondial, il y a des pays émergents comme la Chine, l'Inde et le Brésil. Si la demande mondiale tombe, ça va avoir des effets négatifs sur le Québec. Et ça peut toujours retomber. Mais la demande est là en ce moment et je ne crois pas qu'elle soit près de s'estomper.»
Pourtant, Stéphane Pallage insiste: il faut demeurer vigilant. Le Plan Nord ne sera créateur de richesse et d'emplois que s'il est bien géré par des gouvernements qui ont le sens de la gouvernance et du bien public. C'est pourquoi il faut continuer de critiquer et toujours refaire la comparaison avec les pays que l'exploitation des ressources naturelles n'a pas menés vers l'Eldorado promis. «Je crois qu'il y a suffisamment d'intellectuels au Québec pour toujours avoir le sens critique nécessaire et ramener les gouvernements futurs sur la bonne voie», conclut-il.
***
Collaboratrice du Devoir
«Personnellement, j'ai l'impression que le Plan Nord est une magnifique aubaine, mais avec les dangers que cela représente, affirme d'emblée Stéphane Pallage. Les ressources naturelles, en soi, ne sont pas un gage de développement économique, si on ne les gère pas de la bonne manière.»
Il donne l'exemple, flagrant, de la République démocratique du Congo, dont le sous-sol regorge de ressources naturelles et qui, pourtant, affiche un taux de pauvreté parmi les plus élevés du monde. «Le Congo, après son indépendance, a été dirigé par le dictateur Mobutu, qui a décidé d'octroyer des monopoles d'exploitation des ressources à de grosses multinationales étrangères en échange de somptueux pots-de-vin. Les retombées pour le pays ont donc été nulles.»
Stéphane Pallage remet les choses en perspective, rappelant qu'elles sont bien différentes au Québec. Mais n'empêche. Il faut que cela serve de leçon, estime le professeur d'économie.
«C'est toujours bon de mettre en évidence ce genre d'exemple pour mettre en garde contre les dérives. Il faut garder en tête que le futur ministre des Ressources naturelles du Québec va être le ministre le plus important du cabinet, et ce, quel que soit le parti au pouvoir. Cette personne-là va être sollicitée abondamment pour des faveurs.»
Garder l'actif
L'autre danger, auquel il faut prendre garde, c'est de brader les ressources en offrant des conditions trop avantageuses aux entreprises étrangères pour les attirer à tout prix, observe Stéphane Pallage, qui rappelle que c'est l'un des risques soulevés récemment par Jacques Parizeau, ex-premier ministre et économiste.
«Le gouvernement évolue beaucoup d'une année à l'autre et, selon la critique très pertinente des observateurs, il semble évoluer de la bonne manière. Le dernier budget Bachand était très différent du précédent sur cet aspect. Du point de vue de la vision du Plan Nord dans les budgets successifs, on voit une évolution de la pensée. On voit notamment, dans le dernier budget, que le gouvernement entend prendre des participations dans les firmes, donc avoir un certain contrôle de l'intérieur. Et ça, c'est nouveau dans le discours du gouvernement.»
Stéphane Pallage se fait hésitant sur la question des redevances, un sujet qui divise encore les Québécois. «Je sais que c'est extrêmement critiqué dans l'opinion publique, mais il y a un aspect concurrentiel, parce qu'il y a des ressources ailleurs et qu'il faut que le Québec soit concurrentiel avec les autres pays pour essayer d'attirer les entreprises qui vont exploiter ces ressources. Il ne faut pas que les redevances soient exagérément plus élevées qu'ailleurs, sinon le Plan Nord risque de ne jamais voir le jour. Mais, cela dit, je vous avoue que je ne sais pas ce que c'est qu'une bonne redevance.»
Création de richesse
Stéphane Pallage ne veut pas s'ingérer non plus dans la guerre des chiffres qui oppose l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) et la firme SECOR. Leurs conclusions sont diamétralement opposées. L'IRIS prévoit un déficit de 8,5 milliards sur 25 ans, alors que SECOR, la firme mandatée par Québec, annonce des retombées de plus de 148 milliards de dollars pour la même période. Le directeur du Département de sciences économiques ne connaît pas les hypothèses de départ de ces études et ne peut donc se prononcer.
Mais, à son avis, le Plan Nord sera créateur de richesse pour tout le Québec. «Si le niveau des redevances est suffisant, déjà il y aura création de richesse. Sans oublier la participation dans les entreprises qui donne droit à des dividendes. Et là où ça peut avoir des effets multiplicateurs, c'est si on a une transformation locale des ressources. Là, ça crée beaucoup plus d'emplois que la simple extraction et l'expédition.»
Emploi et immobilier
Le professeur, qui est également membre du Centre interuniversitaire de recherche sur les politiques économiques et d'emploi, estime que la création d'emplois est inévitable et plus que bienvenue dans un contexte économique fragilisé. «Le taux de chômage est de l'ordre de 7 à 8 %, selon la période. Il y a donc place à une importante création d'emplois.»
Cette création d'emplois bénéficiera aux populations locales, mais également aux travailleurs du Sud qui iront chercher un emploi au Nord du 49e parallèle, estime Stéphane Pallage. Quant aux risques sociosanitaires liés au développement trop rapide des petites municipalités, il estime qu'ils sont minimes.
«S'il y a une demande pour le logement, ça va créer d'autres retombées, comme un boom au niveau immobilier. C'est sûr que les prix des maisons vont augmenter, et ça aura peut-être un effet négatif au niveau des populations locales, mais cela me paraît être un effet très mineur.»
Restons optimistes!
Sur la question, aussi abordée par plusieurs critiques, d'un éventuel effondrement du prix des matières premières, l'économiste semble optimiste. «Une ressource n'a de valeur que s'il y a une demande pour elle. La demande peut être locale, québécoise, mais elle est principalement mondiale. Par-mi les grands joueurs au niveau mondial, il y a des pays émergents comme la Chine, l'Inde et le Brésil. Si la demande mondiale tombe, ça va avoir des effets négatifs sur le Québec. Et ça peut toujours retomber. Mais la demande est là en ce moment et je ne crois pas qu'elle soit près de s'estomper.»
Pourtant, Stéphane Pallage insiste: il faut demeurer vigilant. Le Plan Nord ne sera créateur de richesse et d'emplois que s'il est bien géré par des gouvernements qui ont le sens de la gouvernance et du bien public. C'est pourquoi il faut continuer de critiquer et toujours refaire la comparaison avec les pays que l'exploitation des ressources naturelles n'a pas menés vers l'Eldorado promis. «Je crois qu'il y a suffisamment d'intellectuels au Québec pour toujours avoir le sens critique nécessaire et ramener les gouvernements futurs sur la bonne voie», conclut-il.
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Collaboratrice du Devoir







