Association de l'exploration minière du Québec - L'industrie revendique un regard plus objectif sur son savoir-faire
«Le Plan Nord ne doit pas être uniquement un projet de développement économique»
L'Association de l'exploration minière du Québec (AEMQ) revêt un caractère plutôt hétérogène. Elle considère que, sous certains angles, le gouvernement se tire dans le pied avec le Plan Nord, dans sa volonté de modifier le champ législatif en matière de mines. Ce regroupement analyse les points forts et les limites de ce Plan.
Avant toute chose, le président de l'Association, Jean-Marc Lulin, apporte cet éclairage sur une industrie qu'il juge méconnue et traitée souvent en fonction des préjugés qui ont cours: «Nous sommes de vrais professionnels avec une culture scientifique, rationnelle et systématique, avec une approche où on essaie de créer de la valeur à partir de nos connaissances. Et voilà qu'on se retrouve dans une turbulence politique, voire idéologique, où il y a beaucoup de personnes qui prennent position sur des sujets qu'ils ne connaissent à peu près pas ; ceux-ci sont extrêmement complexes et il y a des raccourcis dans l'opinion à leur égard qui sont un peu désastreux pour nous et pour le positionnement du Québec.»
Cela dit, il parle de l'AEMQ comme d'un groupe très large qui réunit deux catégories de membres, soit des corporations formées d'experts ou de spécialistes de l'exploration (plus de 200 membres) et des individus (2185 membres): «Il en résulte qu'on ratisse très large; on représente toutes les facettes du secteur minier, soit des producteurs, des explorateurs, des gros, des petits, des moyens et des fournisseurs de services.» Sur une base individuelle, le président offre cet éclairage: «Il y a parmi eux des géologues, des ingénieurs, des géophysiciens, des techniciens, des financiers, des chimistes, etc. Il y a toutes sortes de gens qui ont un intérêt de près ou de loin dans l'industrie de l'exploration; il y a aussi un brassage intergénérationnel tournant autour d'étudiants de cégep ou de première année d'université, aussi bien que de dirigeants de multinationale. De plus, c'est vraiment une organisation à l'échelle du Québec qui couvre toutes les régions.»
Le projet de loi 14 et le Plan Nord
Il existe actuellement une volonté gouvernementale d'apporter des correctifs au champ législatif minier au Québec. Cet engagement politique risque-t-il de compromettre ou d'affecter la réalisation du Plan Nord d'une manière ou d'une autre? Jean-Marc Lulin se penche sur la question: «Celle-ci mérite d'être posée et je réponds oui, dans la mesure où, dans le projet de loi, il y a des germes d'un conflit entre l'industrie minière et le gouvernement; il en va de même sur le plan local avec les municipalités et les MRC. Ce conflit, on ne l'a jamais connu!»
Il pousse plus loin son analyse: «Il y a des aspects positifs, mais il y en a d'autres qu'on considère comme extrêmement négatifs; celui qui l'est davantage que les autres, c'est l'article 91, qui donne un pouvoir de décision aux municipalités et aux MRC pour accepter ou refuser un projet de l'industrie minière sur son territoire. C'est du jamais vu et cela pose un problème de fond: qui gère, dans un État, les richesses collectives? Tout le monde s'entend pour dire que les richesses minérales sont collectives et qu'elles appartiennent à tous les Québécois; si c'est vrai, celles-ci doivent être gérées dans l'intérêt collectif, qui est la responsabilité de l'État.»
Cette disposition de la loi pourrait se répercuter sur l'avenir de l'industrie: «C'est là où le projet peut handicaper le Plan Nord, dans la mesure où des entités locales vont prendre des décisions sur ce qui est d'intérêt national. C'est très problématique et cela peut représenter un handicap dans la dynamique du Plan.» Ultérieurement, l'industrie pourrait bouder la conduite de projets miniers dans le Sud en raison des contraintes de cette orientation législative.
Un Nord convoité et plus structuré
Le président connaît assez bien le Nunavik et le Nord en général, dont il connaît bien les ressources potentielles, ce qui le conduit à poser ce regard sur son développement futur: «Le Plan est une initiative politique qui a du mérite, mais le développement des richesses minières dans le Nord pourrait se concevoir sans l'apport de ce dernier. Il est tout de même intéressant de voir que le gouvernement vient structurer un mouvement d'intérêt pour le développement du Nord du Québec, ce qui peut amener de nouveaux types d'investisseurs à démontrer un intérêt envers celui-ci.» Il insiste sur une réalité: «En soi, il existe de nombreuses entreprises minières et étrangères qui regardent ce Nord depuis des dizaines d'années; par exemple, nous, on est des acteurs importants dans la société au Nunavik; on y croit et on y croirait sans le Plan Nord.»
Malgré cela, il en relève d'autres aspects positifs: «Il est intéressant pour la population, parce que ce plan est quand même intégrateur et multisectoriel; dans ce sens, il aura des retombées sur les milieux qui vivent sur ces territoires. C'est un plan structurant, surtout dans une période de boom minier où on peut avoir une prolifération de projets et d'infrastructures qui entraînent parfois un développement turbulent; il sert donc à une certaine organisation, à une certaine logique et à une certaine cohérence dans le déroulement des choses pour essayer d'optimiser les investissements privés qui seront consentis.» Il considère de plus que le Plan possède l'avantage de mettre en valeur le Nord aux yeux des gens du Sud.
Prises de position autochtone et écologique
Jean-Marc Lulin aborde des angles majeurs du Plan qui, jusqu'à un certain point, en fixent les limites: «Il y a la question de la création d'infrastructures. On se rend compte, dans une logique économique, que celles qui seront mises en place devraient être partagées et à usages multiples; elles ne doivent pas bénéficier uniquement aux sociétés minières mais également aux populations en général et, en particulier, aux gens qui vivent dans ces régions.»
Il expose sa vision des choses: «Le Plan ne doit pas être uniquement un projet de développement économique, mais aussi un projet de développement social. Dans notre perspective et dans celle qui m'est personnelle, il serait tout à fait inconcevable d'être le témoin d'un projet qu'on peut chiffrer à 50, 80 milliards de dollars ou plus, sans que cela profite aux 120 000 personnes qui vivent sur ce territoire et, en particulier, aux 10 000 habitants du Nunavik.»
Et, en faveur du secteur minier, il tient ce discours: «Dans le Plan, on prévoit que, sur 50 % du territoire, on exclurait toute activité économique. Évidemment, si on parle des mines, il s'agit de l'un des premiers leviers du Plan. Comme on parle d'un territoire qui est très peu connu, pour nous, l'accès à ce dernier est quasiment un prérequis pour le succès de ce vaste projet. On ne peut pas en même temps vouloir développer le Nord et interdire aux explorateurs le droit d'y explorer; finalement, ça signifierait vouloir tout et son contraire.»
«L'Association croit que le développement du potentiel minéral est compatible avec la préservation de l'environnement. Globalement, les mines ont un impact écologique sur le territoire qui est extrêmement faible», assure le président de ce regroupement.
***
Collaborateur du Devoir
Avant toute chose, le président de l'Association, Jean-Marc Lulin, apporte cet éclairage sur une industrie qu'il juge méconnue et traitée souvent en fonction des préjugés qui ont cours: «Nous sommes de vrais professionnels avec une culture scientifique, rationnelle et systématique, avec une approche où on essaie de créer de la valeur à partir de nos connaissances. Et voilà qu'on se retrouve dans une turbulence politique, voire idéologique, où il y a beaucoup de personnes qui prennent position sur des sujets qu'ils ne connaissent à peu près pas ; ceux-ci sont extrêmement complexes et il y a des raccourcis dans l'opinion à leur égard qui sont un peu désastreux pour nous et pour le positionnement du Québec.»
Cela dit, il parle de l'AEMQ comme d'un groupe très large qui réunit deux catégories de membres, soit des corporations formées d'experts ou de spécialistes de l'exploration (plus de 200 membres) et des individus (2185 membres): «Il en résulte qu'on ratisse très large; on représente toutes les facettes du secteur minier, soit des producteurs, des explorateurs, des gros, des petits, des moyens et des fournisseurs de services.» Sur une base individuelle, le président offre cet éclairage: «Il y a parmi eux des géologues, des ingénieurs, des géophysiciens, des techniciens, des financiers, des chimistes, etc. Il y a toutes sortes de gens qui ont un intérêt de près ou de loin dans l'industrie de l'exploration; il y a aussi un brassage intergénérationnel tournant autour d'étudiants de cégep ou de première année d'université, aussi bien que de dirigeants de multinationale. De plus, c'est vraiment une organisation à l'échelle du Québec qui couvre toutes les régions.»
Le projet de loi 14 et le Plan Nord
Il existe actuellement une volonté gouvernementale d'apporter des correctifs au champ législatif minier au Québec. Cet engagement politique risque-t-il de compromettre ou d'affecter la réalisation du Plan Nord d'une manière ou d'une autre? Jean-Marc Lulin se penche sur la question: «Celle-ci mérite d'être posée et je réponds oui, dans la mesure où, dans le projet de loi, il y a des germes d'un conflit entre l'industrie minière et le gouvernement; il en va de même sur le plan local avec les municipalités et les MRC. Ce conflit, on ne l'a jamais connu!»
Il pousse plus loin son analyse: «Il y a des aspects positifs, mais il y en a d'autres qu'on considère comme extrêmement négatifs; celui qui l'est davantage que les autres, c'est l'article 91, qui donne un pouvoir de décision aux municipalités et aux MRC pour accepter ou refuser un projet de l'industrie minière sur son territoire. C'est du jamais vu et cela pose un problème de fond: qui gère, dans un État, les richesses collectives? Tout le monde s'entend pour dire que les richesses minérales sont collectives et qu'elles appartiennent à tous les Québécois; si c'est vrai, celles-ci doivent être gérées dans l'intérêt collectif, qui est la responsabilité de l'État.»
Cette disposition de la loi pourrait se répercuter sur l'avenir de l'industrie: «C'est là où le projet peut handicaper le Plan Nord, dans la mesure où des entités locales vont prendre des décisions sur ce qui est d'intérêt national. C'est très problématique et cela peut représenter un handicap dans la dynamique du Plan.» Ultérieurement, l'industrie pourrait bouder la conduite de projets miniers dans le Sud en raison des contraintes de cette orientation législative.
Un Nord convoité et plus structuré
Le président connaît assez bien le Nunavik et le Nord en général, dont il connaît bien les ressources potentielles, ce qui le conduit à poser ce regard sur son développement futur: «Le Plan est une initiative politique qui a du mérite, mais le développement des richesses minières dans le Nord pourrait se concevoir sans l'apport de ce dernier. Il est tout de même intéressant de voir que le gouvernement vient structurer un mouvement d'intérêt pour le développement du Nord du Québec, ce qui peut amener de nouveaux types d'investisseurs à démontrer un intérêt envers celui-ci.» Il insiste sur une réalité: «En soi, il existe de nombreuses entreprises minières et étrangères qui regardent ce Nord depuis des dizaines d'années; par exemple, nous, on est des acteurs importants dans la société au Nunavik; on y croit et on y croirait sans le Plan Nord.»
Malgré cela, il en relève d'autres aspects positifs: «Il est intéressant pour la population, parce que ce plan est quand même intégrateur et multisectoriel; dans ce sens, il aura des retombées sur les milieux qui vivent sur ces territoires. C'est un plan structurant, surtout dans une période de boom minier où on peut avoir une prolifération de projets et d'infrastructures qui entraînent parfois un développement turbulent; il sert donc à une certaine organisation, à une certaine logique et à une certaine cohérence dans le déroulement des choses pour essayer d'optimiser les investissements privés qui seront consentis.» Il considère de plus que le Plan possède l'avantage de mettre en valeur le Nord aux yeux des gens du Sud.
Prises de position autochtone et écologique
Jean-Marc Lulin aborde des angles majeurs du Plan qui, jusqu'à un certain point, en fixent les limites: «Il y a la question de la création d'infrastructures. On se rend compte, dans une logique économique, que celles qui seront mises en place devraient être partagées et à usages multiples; elles ne doivent pas bénéficier uniquement aux sociétés minières mais également aux populations en général et, en particulier, aux gens qui vivent dans ces régions.»
Il expose sa vision des choses: «Le Plan ne doit pas être uniquement un projet de développement économique, mais aussi un projet de développement social. Dans notre perspective et dans celle qui m'est personnelle, il serait tout à fait inconcevable d'être le témoin d'un projet qu'on peut chiffrer à 50, 80 milliards de dollars ou plus, sans que cela profite aux 120 000 personnes qui vivent sur ce territoire et, en particulier, aux 10 000 habitants du Nunavik.»
Et, en faveur du secteur minier, il tient ce discours: «Dans le Plan, on prévoit que, sur 50 % du territoire, on exclurait toute activité économique. Évidemment, si on parle des mines, il s'agit de l'un des premiers leviers du Plan. Comme on parle d'un territoire qui est très peu connu, pour nous, l'accès à ce dernier est quasiment un prérequis pour le succès de ce vaste projet. On ne peut pas en même temps vouloir développer le Nord et interdire aux explorateurs le droit d'y explorer; finalement, ça signifierait vouloir tout et son contraire.»
«L'Association croit que le développement du potentiel minéral est compatible avec la préservation de l'environnement. Globalement, les mines ont un impact écologique sur le territoire qui est extrêmement faible», assure le président de ce regroupement.
***
Collaborateur du Devoir







