Ressources hydriques - «Il existe le concept d'espace de liberté d'une rivière»
Un manque de connaissances sur le Grand Nord pourrait être la cause de dommages irréparables
En mars dernier, l'Association canadienne des ressources hydriques a organisé, à l'Institut national de recherche scientifique (INRS), une table ronde ayant porté sur le développement du Nord québécois et les impacts sur les ressources hydriques. Entrevue avec un des professeurs de cette table ronde, Normand Bergeron, du Centre Eau Terre Environnement de l'INRS et spécialiste en géomorphologie et habitat fluvial.
À cette table ronde, les cinq personnes invitées par l'Association canadienne des ressources hydriques, tous des professeurs de l'INRS, en sont arrivées à un même et premier constat: le développement du Nord québécois doit se faire en ne répétant pas les erreurs du passé. «Même si nous avons très peu développé le Nord québécois, nous avons beaucoup développé le Sud du Québec, et les erreurs commises au Sud ne doivent pas se répéter au Nord, précise Normand Bergeron. Pour certains, cela peut paraître comme une contrainte, mais j'y vois plutôt une occasion, celle d'y faire un développement plus intelligent.»
Une des questions soulevées par la table ronde, et qui préoccupe tout particulièrement Normand Bergeron, c'est la construction des routes. «Depuis la colonisation, on a construit beaucoup de routes et de chemins. Et, très souvent, lorsqu'on construit une route, on cherche le tracé le plus facile et le plus accessible, et c'est très souvent en bordure de rivière qu'on le trouve, ce qui fait que beaucoup de routes longent de près les cours d'eau.»
Si le choix de ce tracé facilite la construction de la route, il entraîne par contre son lot de problèmes plus tard. «Les rivières ne sont pas toutes stables, certaines migrent et changent de parcours, souvent en se rapprochant de la route, qui pourra être atteinte à cause de l'érosion. Il faut alors essayer de protéger la route, ce qui entraîne des coûts pour la société. Mais il existe le concept d'espace de liberté d'une rivière, qui est en fait un corridor de protection dans lequel la rivière peut migrer sans causer de dommages. Il faudrait appliquer ce concept dans la construction des routes dans le Nord québécois.»
De plus, l'aménagement du territoire implique qu'on enjambe rivières et ruisseaux par des ponts et des ponceaux. «On fragmente ainsi le réseau hydrique et, par conséquent, on fragmente aussi les habitats naturels. Par exemple, le poisson doit se déplacer dans l'ensemble du réseau hydrique pour y trouver l'habitat qui lui convient. S'il ne peut plus se déplacer, ses activités seront modifiées et cela nuira à la biodiversité de l'habitat.»
Tenir compte des impacts sociaux
L'autre principe auquel tous les scientifiques présents ont adhéré est que le développement du Nord québécois doit se faire en tenant compte des impacts sociaux, dont certains peuvent surprendre à première vue. «Par exemple, on sait que les lacs et les rivières du Nord sont poissonneux et que ce poisson est une denrée importante pour les collectivités locales. Il faut donc préserver ces sources d'alimentation.»
C'est d'autant plus important que, si la ressource est abondante, elle est toutefois sensible. «Le taux de croissance au Nord est plus lent. Par exemple, un saumon au Sud vit environ deux ans en eau douce avant de migrer vers l'océan. Mais, dans le Nord, le saumon y vit près de six ans avant de migrer vers l'océan. Il est donc clair que, si le développement nuit à cette ressource, elle mettra plus de temps à se régénérer.»
Il y a aussi la question de la pêche commerciale, qui risque d'augmenter au fur et à mesure que le développement industriel attire de nouveaux travailleurs. «Le problème est que les règles que nous avons pour contrôler la pêche commerciale au Sud ne s'appliquent pas au Nord. Par exemple, si, pour une espèce donnée, nous savons au Sud quel est le degré de tolérance à un agent contaminant, nous n'avons aucun chiffre à ce sujet en ce qui concerne les espèces au Nord.»
Sciences et gouvernance
C'est une des raisons pour lesquelles ces scientifiques en appellent à la prudence dans la gestion du développement du Nord québécois. «Nous avons peu de connaissances scientifiques sur le Nord québécois, et seule une poignée de scientifiques travaillent à ce sujet. Il est donc important de commencer par accroître nos connaissances sur l'écosystème du Nord avant de se lancer dans le développement. La recherche scientifique doit accompagner le développement afin que ce dernier se fasse en connaissance de cause. Il ne faut pas attendre que ça coince quelque part avant de se poser les bonnes questions.» Sans compter que ces nouvelles connaissances scientifiques auront des retombées. «Non seulement nous acquerrons de nouvelles connaissances, mais cette recherche va aussi servir à former plus de scientifiques spécialisés dans le Nord québécois.»
Il fut aussi question de gouvernance lors de cette table ronde. «Le développement du Nord québécois ne peut pas se faire sans le concours de tous. Il faut que les scientifiques, les gouvernements, les collectivités locales et autochtones, les organismes publics et les entreprises privées, comme les entreprises minières, soient tous assis à la même table. On peut penser que ceux qui refuseront de s'asseoir à cette table seront aussi ceux qui auront le moins d'intérêt à mettre de l'avant les bonnes pratiques. Pour éviter pareille situation, il faut que le gouvernement assume ses responsabilités et qu'il oblige tous ces intervenants à s'asseoir à cette table.»
***
Collaborateur du Devoir
À cette table ronde, les cinq personnes invitées par l'Association canadienne des ressources hydriques, tous des professeurs de l'INRS, en sont arrivées à un même et premier constat: le développement du Nord québécois doit se faire en ne répétant pas les erreurs du passé. «Même si nous avons très peu développé le Nord québécois, nous avons beaucoup développé le Sud du Québec, et les erreurs commises au Sud ne doivent pas se répéter au Nord, précise Normand Bergeron. Pour certains, cela peut paraître comme une contrainte, mais j'y vois plutôt une occasion, celle d'y faire un développement plus intelligent.»
Une des questions soulevées par la table ronde, et qui préoccupe tout particulièrement Normand Bergeron, c'est la construction des routes. «Depuis la colonisation, on a construit beaucoup de routes et de chemins. Et, très souvent, lorsqu'on construit une route, on cherche le tracé le plus facile et le plus accessible, et c'est très souvent en bordure de rivière qu'on le trouve, ce qui fait que beaucoup de routes longent de près les cours d'eau.»
Si le choix de ce tracé facilite la construction de la route, il entraîne par contre son lot de problèmes plus tard. «Les rivières ne sont pas toutes stables, certaines migrent et changent de parcours, souvent en se rapprochant de la route, qui pourra être atteinte à cause de l'érosion. Il faut alors essayer de protéger la route, ce qui entraîne des coûts pour la société. Mais il existe le concept d'espace de liberté d'une rivière, qui est en fait un corridor de protection dans lequel la rivière peut migrer sans causer de dommages. Il faudrait appliquer ce concept dans la construction des routes dans le Nord québécois.»
De plus, l'aménagement du territoire implique qu'on enjambe rivières et ruisseaux par des ponts et des ponceaux. «On fragmente ainsi le réseau hydrique et, par conséquent, on fragmente aussi les habitats naturels. Par exemple, le poisson doit se déplacer dans l'ensemble du réseau hydrique pour y trouver l'habitat qui lui convient. S'il ne peut plus se déplacer, ses activités seront modifiées et cela nuira à la biodiversité de l'habitat.»
Tenir compte des impacts sociaux
L'autre principe auquel tous les scientifiques présents ont adhéré est que le développement du Nord québécois doit se faire en tenant compte des impacts sociaux, dont certains peuvent surprendre à première vue. «Par exemple, on sait que les lacs et les rivières du Nord sont poissonneux et que ce poisson est une denrée importante pour les collectivités locales. Il faut donc préserver ces sources d'alimentation.»
C'est d'autant plus important que, si la ressource est abondante, elle est toutefois sensible. «Le taux de croissance au Nord est plus lent. Par exemple, un saumon au Sud vit environ deux ans en eau douce avant de migrer vers l'océan. Mais, dans le Nord, le saumon y vit près de six ans avant de migrer vers l'océan. Il est donc clair que, si le développement nuit à cette ressource, elle mettra plus de temps à se régénérer.»
Il y a aussi la question de la pêche commerciale, qui risque d'augmenter au fur et à mesure que le développement industriel attire de nouveaux travailleurs. «Le problème est que les règles que nous avons pour contrôler la pêche commerciale au Sud ne s'appliquent pas au Nord. Par exemple, si, pour une espèce donnée, nous savons au Sud quel est le degré de tolérance à un agent contaminant, nous n'avons aucun chiffre à ce sujet en ce qui concerne les espèces au Nord.»
Sciences et gouvernance
C'est une des raisons pour lesquelles ces scientifiques en appellent à la prudence dans la gestion du développement du Nord québécois. «Nous avons peu de connaissances scientifiques sur le Nord québécois, et seule une poignée de scientifiques travaillent à ce sujet. Il est donc important de commencer par accroître nos connaissances sur l'écosystème du Nord avant de se lancer dans le développement. La recherche scientifique doit accompagner le développement afin que ce dernier se fasse en connaissance de cause. Il ne faut pas attendre que ça coince quelque part avant de se poser les bonnes questions.» Sans compter que ces nouvelles connaissances scientifiques auront des retombées. «Non seulement nous acquerrons de nouvelles connaissances, mais cette recherche va aussi servir à former plus de scientifiques spécialisés dans le Nord québécois.»
Il fut aussi question de gouvernance lors de cette table ronde. «Le développement du Nord québécois ne peut pas se faire sans le concours de tous. Il faut que les scientifiques, les gouvernements, les collectivités locales et autochtones, les organismes publics et les entreprises privées, comme les entreprises minières, soient tous assis à la même table. On peut penser que ceux qui refuseront de s'asseoir à cette table seront aussi ceux qui auront le moins d'intérêt à mettre de l'avant les bonnes pratiques. Pour éviter pareille situation, il faut que le gouvernement assume ses responsabilités et qu'il oblige tous ces intervenants à s'asseoir à cette table.»
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Collaborateur du Devoir







