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    Valorisation de la matière organique - Des «déchets» drôlement utiles!

    Biogénie oeuvre au Canada, aux États-Unis, en France et en Angleterre

    3 mars 2012 |Claude Lafleur | Actualités sur l'environnement
    Pour la firme Biogénie, nos déchets de table et d'autres résidus organiques doivent avant tout servir à la fabrication de produits, plutôt que d'être considérés comme de la matière à recycler. «Toute municipalité devrait considérer qu'elle dispose d'une matière première qui peut être transformée en produit utile, tandis que si on voit cette matière comme quelque chose à jeter, on la traite alors comme un déchet», explique Georges Szaraz, vice-président principal chez Biogénie.

    Georges Szaraz fait valoir qu'il n'est déjà pas facile de disposer de la matière organique traitée, en dépit du fait qu'elle ne constitue pourtant qu'une fraction de tout ce qu'on rejette. Déjà, certains centres de compostage ont dû fermer leurs portes, faute de n'avoir pu trouver des débouchés pour leur production. «On peut imaginer que, le jour où toute la matière organique se retrouvera au recyclage, il y aura un goulot d'étrangement, dit-il. Il faut donc prendre en compte la capacité du marché à absorber tout ce qu'on recycle.»

    C'est justement l'approche préconisée par Biogénie, une firme de 400 employés dont le siège social se trouve à Québec et qui oeuvre à travers le Canada, aux États-Unis, en France et en Angleterre. Biogénie procède à la valorisation de résidus verts (feuilles et gazon) ou alimentaires (résidus de table et de cafétéria), ainsi que de boues municipales (issues des usines de traitement des eaux usées) et industrielles (provenant notamment des papetières). «Nous traitons environ un demi-million de tonnes de résidus par année, l'équivalent du contenu de camions qui, mis bout à bout, couvriraient la distance Montréal-New York», illustre M. Szaraz.

    L'approche «produits»

    «Chez nous, on considère cette matière comme de la matière première qui nous sert à fabriquer différents produits, poursuit-il, comme des engrais agricoles, des terreaux, des composts, des biocombustibles, etc. Nous générons également de l'énergie, de l'électricité. On fait aussi de la restauration de site, par exemple des mines désaffectées, où nous utilisons de la matière résiduelle pour revitaliser l'endroit.»

    Biogénie cherche avant tout à développer des produits qui répondront aux besoins du marché. «Par exemple, indique Georges Szaraz, nous développons actuellement une nouvelle génération d'engrais à base organique. Or, au lieu de se demander comment on pourrait disposer de ces engrais auprès des agriculteurs, on regarde plutôt ce dont ceux-ci ont besoin. Cela peut paraître anodin, mais ça change complètement la perspective. On considère donc le fait que les agriculteurs ont besoin d'engrais à un moment précis, qu'ils les veulent selon une forme facile à épandre et qu'ils cherchent à minimiser les passages dans leurs champs... Nous développons nos engrais dans ce sens, c'est notre approche "produits".»

    C'est ainsi que les spécialistes de Biogénie mettent au point diverses technologies pour faire du compostage, du bioséchage, de la déshydratation, du tamisage et de la récupération. «Par exemple, on se retrouve souvent avec un mélange de bois, de pierre et de plastique, explique M. Szaraz. Or il faut retirer les plastiques afin de récupérer le bois et la pierre, que nous utilisons ensuite pour fabriquer différents produits.»

    Cependant, le ministère de l'Environnement ayant décidé de mettre fin à l'enfouissement de toute la matière organique d'ici 2020, le marché de la valorisation de cette matière risque fort d'être saturé, estime Georges Szaraz. «Il nous faut donc viser différents marchés avec divers produits, dit-il, et pas seulement la valorisation agricole et le compostage.»

    Les défis des villes

    Un autre problème qui se pointe à l'horizon, poursuit le vice-président principal chez Biogénie: la diminution de la qualité de la matière première. «Lorsque les municipalités ramassent 30, 40 ou 50 % de la matière organique chez les citoyens, comme elles le font présentement, elles récoltent la crème, dit-il. Mais plus les cueillettes vont progresser, moins la qualité sera intéressante. On le voit déjà dans certaines municipalités, la matière va être d'une qualité de moins en moins bonne.»

    Actuellement, les 50 à 60 % de la matière organique récupérée sont en grande partie recyclés dans le compostage, la valorisation agricole et la biométhanisation, indique Georges Szaraz. Quant aux 40 % qui restent à récolter, il faudra les valoriser à d'autres fins, puisque cette matière risque fort de contenir des impuretés. «Vous n'aimerez pas trouver des morceaux de verre dans le compost que vous avez acheté pour mettre dans votre jardin, illustre M. Szaraz. Mais si cela passe comme biocombustible dans un hôpital, ce ne sera pas un problème... C'est pourquoi nous visons différents produits, selon la qualité des intrants que nous recevrons.»

    Un autre problème auquel se butent les municipalités: la localisation et la taille des centres de traitement de la matière organique. Les gens n'apprécient guère de voir à proximité de chez eux un immense centre de traitement, constate M. Szaraz. C'est le syndrome «pas dans ma cour». Par contre, l'ouverture de petits centres un peu partout pour traiter la matière locale est plus acceptable. «Comme citoyen, je trouve plus équitable que ce soit ma matière qui se retrouve traitée près de chez moi, et non celle de toute la ville», résume-t-il.

    C'est pourquoi Biogénie cherche autant à diversifier les solutions qu'elle offre, afin de satisfaire les besoins du marché et des municipalités. «Il faut regarder la chaîne de valorisation de la matière organique depuis le début jusqu'à la fin, énonce Georges Szaraz. Il faut entre autres se demander combien coûte la collecte et, une fois le processus de valorisation terminé, ce qu'on fait avec ce qu'on a produit.»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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