De la réutilisation au recyclage - «Il y a un prix à payer pour être vert, durable»
Cascades reste fidèle à ses engagements de départ dans son repositionnement
Cascades, aussi loin que remonte son existence, a toujours eu le développement durable inscrit dans ses gènes. Et voilà que cette entreprise s'est dotée d'un plan dans ce domaine, qu'elle applique au moment où elle traverse une phase de rationalisation.
C'est bien connu, l'histoire d'affaires qui est celle de Cascades commence, pour les Lemaire père et fils, dans les années 1950 par la récupération de vieilles matières réutilisables dans le secteur de Drummondville, matières qui sont revendues sous le pont Jacques-Cartier: l'objectif, pour ces pionniers de l'époque, consiste à arrondir les fins de mois dans la traversée d'une période financière difficile.
«Du dépotoir jusqu'à l'acquisition du premier vieux moulin à papier de Kingsey Falls, le même principe de faire du neuf avec du vieux s'est appliqué, ce qui est encore le cas aujourd'hui, alors que l'entreprise a énormément grandi, puisque près de 80 % de tous nos produits sont fabriqués à base de matières recyclées», laisse savoir Hubert Bolduc, vice-président communications-affaires publiques et responsable du dossier du développement durable chez Cascades.
Le modèle d'affaires demeurera à l'image des activités de départ, tout au fil de la croissance: «Cascades a toujours acheté ou presque, même si cela commence à changer après 47 ans, des usines moribondes dont les gens ne voulaient plus; elles n'étaient plus rentables, mais eux, les Lemaire, avaient la vision et les capacités de se virer de bord et d'en tirer des profits grâce à leurs talents opérationnels.»
Le cheminement logique et un plan
Au moment de faire des acquisitions du côté de l'Europe dans les années 1980, commence la publication d'un bilan social, qui est suivie en 2004 de la préparation du premier rapport sur le développement durable: «On faisait à l'intérieur de celui-ci la description de tout ce qu'on réalisait dans ce domaine, de l'utilisation de fibres jusqu'à la faible consommation d'eau et d'énergie, en passant par nos pratiques sociales et notre partage des profits; les gens trouvaient cela extraordinaire et il y en avait pour 50 pages.»
Cette façon de procéder s'est poursuivie pendant quelques années, durant lesquelles les progrès enregistrés venaient s'ajouter au bilan: «On se tournait toujours vers le passé et les ONG [organisations non gouvernementales] nous ont finalement signalé que, tout en étant exemplaire, c'était là un problème: "Quels sont vos objectifs pour le futur?", ont-elles demandé. "Livrez-vous à des projections et, à ce moment-là, vous allez vraiment devenir un modèle".»
Cascades a répondu à l'appel en préparant un plan réalisé par un comité interne. Hubert Bolduc résume l'aboutissement des travaux: «On est arrivé à cerner 18 indicateurs de performance, qui se trouvent dans le Plan, avec le désir d'atteindre les objectifs prévus à la fin de 2012. Est-ce possible? Dans certains cas, oui, dans d'autres, non. On verra.» La conjoncture liée à des fermetures ou à des acquisitions d'usines influera sur les résultats escomptés.
Il repère les points les plus importants à l'intérieur de ce dernier: «Il y a la baisse de consommation d'énergie et d'eau, de même que les gaz à effet de serre; ce sont là les trois gros facteurs dans une industrie polluante comme celle des pâtes et papiers, qui est une grande consommatrice d'énergie, sur lesquels on doit se pencher sérieusement. On prête aussi attention à la quantité de valorisation de nos déchets, qui sont mis en valeur dans une proportion de 65 %.» Un rapport détaillé sur les performances obtenues sera préparé en 2012, en même temps que sera élaboré un autre plan pour 2013-2016.
Développement durable et rationalisation
En cette période où Cascades effectue un remue-ménage structurel dans l'entreprise, une question se pose: les mesures de rationalisation ont-elles des effets sur la réalisation du Plan? Le vice-président évalue les impacts: «Dans la plupart des cas, je dirais que oui. Moins il y a d'usines, moins il y a d'employés et plus les risques d'accident diminuent; à cet égard, un des indicateurs du Plan sur le volet social porte sur la fréquence de ces accidents. Il est de plus certain que, au niveau de la consommation d'eau et d'énergie, ce sont des chiffres qui vont baisser de façon globale, ce qui ne veut pas dire qu'on va s'améliorer usine par usine. En fait, ça ne nous empêche pas d'aller de l'avant, mais cela peut nous aider ou encore nous nuire.»
Il assure que le développement durable ne figure absolument pas comme une des causes du repositionnement actuel: «L'aspect important pour nous, c'est celui de l'environnement, donc de l'eau, de l'énergie et des matières premières. Si on essaie de consommer moins d'énergie et moins d'eau en même temps qu'on fait appel à plus de matières recyclées, normalement cette façon de procéder est censée aider plutôt que nuire; je dirais que les usines performantes sont celles qui se distinguent le plus dans ce domaine et donc qui font en sorte qu'on a un meilleur bilan écologique.»
Coups de pouce et bâtons dans les roues
Le temps venu de savoir ce qui facilite la tâche de Cascades dans le développement durable, Hubert Bolduc apporte cet éclairage: «Ce sont les ONG et les groupes de pression; pour d'autres entreprises, ce sont des roches dans leurs souliers, mais pour nous, c'est le contraire, parce qu'ils nous considèrent comme un modèle et qu'ils nous forcent à réfléchir aux façons de devenir meilleur. On sait concrètement que ce développement a été rentable pour nous; si on est capable de faire mieux avec l'aide de ces groupes-là, qui pointent les endroits où on est peut-être défaillant et où on pourrait sans doute faire différemment, il est certain qu'on peut s'améliorer au bout du compte.»
Et qui sont les empêcheurs de tourner en rond? «En revanche, il y a des propositions qui sont amenées et qui nécessitent des investissements importants; à ce moment-là, il peut y avoir des gens à l'interne qui, pour des raisons d'attribution de capital et de répartition du capital à investir, vont se demander si on dispose aujourd'hui de l'argent pour procéder à ces investissements-là, dans le but, par exemple, de baisser la consommation de X pour cent à telle usine. Dans de telles circonstances, le développement durable, ça peut être plus difficile; il faut tenir des délibérations et il faut trancher parfois en faveur ou non de celui-ci. Il y a d'autres fois où les rendements du capital investi ne sont pas aussi rapides que ceux qu'on souhaiterait; il y en a qui se produisent très vite et d'autres qui ne sont pas rapides du tout. On doit donc accepter également qu'il y a un prix à payer pour être clean, pour être vert et pour être durable.»
***
Collaborateur du Devoir
C'est bien connu, l'histoire d'affaires qui est celle de Cascades commence, pour les Lemaire père et fils, dans les années 1950 par la récupération de vieilles matières réutilisables dans le secteur de Drummondville, matières qui sont revendues sous le pont Jacques-Cartier: l'objectif, pour ces pionniers de l'époque, consiste à arrondir les fins de mois dans la traversée d'une période financière difficile.
«Du dépotoir jusqu'à l'acquisition du premier vieux moulin à papier de Kingsey Falls, le même principe de faire du neuf avec du vieux s'est appliqué, ce qui est encore le cas aujourd'hui, alors que l'entreprise a énormément grandi, puisque près de 80 % de tous nos produits sont fabriqués à base de matières recyclées», laisse savoir Hubert Bolduc, vice-président communications-affaires publiques et responsable du dossier du développement durable chez Cascades.
Le modèle d'affaires demeurera à l'image des activités de départ, tout au fil de la croissance: «Cascades a toujours acheté ou presque, même si cela commence à changer après 47 ans, des usines moribondes dont les gens ne voulaient plus; elles n'étaient plus rentables, mais eux, les Lemaire, avaient la vision et les capacités de se virer de bord et d'en tirer des profits grâce à leurs talents opérationnels.»
Le cheminement logique et un plan
Au moment de faire des acquisitions du côté de l'Europe dans les années 1980, commence la publication d'un bilan social, qui est suivie en 2004 de la préparation du premier rapport sur le développement durable: «On faisait à l'intérieur de celui-ci la description de tout ce qu'on réalisait dans ce domaine, de l'utilisation de fibres jusqu'à la faible consommation d'eau et d'énergie, en passant par nos pratiques sociales et notre partage des profits; les gens trouvaient cela extraordinaire et il y en avait pour 50 pages.»
Cette façon de procéder s'est poursuivie pendant quelques années, durant lesquelles les progrès enregistrés venaient s'ajouter au bilan: «On se tournait toujours vers le passé et les ONG [organisations non gouvernementales] nous ont finalement signalé que, tout en étant exemplaire, c'était là un problème: "Quels sont vos objectifs pour le futur?", ont-elles demandé. "Livrez-vous à des projections et, à ce moment-là, vous allez vraiment devenir un modèle".»
Cascades a répondu à l'appel en préparant un plan réalisé par un comité interne. Hubert Bolduc résume l'aboutissement des travaux: «On est arrivé à cerner 18 indicateurs de performance, qui se trouvent dans le Plan, avec le désir d'atteindre les objectifs prévus à la fin de 2012. Est-ce possible? Dans certains cas, oui, dans d'autres, non. On verra.» La conjoncture liée à des fermetures ou à des acquisitions d'usines influera sur les résultats escomptés.
Il repère les points les plus importants à l'intérieur de ce dernier: «Il y a la baisse de consommation d'énergie et d'eau, de même que les gaz à effet de serre; ce sont là les trois gros facteurs dans une industrie polluante comme celle des pâtes et papiers, qui est une grande consommatrice d'énergie, sur lesquels on doit se pencher sérieusement. On prête aussi attention à la quantité de valorisation de nos déchets, qui sont mis en valeur dans une proportion de 65 %.» Un rapport détaillé sur les performances obtenues sera préparé en 2012, en même temps que sera élaboré un autre plan pour 2013-2016.
Développement durable et rationalisation
En cette période où Cascades effectue un remue-ménage structurel dans l'entreprise, une question se pose: les mesures de rationalisation ont-elles des effets sur la réalisation du Plan? Le vice-président évalue les impacts: «Dans la plupart des cas, je dirais que oui. Moins il y a d'usines, moins il y a d'employés et plus les risques d'accident diminuent; à cet égard, un des indicateurs du Plan sur le volet social porte sur la fréquence de ces accidents. Il est de plus certain que, au niveau de la consommation d'eau et d'énergie, ce sont des chiffres qui vont baisser de façon globale, ce qui ne veut pas dire qu'on va s'améliorer usine par usine. En fait, ça ne nous empêche pas d'aller de l'avant, mais cela peut nous aider ou encore nous nuire.»
Il assure que le développement durable ne figure absolument pas comme une des causes du repositionnement actuel: «L'aspect important pour nous, c'est celui de l'environnement, donc de l'eau, de l'énergie et des matières premières. Si on essaie de consommer moins d'énergie et moins d'eau en même temps qu'on fait appel à plus de matières recyclées, normalement cette façon de procéder est censée aider plutôt que nuire; je dirais que les usines performantes sont celles qui se distinguent le plus dans ce domaine et donc qui font en sorte qu'on a un meilleur bilan écologique.»
Coups de pouce et bâtons dans les roues
Le temps venu de savoir ce qui facilite la tâche de Cascades dans le développement durable, Hubert Bolduc apporte cet éclairage: «Ce sont les ONG et les groupes de pression; pour d'autres entreprises, ce sont des roches dans leurs souliers, mais pour nous, c'est le contraire, parce qu'ils nous considèrent comme un modèle et qu'ils nous forcent à réfléchir aux façons de devenir meilleur. On sait concrètement que ce développement a été rentable pour nous; si on est capable de faire mieux avec l'aide de ces groupes-là, qui pointent les endroits où on est peut-être défaillant et où on pourrait sans doute faire différemment, il est certain qu'on peut s'améliorer au bout du compte.»
Et qui sont les empêcheurs de tourner en rond? «En revanche, il y a des propositions qui sont amenées et qui nécessitent des investissements importants; à ce moment-là, il peut y avoir des gens à l'interne qui, pour des raisons d'attribution de capital et de répartition du capital à investir, vont se demander si on dispose aujourd'hui de l'argent pour procéder à ces investissements-là, dans le but, par exemple, de baisser la consommation de X pour cent à telle usine. Dans de telles circonstances, le développement durable, ça peut être plus difficile; il faut tenir des délibérations et il faut trancher parfois en faveur ou non de celui-ci. Il y a d'autres fois où les rendements du capital investi ne sont pas aussi rapides que ceux qu'on souhaiterait; il y en a qui se produisent très vite et d'autres qui ne sont pas rapides du tout. On doit donc accepter également qu'il y a un prix à payer pour être clean, pour être vert et pour être durable.»
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Collaborateur du Devoir









