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    La station Eureka fermera en avril

    Privé de fonds par Ottawa, le laboratoire de recherche de l'île d'Ellesmere devra cesser ses activités portant notamment sur les changements climatiques

    Un pâle soleil d’hiver éclaire la station Eureka sur cette photographie prise lundi par un chercheur. Le laboratoire d’Eureka est l’installation civile la plus au nord de la planète. <br />
    Photo: Dan Weaver Un pâle soleil d’hiver éclaire la station Eureka sur cette photographie prise lundi par un chercheur. Le laboratoire d’Eureka est l’installation civile la plus au nord de la planète.
    Privé des fonds pourtant promis par le gouvernement Harper dans son dernier budget, le Laboratoire de recherche atmosphérique en environnement polaire (PEARL), installé à Eureka sur l'île d'Ellesmere, près du cercle polaire, devra fermer ses portes à la fin d'avril.

    Les activités de ce laboratoire coûtaient pourtant seulement 1,5 million par an, mais le Réseau canadien pour la détection des changements atmosphériques (CANDAC), qui réunit plusieurs universités, s'est avéré incapable de planifier la poursuite des activités en cours faute de nouveaux fonds.

    Le laboratoire PEARL regroupe des scientifiques de haut niveau qui ont participé avec des chercheurs d'autres pays, l'an dernier, à la découverte du premier trou dans la couche d'ozone au-dessus de l'Arctique. Ce laboratoire privé de recherche universitaire, qui fonctionne en continu depuis 2005 dans une bâtisse appartenant à Environnement Canada, recueille des données scientifiques dans le cadre de programmes et réseaux nationaux et internationaux sur la qualité de l'air, sur la migration des contaminants atmosphériques vers les régions polaires, sur l'étude sur l'ozone dans la stratosphère et... les changements climatiques, une question qui déclenche chez certains des crises d'urticaire à Ottawa.

    Dans son dernier budget en 2011, le gouvernement conservateur s'est engagé à verser 35 millions au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNGC), lequel finance le réseau CANDAC, qui fournissait 1,5 million au laboratoire PEARL.

    «Mais, explique le professeur Thomas J. Duck, du Département de physique et des sciences de l'atmosphère de l'Université de Dalhousie, en Nouvelle-Ecosse, l'argent promis dans le budget par le ministre des Finances a disparu. Personne n'en a vu la couleur. Le gouvernement a été questionné pour savoir où ces fonds étaient passés. Personne n'a pu obtenir une réponse. Nous pensons qu'on est ici en face d'une autre affaire inspirée par l'opposition idéologique de certains conservateurs à l'endroit des sciences de l'atmosphère.»

    Pour André Bélisle, président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), «après les coupes qui ont frappé la plupart des programmes gouvernementaux sur les changements climatiques, après les coupes dans le budget général d'Environnement Canada et les autres compressions qui ont frappé la recherche en environnement, on voit que le gouvernement Harper continue son travail de sabotage de la recherche en environnement et surtout en ce qui a trait à la pollution atmosphérique et aux changements climatiques. Sa politique est claire: les fonds ne sont pas coupés au hasard. C'est voulu. Et ça frappe là où on ne veut plus savoir».

    Pourtant, le gouvernement fédéral entend construire une autre «station de recherche du Haut-Arctique» à Cambridge Bay. Mais au mieux, souligne le professeur Duck, ce centre sera opérationnel en 2017. Et il fait remarquer que cette nouvelle base dite du «Haut-Arctique» ne sera pas située dans le Haut-Arctique justement, là où se trouve la base d'Eureka. La base de Cambridge Bay va se retrouver à 1300 km plus au sud que la station de recherche qui devra fermer ses portes à la fin d'avril.

    Les chercheurs craignent beaucoup de perdre cinq ans de données scientifiques entre 2012 et 2017. Le laboratoire PEARL utilise un grand nombre d'instruments scientifiques en continu dans le cadre de programmes nationaux et internationaux de recherche, y compris avec des chercheurs allemands.

    Le Canada, avec ses quatre millions de kilomètres dans le Haut-Arctique canadien, possède la plus grande partie de cette région du globe. Avec les recherches menées au laboratoire d'Eureka, l'installation civile la plus au nord sur la planète, et d'autres programmes de recherche nordique, il pouvait avoir un poids intéressant dans l'orientation de la recherche atmosphérique à l'échelle internationale en fonction de ses priorités.

    Si la plupart des recherches dans le Haut-Arctique se font encore dans de petits camps isolés et souvent temporaires, un nombre croissant de chercheurs de différentes disciplines utilisent les équipements du laboratoire PEARL, où on retrouve plusieurs systèmes géostationnaires de télécommunications. C'est là aussi que se déroulent les travaux préparatoires pour la mise au point d'un télescope polaire et pour la mise en place d'un observatoire magnétique.

    Selon le professeur James R. Drummond, lui aussi de l'Université de Dalhousie, «la perte du laboratoire PEARL aura des répercussions négatives sur les besoins en recherche du Canada et sur la contribution du pays au consortium mondial des données sur le mesurage dans l'Arctique. Le Réseau robotique d'aérosols [AERONET] accusera des trous importants dans ses données de base tout comme le Réseau de dépistage sur la composition des changements atmosphériques [NDACC] et le Réseau météorologique d'observation du carbone total [TCCON].»

    D'ailleurs, le professeur Paul Wennberg, porte-parole du réseau TCCON aux États-Unis, disait hier que «la fermeture du laboratoire PEARL signifie que le réseau TCCON va perdre son seul site d'échantillonnage au Canada et sera privé de séries de données d'une grande valeur sur les mesures de la colonne de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Cela aura par conséquent un impact négatif sur notre capacité de détecter les changements dans les concentrations de carbone dans l'Arctique et sur notre capacité de valider par des mesures au sol celles qui sont réalisées en haute altitude» par le programme japonais GOSAT et par le programme OCO-2 de la NASA.

    Pour Jim Sloan, un chercheur du laboratoire PEARL de l'Université de Waterloo, la fin des programmes en cours à la base d'Eureka a d'autant plus d'importance que le site est idéal pour analyser le déplacement des contaminants atmosphériques du sud vers les régions polaires.












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