Keystone XL - La lumière au bout du pipeline?
1 février 2012
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Pierre-André Gagnon, coordonnateur de l'Observatoire sur les États-Unis, de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et candidat à la maîtrise en science politique à l'UQAM
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Actualités sur l'environnement
Les candidats à l'investiture républicaine pour les élections présidentielles de 2012 ont qualifié de «stupide», «choquante» et «irresponsable» la décision prise le 18 janvier par le président Barack Obama d'empêcher la construction du controversé pipeline Keystone XL. Au-delà de ces épithètes à saveur électorale, il faut voir dans la rhétorique républicaine une menace pour l'environnement allant bien au-delà de ce projet.
Le projet Keystone XL devait ajouter 2700 km d'oléoduc au réseau de l'entreprise albertaine TransCanada dans le but de transporter le pétrole issu des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'aux côtes du golfe du Mexique. Ce projet titanesque évalué à 7 milliards de dollars est présenté par ses promoteurs comme une occasion de stimuler l'économie américaine qui se remet difficilement sur pied avec un taux de chômage de plus de 8 %.
Il permettrait par surcroît d'augmenter la sécurité énergétique du pays en assurant un approvisionnement en pétrole auprès d'un partenaire fiable, le Canada. Or, ses opposants affirment que le projet contribuerait aux changements climatiques et que les risques de fuites poseraient un trop grand risque pour l'environnement.
Gagner du temps
Le département d'État, qui délivre les permis nécessaires à la construction d'oléoducs traversant la frontière du pays, devait initialement prendre une décision avant la fin de 2011. En novembre dernier, devant la pression d'élus du Nebraska et de groupes environnementaux, l'administration Obama a remis la décision à plus tard, c'est-à-dire après les élections de 2012, dans l'objectif officiel de trouver une autre route et de procéder à une évaluation environnementale supplémentaire. Après ce report, les républicains au Congrès ont forcé le président à rendre son verdict plus rapidement établissant le 21 février comme date limite. C'est en réponse à cette échéance qu'Obama a annoncé le rejet du projet.
La pression des républicains visait certes à mettre dans l'embarras le président sur un enjeu susceptible de nuire à ses chances de réélection. En effet, Keystone XL force Obama à choisir entre deux appuis traditionnels du Parti démocrate, les syndicats, qui voient d'un bon oeil les emplois dans le secteur de la construction, et les groupes environnementaux. La dernière annonce du président peut ainsi être considérée comme une autre tentative de gagner du temps puisque même s'il rejette la demande de permis, il n'écarte pas le projet de manière définitive.
Son choix s'appuie sur le délai imposé par le Congrès, qu'il qualifie «d'arbitraire», et non sur la valeur réelle de l'oléoduc. La porte est encore ouverte à l'approbation. Bref, Obama tente de demeurer dans l'ambiguïté le plus longtemps possible.
Des munitions pour les républicains
Les candidats aux primaires républicaines en profiteront donc pour affirmer qu'Obama se préoccupe davantage de la protection de l'environnement que de la réduction du taux de chômage. En d'autres mots, ils opposent économie et environnement en sous-entendant que les deux enjeux sont irréconciliables. Cette rhétorique n'est pas nouvelle puisque depuis les élections de mi-mandat de 2010, les républicains au Congrès répètent ad nauseam que la réglementation environnementale, personnalisée par l'Agence de protection environnementale (Environmental Protection Agency), «tue l'emploi». En rejetant l'oléoduc Keystone XL, un projet entièrement financé par le privé, Obama donne de nouvelles munitions aux républicains.
La situation est d'autant plus embarrassante que le 17 janvier, soit une journée avant l'annonce du président, le Comité sur l'emploi et la compétitivité du président (President's Council on Jobs and Competitiveness) a publié son rapport pour l'année 2011. Celui-ci recommande pour créer de l'emploi de faciliter l'exploitation de toutes les ressources naturelles du pays en prenant le soin de mentionner le développement d'oléoducs, mais sans nommer explicitement le projet Keystone XL.
Il n'en fallait pas plus pour que certains candidats à l'investiture républicaine concluent qu'Obama écoute les «environnementalistes radicaux» plutôt que son propre comité sur l'emploi. Ce discours vise à démontrer que son administration ne priorise pas l'emploi au moment où l'économie s'annonce comme le principal enjeu des élections.
Que reste-t-il pour l'environnement?
Au-delà des considérations électorales, il faut surtout se demander si l'annonce du président signifie que ce projet controversé est définitivement enterré. Il semble clair que cette victoire des groupes environnementaux sera de courte durée puisque les républicains au Congrès ont déjà prévenu qu'ils maintiendront la pression jusqu'aux élections. Les choses ne peuvent guère s'améliorer par la suite puisque l'élection de n'importe quel candidat républicain mènerait vraisemblablement à une approbation expéditive de Keystone XL ou d'un projet équivalent, alors que même si Obama devait gagner, ce dernier devrait encore subir la pression du Congrès.
De plus, le discours républicain anti-environnement (et même quelquefois anti-scientifique) risque d'avoir un impact à long terme sur la classe politique et la population américaine. L'opposition à la lutte contre les changements climatiques est maintenant partie prenante de l'orthodoxie républicaine alors qu'il y a quatre ans, John McCain a gagné l'investiture du parti en étant le candidat le plus vert, ce qui démontre bien la profondeur du changement. Les groupes environnementaux doivent donc poursuivre la lutte, car les batailles à venir risquent d'être encore plus difficiles.
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Pierre-André Gagnon, coordonnateur de l'Observatoire sur les États-Unis, de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et candidat à la maîtrise en science politique à l'UQAM
Le projet Keystone XL devait ajouter 2700 km d'oléoduc au réseau de l'entreprise albertaine TransCanada dans le but de transporter le pétrole issu des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'aux côtes du golfe du Mexique. Ce projet titanesque évalué à 7 milliards de dollars est présenté par ses promoteurs comme une occasion de stimuler l'économie américaine qui se remet difficilement sur pied avec un taux de chômage de plus de 8 %.
Il permettrait par surcroît d'augmenter la sécurité énergétique du pays en assurant un approvisionnement en pétrole auprès d'un partenaire fiable, le Canada. Or, ses opposants affirment que le projet contribuerait aux changements climatiques et que les risques de fuites poseraient un trop grand risque pour l'environnement.
Gagner du temps
Le département d'État, qui délivre les permis nécessaires à la construction d'oléoducs traversant la frontière du pays, devait initialement prendre une décision avant la fin de 2011. En novembre dernier, devant la pression d'élus du Nebraska et de groupes environnementaux, l'administration Obama a remis la décision à plus tard, c'est-à-dire après les élections de 2012, dans l'objectif officiel de trouver une autre route et de procéder à une évaluation environnementale supplémentaire. Après ce report, les républicains au Congrès ont forcé le président à rendre son verdict plus rapidement établissant le 21 février comme date limite. C'est en réponse à cette échéance qu'Obama a annoncé le rejet du projet.
La pression des républicains visait certes à mettre dans l'embarras le président sur un enjeu susceptible de nuire à ses chances de réélection. En effet, Keystone XL force Obama à choisir entre deux appuis traditionnels du Parti démocrate, les syndicats, qui voient d'un bon oeil les emplois dans le secteur de la construction, et les groupes environnementaux. La dernière annonce du président peut ainsi être considérée comme une autre tentative de gagner du temps puisque même s'il rejette la demande de permis, il n'écarte pas le projet de manière définitive.
Son choix s'appuie sur le délai imposé par le Congrès, qu'il qualifie «d'arbitraire», et non sur la valeur réelle de l'oléoduc. La porte est encore ouverte à l'approbation. Bref, Obama tente de demeurer dans l'ambiguïté le plus longtemps possible.
Des munitions pour les républicains
Les candidats aux primaires républicaines en profiteront donc pour affirmer qu'Obama se préoccupe davantage de la protection de l'environnement que de la réduction du taux de chômage. En d'autres mots, ils opposent économie et environnement en sous-entendant que les deux enjeux sont irréconciliables. Cette rhétorique n'est pas nouvelle puisque depuis les élections de mi-mandat de 2010, les républicains au Congrès répètent ad nauseam que la réglementation environnementale, personnalisée par l'Agence de protection environnementale (Environmental Protection Agency), «tue l'emploi». En rejetant l'oléoduc Keystone XL, un projet entièrement financé par le privé, Obama donne de nouvelles munitions aux républicains.
La situation est d'autant plus embarrassante que le 17 janvier, soit une journée avant l'annonce du président, le Comité sur l'emploi et la compétitivité du président (President's Council on Jobs and Competitiveness) a publié son rapport pour l'année 2011. Celui-ci recommande pour créer de l'emploi de faciliter l'exploitation de toutes les ressources naturelles du pays en prenant le soin de mentionner le développement d'oléoducs, mais sans nommer explicitement le projet Keystone XL.
Il n'en fallait pas plus pour que certains candidats à l'investiture républicaine concluent qu'Obama écoute les «environnementalistes radicaux» plutôt que son propre comité sur l'emploi. Ce discours vise à démontrer que son administration ne priorise pas l'emploi au moment où l'économie s'annonce comme le principal enjeu des élections.
Que reste-t-il pour l'environnement?
Au-delà des considérations électorales, il faut surtout se demander si l'annonce du président signifie que ce projet controversé est définitivement enterré. Il semble clair que cette victoire des groupes environnementaux sera de courte durée puisque les républicains au Congrès ont déjà prévenu qu'ils maintiendront la pression jusqu'aux élections. Les choses ne peuvent guère s'améliorer par la suite puisque l'élection de n'importe quel candidat républicain mènerait vraisemblablement à une approbation expéditive de Keystone XL ou d'un projet équivalent, alors que même si Obama devait gagner, ce dernier devrait encore subir la pression du Congrès.
De plus, le discours républicain anti-environnement (et même quelquefois anti-scientifique) risque d'avoir un impact à long terme sur la classe politique et la population américaine. L'opposition à la lutte contre les changements climatiques est maintenant partie prenante de l'orthodoxie républicaine alors qu'il y a quatre ans, John McCain a gagné l'investiture du parti en étant le candidat le plus vert, ce qui démontre bien la profondeur du changement. Les groupes environnementaux doivent donc poursuivre la lutte, car les batailles à venir risquent d'être encore plus difficiles.
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Pierre-André Gagnon, coordonnateur de l'Observatoire sur les États-Unis, de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et candidat à la maîtrise en science politique à l'UQAM








