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    Oléoduc dans l'Ouest - Oliver condamne les écologistes opposés au projet Northern Gateway

    «Ils veulent nous ramener au Moyen-Âge», dit le ministre fédéral des Ressources naturelles

    Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, souhaite que l’évaluation écologique des grands projets énergétiques soit menée plus rapidement.<br />
    Photo: Agence Reuters Blair Gable Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, souhaite que l’évaluation écologique des grands projets énergétiques soit menée plus rapidement.
    Ottawa — Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, s'est lancé dans une attaque en règle en traitant de «radicaux» dignes du «Moyen-Âge» les écologistes qui tentent d'empêcher la construction d'un énorme oléoduc dans l'Ouest du pays. Le ministre les accuse même d'être à la solde d'intérêts étrangers pour miner l'intérêt supérieur de la nation canadienne.

    «Certains groupes écologistes et radicaux cherchent à nous empêcher de saisir cette occasion de diversifier nos échanges commerciaux, écrit le ministre Oliver dans une lettre ouverte diffusée hier. Ils veulent faire obstacle à tout grand projet, quel que soit le coût pour les familles canadiennes, en matière de perte d'emplois et de croissance économique. Pas de foresterie, pas d'exploitation minière, pas de pétrole, pas de gaz et pas de nouveaux barrages hydroélectriques. Ils menacent de détourner notre régime réglementaire en vue de réaliser leur programme idéologique radical.»

    En entrevue au réseau CBC, le ministre a ajouté que ces «radicaux» sont contre les hydrocarbures en général. «Ils veulent nous ramener au Moyen-Âge», a-t-il lancé. Le ministre estime que l'oléoduc est essentiel pour diversifier les marchés énergétiques du Canada. «Pratiquement toutes nos exportations énergétiques sont destinées aux É.-U. En tant que pays, nous devons chercher de nouveaux marchés.»

    À l'origine de cette sortie se trouve le mégaprojet de construction d'un oléoduc entre Edmonton et Kitimat, sur la côte au nord de la Colombie-Britannique. Le Northern Gateway de 1177 kilomètres coûtera 5,5 milliards de dollars. La société Embridge pilote ce projet afin de transporter le pétrole extrait des sables bitumineux albertains jusqu'à un port en eau profonde permettant d'exporter le produit vers l'Asie. Les audiences sur le projet débutent ce matin à Kitimat.

    Des autochtones mécontents

    Le projet est controversé car il traverse non seulement des milieux naturels de grande valeur dans les Rocheuses, mais aussi des territoires autochtones reconnus comme tels par les tribunaux. La communauté Haisla, dans laquelle se trouve Kitimat, s'y oppose avec véhémence. Non pas qu'elle soit opposée au développement. Déjà, elle a permis l'installation d'un fourneau à aluminium de Rio Tinto Alcan de 3,3 milliards de dollars et elle accepte aussi le passage d'un terminal de gaz liquéfié, qui lui a déjà rapporté des redevances de 60 millions.

    Mais voilà, explique le chef Ellis Ross: il y a gaz et il y a bitume. «Un déversement de pétrole ne peut jamais être totalement nettoyé, alors que le gaz, s'il y a une fuite, il s'évapore», explique-t-il en entrevue avec Le Devoir. Si le pétrole contamine les lacs et les rivières, continue-t-il, c'est tout le mode de vie traditionnel de la communauté qui est menacé. «Aucune somme d'argent ne peut nous convaincre.» L'avocat de la communauté, Allan Donavan, met en garde Ottawa: «Si le gouvernement va de l'avant, il pourrait très probablement y avoir une contestation judiciaire», dit-il au Devoir, en faisant remarquer qu'il n'existe pas de tracé alternatif à cette latitude permettant d'éviter des terres autochtones. «Il n'y a pas de terra nullia dans cette zone.»

    Embridge offre aux communautés une part de 10 % dans le projet et la garantie que 15 % des employés pour le construire seront autochtones et elle promet qu'une part des profits, environ 3 millions de dollars par année sur 30 ans, sera versée dans un fonds pour financer des initiatives dans les communautés. Aucune garantie qu'elle les dédommagerait en cas de fuite, par contre.

    Dehors, les étrangers

    Dans sa lettre ouverte, le ministre Oliver s'en prend également aux étrangers. Il soutient que les «radicaux» d'ici sont en fait les marionnettes d'intérêts extérieurs. «Ils utilisent du financement fourni par des groupes d'intérêt spéciaux étrangers pour saper les intérêts économiques nationaux du Canada. Ils attirent des célébrités qui appartiennent au jet-set et dont l'empreinte de carbone personnelle est l'une des plus grandes au monde, qui viennent donner des leçons aux Canadiens pour qu'ils ne développent pas nos ressources naturelles. Et lorsqu'ils auront épuisé toutes les autres voies de recours, ils adopteront une approche typiquement américaine: intenter des poursuites.»

    M. Oliver reprend à son compte la rhétorique du groupe EthicalOil.org, qui a lancé une campagne anti-étrangers la semaine dernière intitulée «Notre décision». Elle accuse cinq groupes écologistes d'avoir reçu des fonds américains pour s'opposer aux sables bitumineux et aux oléoducs. EthicalOil.org estime que seuls les Canadiens ont leur mot à dire dans ce débat. EthicalOil.org est le même site Internet qui fait mousser la notion de «pétrole éthique», reprise depuis par le ministre Oliver. EthicalOil.org est la fabrication d'Alykhan Velshi, un ancien adjoint ministériel conservateur qui travaille depuis au bureau de Stephen Harper.

    Environmental Defense Canada est accusé d'avoir touché 250 000 $ en 2010 de la fondation américaine Tides pour mener une campagne contre les sables bitumineux. En entrevue, le directeur général d'Environmental Defense Canada, Rick Smith, se moque de l'accusation, en rappelant que moins de 10 % de son financement provient de l'étranger.

    «Une des raisons pour lesquelles les Américains sont intéressés par le débat sur l'oléoduc est que ce sont eux qui brûlent le pétrole des sables bitumineux dans leurs moteurs. Alors, ils ont un intérêt dans ce débat, rappelle M. Smith. Un organisme comme le nôtre tente de trouver des solutions globales à des problèmes globaux. De la même manière que l'UNICEF, Médecins sans frontières et Oxfam travaillent avec les autres dans d'autres pays sur les grands problèmes du XXIe siècle, nous travaillons sur le problème des gaz à effet de serre et les changements climatiques avec les autres.»

    La Pembina Environment Foundation a pour sa part touché 2,84 millions de dollars en sept ans de la William and Flora Hewlett Foundation, une fondation américaine privée qui verse depuis 1967 des contributions aux États-Unis et ailleurs dans le monde pour régler des problèmes sociaux et écologiques. «Embridge touche de l'investissement chinois. Il n'est pas à la solde de banquiers chinois pour autant», lance le directeur exécutif de l'Institut Pembina, Ed Whittingham. Steven Guilbault, d'Équiterre, dit comprendre les groupes financés à l'étranger. «Parce qu'au Canada il n'y en a plus. Le gouvernement fédéral a coupé à peu près tous les programmes de subvention pour l'éducation à l'environnement et les changements climatiques.»

    En entrevue avec le réseau CBC, Joe Oliver a expliqué pourquoi il trouvait nocif l'investissement étranger au sein des groupes écologistes, mais bienvenu dans les entreprises pétrolières qui exploitent les sables bitumineux. «Nous en avons besoin parce qu'il nous aide à construire l'infrastructure nécessaire pour diversifier notre économie. Les autres groupes tentent d'empêcher le progrès économique.» Selon M. Oliver, ces groupes «sont financés par des milliardaires socialistes comme George Soros». Contactée par Le Devoir hier, la fondation de M. Soros a fait savoir qu'elle n'était «pas présente dans ce dossier».

    En bout de piste, le ministre Joe Oliver cherche à faire accepter la notion voulant que l'évaluation écologique de ces grands projets énergétiques soit menée plus rapidement. Notons que la Loi sur l'évaluation environnementale faisait l'objet d'une révision statutaire en comité parlementaire cet automne, mais que les députés conservateurs ont utilisé leur majorité pour couper court aux débats. Dans le cas du Northern Gateway, l'évaluation environnementale devrait être déposée à l'automne 2013.












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