Dauphins en perdition
Photo : Agence Reuters
Les scientifiques cherchent à comprendre pourquoi baleines et dauphins du nord du golfe du Mexique s'échouent depuis le début de 2010 sur les rives des États-Unis à un rythme inconnu jusqu'ici.
L'incendie de la plateforme Deep Horizon Water de la pétrolière BP serait-il en cause? Le rythme des échouages a en effet commencé à grimper en flèche en avril 2010. Or c'est le 22 de ce mois que la fuite de pétrole, sans précédent par son ampleur, s'est produite. Et dès le mois suivant, des scientifiques notaient la présence d'une importante accumulation de pétrole sur les fonds marins sur des centaines de mètres d'épaisseur. On leur a attribué la baisse de 30 % de la quantité d'oxygène alors disponible dans l'eau de cette partie du golfe. À cette époque, Samantha Joye, de l'Université de Géorgie, affirmait au New York Times qu'on pouvait prévoir des décès massifs dans la faune aquatique dans les prochains mois.
La compilation réalisée par la très sérieuse National Oceanic and Atmospheric Administation (NOAA), un organisme scientifique gouvernemental, ne fait, à ce stade-ci, aucun lien avec la marée noire provoquée par la perte de la plateforme pétrolière. Néanmoins, la concordance des dates fait réfléchir d'autant plus qu'ici au Québec, tout est en place pour une exploitation du pétrole de notre golfe, dans un écosystème marin encore plus confiné que le golfe du Mexique et qui abrite lui aussi d'importantes populations de mammifères, dont plusieurs en situation précaire. Et dire que l'évaluation environnementale stratégique en cours ne pose pas clairement la question de la pertinence environnementale de cette exploitation d'un pareil patrimoine naturel. Voilà qui est en deçà des standards d'évaluation environnementale des grands projets dans les pays en voie de développement que finance la Banque mondiale!
Selon les relevés de la NOAA, on a enregistré 562 échouages de mammifères marins entre les côtes du Texas et de la Louisiane entre 2002 et 2009. Seulement 4 % des mammifères échoués durant cette période étaient encore vivants.
L'analyse des échouages mensuels fait encore plus réfléchir.
Dans les mois d'avril, de 2002 à 2009, la moyenne des échouages était de 11,5 mammifères marins. Mais en 2010, ce nombre passait à 40 et en avril 2011, il était de 39. Si on compare avec un autre mois, comme septembre, on découvre qu'il y a eu en moyenne 4 échouages par année entre 2002 et 2009. Mais en 2010, ce chiffre grimpait à 17 et se maintenait à 15 cette année.
Les statistiques relatives au taux de mortalité de dauphins et de mammifères prématurés ou en très bas âge sont tout aussi alarmantes: on enregistrait une moyenne de 2,2 morts de ce type en moyenne dans les mois de février, de 2002 à 2009. En février 2010, soit juste avant la fuite dévastatrice, on enregistrait une seule mort de ce type. Mais en février de cette année, on dénombrait 35 décès de mammifères marins prématurés ou en très bas âge. Et en mars de cette année, ce type de décès atteignait 32, comparativement à une moyenne de 6,3 pour le même mois entre 2002 et 2009.
On peut se poser la question clairement: est-ce le genre de planète qu'on veut pour pouvoir nourrir une industrie automobile et des transports, incapable de réduire radicalement la consommation de ses produits, prétendument parce que «les clients le veulent» absolument? Comment expliquer que dans d'autres pays, on effectue autant de déplacements personnels et d'affaires avec deux, voire trois fois moins de pétrole? Le vrai problème ne serait-il pas l'immobilisme du secteur privé et des gouvernements incapables de faire preuve de leadership pour amorcer le virage que la majorité souhaite?
Je ne connais pas grand-monde qui opterait pour le type de développement qu'on propose aujourd'hui «si» — et c'est le mot important — on mettait les gens devant un choix clair quant aux enjeux. Si on ne pose que la question: voulez-vous du pétrole plus cher ou êtes-vous prêt à vous passer de pétrole: on connaît d'avance la réponse. Par contre, si on demandait aux gens s'ils sont prêts, pour éviter l'atrophie de la planète, d'assumer des prix plus élevés pour leur énergie et des baisses de ce pseudoconfort que la publicité présente comme une nécessité fondamentale pour survivre au XXIe siècle, je pense que les enjeux seraient plus clairs. Et les réponses aussi. Mais ce n'est évidemment pas ainsi qu'on pose les questions dans les services de marketing...
Chauve-souris
Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), 20 % de toutes les espèces de chauve-souris sont menacées de disparition. Le groupe environnemental, qui tient à jour pour l'ONU la liste des espèces menacées, précise dans un bilan sur la question que les chauves-souris sont sur la planète le deuxième ordre de mammifères en importance avec 1252 espèces connues. Ces petits mammifères, pour la plupart inoffensifs malgré les craintes mythiques qu'on entretient à leur égard, nous rendent d'importants services écologiques.
L'incendie de la plateforme Deep Horizon Water de la pétrolière BP serait-il en cause? Le rythme des échouages a en effet commencé à grimper en flèche en avril 2010. Or c'est le 22 de ce mois que la fuite de pétrole, sans précédent par son ampleur, s'est produite. Et dès le mois suivant, des scientifiques notaient la présence d'une importante accumulation de pétrole sur les fonds marins sur des centaines de mètres d'épaisseur. On leur a attribué la baisse de 30 % de la quantité d'oxygène alors disponible dans l'eau de cette partie du golfe. À cette époque, Samantha Joye, de l'Université de Géorgie, affirmait au New York Times qu'on pouvait prévoir des décès massifs dans la faune aquatique dans les prochains mois.
La compilation réalisée par la très sérieuse National Oceanic and Atmospheric Administation (NOAA), un organisme scientifique gouvernemental, ne fait, à ce stade-ci, aucun lien avec la marée noire provoquée par la perte de la plateforme pétrolière. Néanmoins, la concordance des dates fait réfléchir d'autant plus qu'ici au Québec, tout est en place pour une exploitation du pétrole de notre golfe, dans un écosystème marin encore plus confiné que le golfe du Mexique et qui abrite lui aussi d'importantes populations de mammifères, dont plusieurs en situation précaire. Et dire que l'évaluation environnementale stratégique en cours ne pose pas clairement la question de la pertinence environnementale de cette exploitation d'un pareil patrimoine naturel. Voilà qui est en deçà des standards d'évaluation environnementale des grands projets dans les pays en voie de développement que finance la Banque mondiale!
Selon les relevés de la NOAA, on a enregistré 562 échouages de mammifères marins entre les côtes du Texas et de la Louisiane entre 2002 et 2009. Seulement 4 % des mammifères échoués durant cette période étaient encore vivants.
L'analyse des échouages mensuels fait encore plus réfléchir.
Dans les mois d'avril, de 2002 à 2009, la moyenne des échouages était de 11,5 mammifères marins. Mais en 2010, ce nombre passait à 40 et en avril 2011, il était de 39. Si on compare avec un autre mois, comme septembre, on découvre qu'il y a eu en moyenne 4 échouages par année entre 2002 et 2009. Mais en 2010, ce chiffre grimpait à 17 et se maintenait à 15 cette année.
Les statistiques relatives au taux de mortalité de dauphins et de mammifères prématurés ou en très bas âge sont tout aussi alarmantes: on enregistrait une moyenne de 2,2 morts de ce type en moyenne dans les mois de février, de 2002 à 2009. En février 2010, soit juste avant la fuite dévastatrice, on enregistrait une seule mort de ce type. Mais en février de cette année, on dénombrait 35 décès de mammifères marins prématurés ou en très bas âge. Et en mars de cette année, ce type de décès atteignait 32, comparativement à une moyenne de 6,3 pour le même mois entre 2002 et 2009.
On peut se poser la question clairement: est-ce le genre de planète qu'on veut pour pouvoir nourrir une industrie automobile et des transports, incapable de réduire radicalement la consommation de ses produits, prétendument parce que «les clients le veulent» absolument? Comment expliquer que dans d'autres pays, on effectue autant de déplacements personnels et d'affaires avec deux, voire trois fois moins de pétrole? Le vrai problème ne serait-il pas l'immobilisme du secteur privé et des gouvernements incapables de faire preuve de leadership pour amorcer le virage que la majorité souhaite?
Je ne connais pas grand-monde qui opterait pour le type de développement qu'on propose aujourd'hui «si» — et c'est le mot important — on mettait les gens devant un choix clair quant aux enjeux. Si on ne pose que la question: voulez-vous du pétrole plus cher ou êtes-vous prêt à vous passer de pétrole: on connaît d'avance la réponse. Par contre, si on demandait aux gens s'ils sont prêts, pour éviter l'atrophie de la planète, d'assumer des prix plus élevés pour leur énergie et des baisses de ce pseudoconfort que la publicité présente comme une nécessité fondamentale pour survivre au XXIe siècle, je pense que les enjeux seraient plus clairs. Et les réponses aussi. Mais ce n'est évidemment pas ainsi qu'on pose les questions dans les services de marketing...
Chauve-souris
Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), 20 % de toutes les espèces de chauve-souris sont menacées de disparition. Le groupe environnemental, qui tient à jour pour l'ONU la liste des espèces menacées, précise dans un bilan sur la question que les chauves-souris sont sur la planète le deuxième ordre de mammifères en importance avec 1252 espèces connues. Ces petits mammifères, pour la plupart inoffensifs malgré les craintes mythiques qu'on entretient à leur égard, nous rendent d'importants services écologiques.
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