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Une vie politique - Un jeune homme fonde avec André Laurendeau les Jeune-Canada

Il présidera en 1957 le Rassemblement dont le vice-président est alors Pierre Elliott Trudeau

En octobre 1983, Pierre Dansereau reçoit la médaille Bene Merenti de Patria des mains de Gilles Rhéaume, alors président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.<br />
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir En octobre 1983, Pierre Dansereau reçoit la médaille Bene Merenti de Patria des mains de Gilles Rhéaume, alors président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.
Ce n'est pas seulement en composant des herbiers de cistes et de potentilles que Pierre Dansereau a amorcé sa carrière. Son engagement scientifique fut doublé, à quelques moments-clés de sa carrière, d'un intense engagement politique.

Dans ses mémoires «inachevés» publiés en 2005, Pierre Dansereau parle de son père, Lucien, comme d'un homme indépendant, un être presque tout à fait apolitique. Il note néanmoins avec raison que ce père, descendant d'une famille de notables et de propriétaires fonciers, «fut présent à des décisions politiques significatives». Ignore-t-il toutes les affaires lucratives que trame son géniteur pendant des décennies, tirant les ficelles de ses relations politiques jusque dans le cabinet du premier ministre conservateur Richard Bennett? À le lire, on pourrait le croire.

Les Dansereau grandissent tout à fait à l'abri du besoin, libres de se consacrer aux arts, à la littérature et à la découverte du monde. À 15 ans, Pierre Dansereau possède sa propre automobile, cadeau de son père. Il a les allures d'un dandy, toujours tiré à quatre épingles, et fréquente la bonne société et les meilleurs collèges.

Lorsqu'il s'embarque sur des navires à la découverte des glaces du pôle ou des îles des Caraïbes, ce n'est pas sans l'appui, en sous-main, de son paternel. La correspondance de ce dernier montre en effet que Lucien Dansereau n'hésite jamais à favoriser la carrière de son rejeton auprès de personnes sur lesquelles il sait avoir un ascendant certain. Il n'hésite pas à faire jouer ses relations pour obtenir quelques avancées notables pour son rejeton, y compris lorsque vient le temps pour celui-ci de faire oeuvre utile au Jardin botanique du frère Marie-Victorin. Ami d'Eugène Berthiaume, le fils du fondateur du quotidien La Presse installé à Paris, Lucien Dansereau partage avec lui plusieurs gros projets commerciaux dont il tire beaucoup de miel.

Le sort des Canadiens français

Au début des années 1930, tout comme son père, le jeune Pierre Dansereau est fort préoccupé par le sort fait à l'élément canadien-français en Amérique du Nord. Il observe plutôt d'un oeil favorable les mesures autoritaires prises en Europe afin d'affermir les sentiments nationaux. Comme une partie de l'élite d'ici et d'ailleurs, il considère avec une attention favorable les politiques des Salazar, Dollfuss et Mussolini.

En 1932, dans le but de prendre part aux débats publics, Pierre Dansereau fonde les Jeune-Canada en collaboration avec son excellent ami André Laurendeau. Ce mouvement politique de jeunesse est appuyé par des nationalistes dans la mouvance de la pensée de Lionel Groulx.

Les jeunes fils de l'élite nationaliste qui se rassemblent au sein des Jeune-Canada s'indignent de nouvelles mesures vexatoires de la part du gouvernement d'Ottawa à l'égard des Canadiens français.

En décembre 1932, les Jeune-Canada lancent Le manifeste de la jeune génération. Publié dans nombre de journaux, appuyé par des milliers de signataires, ce manifeste est relayé par des assemblées populaires où se font voir plusieurs personnalités politiques. Le texte revendique le droit des Canadiens français non pas seulement de survivre, mais de vivre et de se développer au sein du Canada.

Avec Laurendeau, Pierre Dansereau sera un des membres les plus actifs de ce mouvement. Ils cherchent alors à faire valoir l'utilité d'un chef providentiel qui puisse présenter une planche de salut aux Canadiens français, même en marge du système démocratique, au nom du passé, de sa continuité et de la mémoire des morts incarnés par une pensée vivante. Dansereau et Laurendeau regretteront plus tard de s'être alors laissé aller à tenir des propos antisémites dans le cadre de leurs charges nationalistes.

Nouvelles avenues

Comme d'autres de ses amis, Pierre Dansereau va bientôt partir étudier en Europe. Ses idées politiques se mâtinent peu à peu de nouvelles considérations, sans qu'il les délaisse néanmoins d'un coup. Les études à Paris et un diplôme annoncent néanmoins une nouvelle vie et des perspectives nouvelles sur le monde.

Lorsqu'il revient au pays des érables, Dansereau compte à nouveau sur l'appui de son paternel, toujours très influent. À l'époque où il est attaché au frère-botaniste Marie-Victorin au Jardin botanique, ses recher-ches portent sur les érablières de la vallée du Saint-Laurent. Mais son agenda scientifique chargé ne l'empêche pas de continuer d'observer de près l'univers politique et culturel.

Dans l'après-guerre, Dansereau va enseigner aux États-Unis, dans plusieurs établissements prestigieux, dont l'Université de Columbia. Mais il se fait d'abord à nouveau très actif au plan politique. Ses idées ont beaucoup changé, au point où l'on pourrait considérer que cet homme symbolise à lui seul la formidable évolution politique qui se manifeste peu à peu dans l'après-guerre chez les Canadiens français.

En 1957, Pierre Dansereau devient président du Rassemblement, un mouvement politique qui entend aider les Québécois à faire l'apprentissage de la démocratie en cette ère où règne le duplessisme. Ce mouvement, dont le vice-président est alors Pierre Elliott Trudeau, occupe beaucoup Dansereau en marge de ses engagements à la Faculté des sciences de l'Université de Montréal.

Le Rassemblement propose une plateforme politique de gauche qui clame la supériorité de la démocratie et la nécessité du respect des droits de la personne. Dansereau prend position pour réduire «l'exploitation de l'homme par l'homme», ce qui implique une intervention de l'État, au nom du respect de la personne humaine. Dans son manifeste, le Rassemblement affirme le droit primordial de chacun «d'accéder à tous les échelons de l'enseignement et à tous les instruments de la culture, selon ses capacités et talents, sans distinction de fortune ou d'état civil». Mais le Rassemblement ne se transformera jamais en parti politique, bien que Dansereau ait continué par la suite de nourrir des positions politiques de la même nature. Tout de même, quel formidable bond en avant par rapport aux conceptions politiques conservatrices qui étaient les siennes avant la guerre!
 
 
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