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    L'Afrique perd une protectrice

    La lauréate du prix Nobel de la paix en 2004 était une figure de proue de la défense de l'environnement et du droit des femmes

    L'Afrique a perdu hier une figure de proue en matière de défense de l'environnement et des droits des femmes en la personne de Wangari Maathai, lauréate du prix Nobel de la paix en 2004.

    De partout dans le monde, sa mort, dimanche à Nairobi à la suite d'un cancer des ovaires, a été soulignée comme une perte majeure pour l'Afrique et la protection de l'environnement sur la planète. Elle avait 71 ans.

    Selon l'ancien secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, qui s'est dit «profondément attristé» par la perte de cette personnalité de premier plan, «on se souviendra d'elle comme d'une championne irréductible de l'environnement, du développement durable, des droits des femmes et de la démocratie».

    Dans une déclaration écrite, le sous-secrétaire des Nations unies et directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), Achim Steiner, a dit d'elle que c'était «une force de la nature». Elle était notamment membre du bureau de direction du PNUE et, depuis 2009, elle avait été nommée Messagère de paix de l'ONU par son secrétaire général, Ban Ki-moon.

    Elle avait aussi été décorée de la Légion d'honneur en France en 2006 en plus de recevoir en 2007 le prix Nelson-Mandela pour la santé et les droits de la personne. Le Japon l'honorait en 2009 en lui décernant l'Ordre du Soleil levant. Elle avait aussi reçu plusieurs doctorats honoris causa.

    «Pendant que d'autres emploient leur pouvoir et consacrent leurs vies à endommager, dégrader et tirer de l'environnement des profits de court terme, elle utilisait ses propres capacités en sens contraire, mobilisant les communautés et plaçant la conservation et le développement durable en travers des politiques de destruction», a poursuivi Achim Steiner.

    La professeure Wangari Maathai a fondé en 1977 le Green Belt Movement, qui payait des femmes du milieu rural kényan pour planter des arbres et redonner vie à leur environnement, pour améliorer leurs conditions d'existence par un meilleur accès à l'eau, à des combustibles de cuisson et à d'autres ressources. On calcule que le Green Belt Movement a planté plus de 30 millions d'arbres depuis sa création grâce aux fonds que cette universitaire a su mobiliser de partout dans le monde. Ses campagnes ont permis d'assurer des salaires à plus de 900 000 femmes africaines et de créer des garderies pour qu'elles puissent mieux se consacrer à la reforestation de leur milieu.

    L'ancien vice-président des États-Unis, Al Gore, a déclaré hier que Wangari Maathai avait «réussi à franchir des obstacles incroyables pour pouvoir consacrer sa vie au service des enfants, des femmes et, bien sûr, de tous les citoyens du Kenya et de la planète».

    Dans une conférence qu'elle prononçait en 2005 dans le cadre des Entretiens Nelson Mandela, alors qu'elle était ministre adjointe de l'Environnement du Kenya, elle déclarait: «Nous avons besoin de gens qui aiment tellement l'Afrique qu'ils voudront la protéger contre tous les processus destructeurs présentement à l'oeuvre.»

    Mais avant de devenir une figure de proue des droits de la personne et environnementaux en plus d'occuper les fonctions de ministre, elle avait goûté à la médecine politique traditionnelle de plusieurs pays d'Afrique.

    L'ancien président de son pays, Daniel Arap Moi, avait qualifié le Green Belt Movement, qu'elle avait fondé, de «subversif». Le président kényan lui en voulait notamment pour avoir réussi à faire obstacle à la construction d'un gratte-ciel dans un des rares parcs nationaux de cette époque. Au cours d'une des manifestations contre ce projet, Wangari Maathai avait été battue par des policiers jusqu'à perdre totalement conscience. C'est le départ du président Moi qui devait changer les choses et l'amener au poste de ministre adjointe de l'Environnement.

    Mais quand le gouvernement dont elle faisait partie a quitté le pouvoir en 2008, elle s'est retrouvée victime d'une attaque policière aux gaz lacrymogènes lors d'une manifestation contre les privilèges abusifs de la classe dirigeante de son pays. Elle devait aussi avoir son lot de problèmes personnels, son mari l'ayant quittée parce que, disait-il, c'était une «femme trop forte». Déboutée de ses prétentions dans sa cause de divorce, elle avait publiquement critiqué le juge d'instruction, ce qui lui avait valu une peine d'emprisonnement.

    Elle est née le 1er avril 1940 aux pieds du mont Kenya. Brillante étudiante, elle a décroché une bourse d'études en biologie à Mount St. Scholastica, à Atchison, au Kansas. Elle a par la suite été diplômée en sciences à l'Université de Pittsburgh, prélude à l'obtention d'un doctorat en médecine vétérinaire à l'Université de Nairobi, ce qui a fait d'elle la première femme dans cette partie de l'Afrique à décrocher un doctorat dans cette discipline. Ses études lui ont permis de devenir professeure associée et directrice du département d'anatomie vétérinaire dans les années 70.












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