Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Bond de 5% des GES en deux ans

    À ce rythme, la hausse de la température de la terre risque de dépasser le seuil critique des 2 °Celsius

    La centrale thermique au charbon de Boxberg, en Allemagne. Berlin a décidé de renoncer au nucléaire, mais misera en partie sur de nouvelles centrales de ce type.<br />
    Photo: Agence France-Presse (photo) John Macdougall La centrale thermique au charbon de Boxberg, en Allemagne. Berlin a décidé de renoncer au nucléaire, mais misera en partie sur de nouvelles centrales de ce type.
    A une semaine de la conférence de Bonn sur les changements climatiques, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) constate dans un rapport publié hier que les augmentations de gaz à effet de serre (GES) ont augmenté de 5 % en deux ans sur la planète, malgré un contexte de faible relance économique.

    Pour l'agence internationale, cette augmentation rapproche dangereusement la planète du seuil critique que les pays ont tous convenu de ne pas dépasser, soit un niveau d'émissions annuel de 32 milliards de tonnes (gigatonnes ou Gt). Ce niveau correspond à une augmentation éventuelle de 2 °C de la température moyenne de la terre. À Cancún comme à Copenhague, il a été convenu de limiter la hausse de la température terrestre à ce niveau d'ici 2020.

    Mais avec le mince écart qui sépare désormais la planète de ce seuil d'émissions, l'AIE estime qu'il pourrait être franchi l'an prochain, soit neuf ans plus tôt que prévu.

    En 2009, les émissions de GES d'origine humaine ont plafonné au niveau record de 2008, accusant même une légère baisse de 29,3 Gt à 29 Gt à cause de la crise financière. La planète était alors en pleine récession, ce qui permettait de prévoir une baisse plus substantielle encore. Mais voilà qu'en 2010, alors que l'économie reprenait lentement, les émissions bondissent au niveau sans précédent de 30,6 Gt, un bond de 1,6 Gt ou de 5 %. L'augmentation de cette seule année dépasse en importance le 1,4 Gt qui reste comme marge de manoeuvre pour que l'humanité conserve une chance sur deux de reprendre le contrôle du climat.

    Selon les propos du chef économiste de l'AIE, Fatih Birol, tels qu'ils étaient rapportés hier par The Guardian, en Angleterre, «il devient très difficile à ce niveau d'émissions de maintenir la hausse du climat à 2 °C. Disons que la possibilité d'y arriver s'amenuise de plus en plus. C'est ce que disent les chiffres».

    Pour Nicholas Stern, du London School of Economics et auteur du rapport le coût de l'inaction en matière de changements climatiques, «ces chiffres indiquent qu'on retourne au scénario du laisser-faire. Selon les projections du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat [GIEC], cela signifie que nous avons une chance sur deux de voir la température moyenne du globe augmenter de 4 °C au cours du XXIe siècle».

    Selon M. Stern, «une telle chaleur perturberait les vies et les moyens d'existence de centaines de millions de personnes à travers la planète, menant à un large mouvement de migration et à des conflits».

    M. Stern avait calculé dans son rapport qu'il en coûterait environ 1 % du PIB mondial pour une lutte efficace contre les changements climatiques. Par contre, avait-il calculé, le coût de l'inaction amputera le PIB mondial de 20 % par année, soit un coût 20 fois plus élevé.

    Charbon et gaz de schiste

    Selon le chef économiste de l'AIE, deux raisons principales expliquent l'échec de la communauté internationale à réduire ses émissions de GES.

    D'abord, dit-il, «les grandes nations émettrices n'envisagent pas sérieusement de réduire leurs émissions. Et deuxièmement, la révolution des gaz de schiste menace la viabilité des projets d'énergies vertes partout sur la planète», car elle offre aux producteurs d'énergie une solution plus économique, mais néanmoins plus riche en GES que les énergies vertes que l'on était sur le point d'adopter, comme les économies d'énergie, l'éolien, la géothermie, l'énergie des mers, le solaire, etc.

    Les trois quarts de l'augmentation des GES en 2010 proviennent des pays en développement qui semblent sortir de la récession plus rapidement que l'Occident qui y transfère la production des biens qu'il consomme.

    De plus, selon l'AIE, 80 % des centrales thermiques actuelles, pour la plupart fonctionnant au charbon, seront encore là dans 30 ans, ce qui obligera les gouvernements à sabrer les émissions d'autres secteurs. Par ailleurs, le coup que la filière nucléaire vient de prendre avec l'accident majeur de Fukushima en incite à délaisser cette filière. Ainsi, l'Allemagne a décidé de fermer ses centrales nucléaires d'ici 2020, misant sur les énergies vertes et l'éolien en particulier, mais aussi sur un certain nombre de nouvelles centrales thermiques au charbon. Le Japon entend lui cesser de miser sur le nucléaire.

    Enfin, la perspective d'un accord international de réductions substantielles de GES à Durban, au début de l'hiver prochain, semble d'autant plus éloignée que le président Obama paraît mis au pied du mur par la majorité républicaine à la Chambre des représentants.

    Pour le porte-parole de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, Patrick Bonin, «la situation climatique est plus que critique. Elle est alarmante. Chaque jour d'inaction nous rapproche un peu plus du précipice. Plus la mise en place de mesures de réductions musclées se fait attendre, plus les efforts à venir coûteront cher en termes de vies, de dommages et d'argent. Le mur du 2 degrés se rapproche».

    De son côté, Steven Guilbeault, le porte-parole du dossier climat chez Équiterre, estime que l'augmentation constatée par l'AIE, «c'est tout simplement énorme parce que son impact va toucher tout ce qui vit sur terre», ce qui dépasse en ampleur les grandes catastrophes fort médiatisées dont les impacts sont pourtant plus régionaux.

    «Le problème, dit-il, nous touche déjà même si on ne peut faire un lien direct. Les inondations et les ouragans seront plus fréquents et plus forts. Les feux de l'été dernier en Russie ont conduit ce pays à cesser d'exporter son grain: immédiatement, cela s'est traduit par une hausse du prix des denrées sur la planète. L'Amazonie a connu ses deux pires sécheresses en 100 ans au cours des cinq dernières années. On est devant une conclusion inéluctable: même si certains, comme la Chine, font des efforts importants, globalement, on est en train de faillir à la tâche.»












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.