La faillite des normes de contrôle
Dans Notre poison quotidien, Marie-Monique Robin démontre le peu de valeur scientifique de la norme utilisée internationalement pour définir le seuil d'innocuité des pesticides
Photo : Agence Reuters Nacho Doce
Pulvérisation de pesticides au Portugal.
Non seulement les normes actuelles censées protéger le public contre les contaminants dans son environnement, voire dans son assiette, sont-elles des conventions qui ne reposent sur aucune démonstration scientifique, mais elles sont aujourd'hui tout à fait inopérantes contre la nouvelle génération de contaminants, qu'on appelle les perturbateurs endocriniens.
C'est ce que soutient dans une magistrale démonstration Marie-Monique Robin dans un livre (Stanké) et un film intitulés Notre poison quotidien. Ce film, présenté cette semaine au Coeur des sciences de l'UQAM, sera diffusé à Télé-Québec le 5 juin à 21h. Il se situe d'ailleurs dans la même veine de journalisme d'enquête que le précédent duo livre-film de Marie-Monique Robin, Monsanto. Ce dernier a atteint les 130 000 exemplaires en langue française en plus d'avoir été traduit dans 16 autres langues.
Cette auteure-réalisatrice expliquait au public cette semaine qu'elle avait voulu savoir si les pratiques de Monsanto avaient été utilisées par l'industrie chimique qui produit les pesticides, certains plastiques, les additifs alimentaires, etc. La réponse est radicalement claire, à son avis: cette industrie est la principale responsable de «l'épidémie des maladies chroniques» — cancers, malformations congénitales, diminution de la fécondité, atteintes aux systèmes nerveux et hormonaux, etc. — dont la fréquence croissante compromet tous les efforts de la médecine pour augmenter l'espérance de vie.
Si le film s'attarde plus particulièrement à décortiquer deux cas types, ceux de l'aspartame et du bisphénol A, le «BPA», comme l'avait fait d'une autre manière le film de la réalisatrice québécoise Carole Poliquin avec Homo Toxicus, le film et le livre de Marie-Monique Robin visent plus large. En effet, le livre refait l'histoire de tous les grands pesticides qui ont contaminé la planète, dans certains cas jusqu'aux pôles, et dont nous avons tous des traces dans le sang, des BPC au BPA.
Les autorités réglementaires
Mais l'intérêt de cette nouvelle enquête réside dans la dissection de la manière dont les autorités réglementaires publiques, nationales et internationales ont failli à leur devoir de contrôler avec une rigueur véritablement scientifique l'homologation de ces poisons, si on se fie à l'ampleur que prend l'actuelle «épidémie» des maladies non transmissibles qu'on leur attribue.
Marie-Monique Robin avait démontré comment le critère de base de l'homologation des OGM, le «principe d'équivalence», avait été une décision politique dictée par le lobby dont fait partie Monsanto. Cette fois, elle défait, fil par fil, la norme de base utilisée pour définir le seuil d'innocuité des pesticides, la «dose journalière acceptable» ou DJA. On en conclut que cette norme internationale n'a strictement aucune base scientifique mais tout d'une convention, reprise par tous les régulateurs de la planète, sans validation ou examen critique une fois que les États-Unis l'eurent adoptée.
Cette DJA est définie comme «la quantité de substance chimique qu'on peut ingérer quotidiennement et pendant toute une vie sans qu'il y ait de risques pour la santé». Elle se base sur le principe énoncé par Paracelse, il y a 500 ans, selon qui «c'est la dose qui fait le poison». En somme, plus il y en a, plus c'est dangereux.
Commence alors une patiente analyse des trous de cette véritable doctrine que les producteurs de pesticides ont utilisé comme un fait de science, en triturant les données de leurs études, en refusant de divulguer les données de base, en cachant les études contradictoires, en finançant toute une génération de chercheurs complaisants qui ont créé une véritable science asservie, secondée par une «industrie du doute», comme celle qui a permis pendant des décennies aux régulateurs partout sur la planète de répéter béatement après les compagnies que la cigarette ou l'amiante n'étaient pas dangereux.
Avec la découverte au début des années 90 des perturbateurs endocriniens, qui confondent d'autant mieux le système hormonal s'ils se retrouvent en infimes quantités dans le corps humain, la théorie du danger proportionnel à la forte dose a été mise en pièces. Par crainte de devoir admettre 40 ans d'erreurs, aucun organisme réglementaire ne songe encore à reprendre avec des chercheurs indépendants les prétentions des fabricants, ni à analyser les synergies de tous ces produits dans un même corps pour reconstruire cet appareil normatif désuet. Reste, selon Marie-Monique Robin, le boycottage permanent de ces substances par une alimentation biologique et un régime alimentaire équilibré, l'expression nouvelle, à son avis, d'une véritable résistance citoyenne.
C'est ce que soutient dans une magistrale démonstration Marie-Monique Robin dans un livre (Stanké) et un film intitulés Notre poison quotidien. Ce film, présenté cette semaine au Coeur des sciences de l'UQAM, sera diffusé à Télé-Québec le 5 juin à 21h. Il se situe d'ailleurs dans la même veine de journalisme d'enquête que le précédent duo livre-film de Marie-Monique Robin, Monsanto. Ce dernier a atteint les 130 000 exemplaires en langue française en plus d'avoir été traduit dans 16 autres langues.
Cette auteure-réalisatrice expliquait au public cette semaine qu'elle avait voulu savoir si les pratiques de Monsanto avaient été utilisées par l'industrie chimique qui produit les pesticides, certains plastiques, les additifs alimentaires, etc. La réponse est radicalement claire, à son avis: cette industrie est la principale responsable de «l'épidémie des maladies chroniques» — cancers, malformations congénitales, diminution de la fécondité, atteintes aux systèmes nerveux et hormonaux, etc. — dont la fréquence croissante compromet tous les efforts de la médecine pour augmenter l'espérance de vie.
Si le film s'attarde plus particulièrement à décortiquer deux cas types, ceux de l'aspartame et du bisphénol A, le «BPA», comme l'avait fait d'une autre manière le film de la réalisatrice québécoise Carole Poliquin avec Homo Toxicus, le film et le livre de Marie-Monique Robin visent plus large. En effet, le livre refait l'histoire de tous les grands pesticides qui ont contaminé la planète, dans certains cas jusqu'aux pôles, et dont nous avons tous des traces dans le sang, des BPC au BPA.
Les autorités réglementaires
Mais l'intérêt de cette nouvelle enquête réside dans la dissection de la manière dont les autorités réglementaires publiques, nationales et internationales ont failli à leur devoir de contrôler avec une rigueur véritablement scientifique l'homologation de ces poisons, si on se fie à l'ampleur que prend l'actuelle «épidémie» des maladies non transmissibles qu'on leur attribue.
Marie-Monique Robin avait démontré comment le critère de base de l'homologation des OGM, le «principe d'équivalence», avait été une décision politique dictée par le lobby dont fait partie Monsanto. Cette fois, elle défait, fil par fil, la norme de base utilisée pour définir le seuil d'innocuité des pesticides, la «dose journalière acceptable» ou DJA. On en conclut que cette norme internationale n'a strictement aucune base scientifique mais tout d'une convention, reprise par tous les régulateurs de la planète, sans validation ou examen critique une fois que les États-Unis l'eurent adoptée.
Cette DJA est définie comme «la quantité de substance chimique qu'on peut ingérer quotidiennement et pendant toute une vie sans qu'il y ait de risques pour la santé». Elle se base sur le principe énoncé par Paracelse, il y a 500 ans, selon qui «c'est la dose qui fait le poison». En somme, plus il y en a, plus c'est dangereux.
Commence alors une patiente analyse des trous de cette véritable doctrine que les producteurs de pesticides ont utilisé comme un fait de science, en triturant les données de leurs études, en refusant de divulguer les données de base, en cachant les études contradictoires, en finançant toute une génération de chercheurs complaisants qui ont créé une véritable science asservie, secondée par une «industrie du doute», comme celle qui a permis pendant des décennies aux régulateurs partout sur la planète de répéter béatement après les compagnies que la cigarette ou l'amiante n'étaient pas dangereux.
Avec la découverte au début des années 90 des perturbateurs endocriniens, qui confondent d'autant mieux le système hormonal s'ils se retrouvent en infimes quantités dans le corps humain, la théorie du danger proportionnel à la forte dose a été mise en pièces. Par crainte de devoir admettre 40 ans d'erreurs, aucun organisme réglementaire ne songe encore à reprendre avec des chercheurs indépendants les prétentions des fabricants, ni à analyser les synergies de tous ces produits dans un même corps pour reconstruire cet appareil normatif désuet. Reste, selon Marie-Monique Robin, le boycottage permanent de ces substances par une alimentation biologique et un régime alimentaire équilibré, l'expression nouvelle, à son avis, d'une véritable résistance citoyenne.
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