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    Lacs et rivières - La plus importante charge polluante de l'année

    Il existe bien une politique de protection des bandes riveraines, mais encore aujourd'hui, plus de 75 % des municipalités n'ont pas intégré dans leurs règles de zonage les normes de protection riveraine exigées par la loi.
    Photo: - archives Le Devoir Il existe bien une politique de protection des bandes riveraines, mais encore aujourd'hui, plus de 75 % des municipalités n'ont pas intégré dans leurs règles de zonage les normes de protection riveraine exigées par la loi.
    On savait que les lacs et cours d'eau subissaient au printemps un «choc acide», la fonte des neiges libérant d'un coup toutes les molécules déposées par la pollution atmosphérique. Mais nos lacs et cours d'eau subissent au même moment deux chocs tout aussi puissants et néfastes, un «choc sédimentaire» et un «choc toxique», causés par l'érosion phénoménale qui se produit au même moment.

    Les lacs et cours d'eau du Québec habité reçoivent présentement la plus importante charge polluante de toute l'année, celle qui leur assurera une place au palmarès des algues bleu-vert l'été prochain et qui est en train de colmater et d'intoxiquer la plupart des frayères de ces cours d'eau aux eaux beiges.

    La pollution diffuse est difficile à saisir parce qu'elle suinte de partout; des égouts pluviaux, des fossés et des rigoles des champs, des rives friables, etc. Son importance est inversement proportionnelle à l'ignorance qui l'entoure. On ne connaît aucune source industrielle de pollution qui puisse rivaliser avec la charge polluante, sédimentaire et souvent toxique, des principales rivières agricoles du Québec, si on les considérait comme des «sources» ponctuelles de pollution fluviale.

    Un exemple. L'Organisme de bassin versant (OBV) de la rivière Yamaska évaluait, il y a deux ans, la charge sédimentaire de ce cours d'eau à 310 000 tonnes par année de terre provenant essentiellement des fermes de la région. «C'est l'équivalent de 12 400 voyages de semi-remorques ou 31 000 camions de 10 roues», précisait le bilan de cet OBV. Soit, en somme, un camion à neige rempli de bonne terre qui serait déversée dans le cours d'eau toutes les 17 minutes, 24 heures par jour pendant un an!

    Mais ce qu'on sait moins, c'est que 50 % de toute cette charge polluante, sédimentaire et toxique en raison des engrais et pesticides qui l'accompagnent, frappe les cours d'eau au printemps en quelques semaines, explique Richard Laroche, un ingénieur agricole à la retraite du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ).

    Citant les travaux de son collègue Aubert Michaud, Richard Laroche explique que 50 % des débits annuels des cours d'eau y transitent entre le 15 mars et le 15 avril. Cet énorme débit d'eau, qui forme la crue annuelle, libère 40 % des précipitations annuelles, accumulées sous forme de neige.

    Or, dit-il, entre 90 et 100 % de toute cette eau ruisselle en surface, car elle ne peut pénétrer dans le sol, encore gelé en profondeur. Ce qui dégèle en surface est immédiatement arraché aux champs, s'infiltre dans les rigoles, rejoint les fossés gonflés à bloc pour aboutir dans les cours d'eau, ce qui leur donne cette teinte d'un beige opaque.

    La littérature internationale, ajoute cet expert, indique que les deux tiers de toute l'érosion annuelle transitent vers le cours d'eau par les rigoles et fossés de drainage en surface. Seulement le tiers de ce double choc, sédimentaire et toxique, est donc attribuable à l'absence de bandes riveraines.

    Et les rives

    Mais, ajoute de son côté Jacques Houle, le directeur de la Fondation des lacs et rivières du Canada, il ne faut pas sous-estimer l'érosion en rives au printemps, un moment où elle est beaucoup plus intense qu'en été, même au moment des pires orages qui gonflent à l'excès les cours d'eau.

    Les volumes d'eau en période de crues étant plus importants, ils érodent férocement la partie la plus élevée des rives avec des courants plus rapides qu'en été, avec des glaces et des arbres qui agissent comme des béliers d'une force inouïe dans les pentes meubles, décrochant souvent des dizaines mètres cubes à la fois qui s'en vont colmater les frayères des poissons, souvent en plein processus nuptial! Les apports d'engrais vont pour leur part faire proliférer en été les algues et les plantes aquatiques, aux dépens des réserves d'oxygène du cours d'eau.

    Le milieu agricole, dit-il, compte encore des milliers de kilomètres de berges en voie d'érosion intense qu'il est cependant possible de stabiliser par des enrochements pour briser la force des vagues. Mais, ajoute ce spécialiste en restauration des berges, il faut ensuite végétaliser la partie supérieure de la rive avec des plantes qui drageonnent afin qu'elles stabilisent la rive avec leurs racines, lesquelles vont aussi agir comme filtre végétal en plus de recréer progressivement un écosystème vivant dans la rive.

    Système édenté

    Or, sous ce rapport, le Québec a un double problème.

    Il existe bien une politique de protection des bandes riveraines, mais encore aujourd'hui, plus de 75 % des municipalités n'ont pas intégré dans leurs règles de zonage les normes de protection riveraine exigées par la loi. Le ministre de l'Environnement, qui peut d'un trait de plume modifier les règlements municipaux muets sur la question, n'en a pour ainsi dire jamais corrigé un seul en 25 ans. Pire, les ministres des Affaires municipales approuvent depuis près de 20 ans des schémas d'aménagement qui ne sont pas plus conformes aux normes de protection riveraine, malgré les dispositions expresses de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme.

    Mais en ce qui a trait aux fossés, qui charrient l'essentiel de cette pollution, aucune politique ni aucun règlement n'imposent au Québec après 30 ans d'assainissement de filtrer leur charge sédimentaire et toxique (engrais et pesticides) avec ce qu'on appelle des trappes à sédiments, par exemple. Il s'agit de petits étangs où l'eau se repose avant d'atteindre le cours d'eau, ce qui permet aux matières en suspension de s'y déposer.

    Et malgré une politique officielle d'écoconditionnalité, la Financière agricole n'exige pas expressément un contrôle de ces charges sédimentaires et toxiques comme condition de l'aide gouvernementale. 












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