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    Le CANDU, un réacteur controversé

    Depuis une semaine, l'industrie nucléaire canadienne et même la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) multiplient déclarations, entrevues et pages Web pour marteler que le réacteur CANDU est beaucoup plus sécuritaire et que nos normes de conception auraient permis à nos centrales de faire face avec beaucoup plus d'aplomb au drame que vit présentement le Japon.

    On allègue principalement que quatre systèmes «redondants» permettraient de maîtriser un réacteur forcé d'arrêter brusquement, à l'issue d'un désastre naturel, d'un acte terroriste ou d'un accident de gestion. Sur son site Internet, la CCSN défendait la filière canadienne en notant, ce qui est vrai, que «la conception des réacteurs canadiens diffère de celle des réacteurs japonais», qu'ils possèdent «plusieurs systèmes redondants» capables de se substituer les uns aux autres en cas d'urgence, ce qui en ferait des systèmes «parmi les plus sécuritaires au monde».

    Le réacteur classique au Canada est le CANDU-6, qui équipe les centrales atomiques de Gentilly-2, de Point Lepreau au Nouveau-Brunswick et avec quelques variantes, les réacteurs de la centrale de Pickering en Ontario. L'Ontario en a fermé plusieurs parce qu'il ne valait plus la peine de les restaurer, question de coûts et de technologie jugée trop vétuste, une logique qui n'a pas encore été adoptée par Hydro-Québec, qui envisage toujours la réfection de Gentilly-2.

    En cas de force majeure, indique le physicien Michel Duguay de l'Université Laval, des barres de contrôle en cadmium ou en bore — parce qu'ils absorbent les neutrons de la réaction nucléaire — sont insérées entre les tubes de zirconium qui contiennent l'uranium pour freiner la production d'énergie.

    Un «poison» peut aussi ensuite être injecté dans le combustible pour réduire son activité. On peut d'autre part injecter de l'eau sous pression pour abaisser la température du réacteur ou, quatrièmement, utiliser les gicleurs installés au plafond de l'enceinte de confinement — si ce plafond n'a pas sauté comme au Japon — pour refroidir aussi le réacteur.

    Mais, indique Michel Duguay, en Angleterre comme aux États-Unis, les lois sur la sécurité nucléaire interdisent de construire des CANDU en raison de ce qu'on appelle le «coefficient de réactivité nucléaire dû au vide», mieux connu sous son acronyme anglais de CVR (Coolant Void Reactivity).

    «En moins de deux secondes, dit-il, en cas d'arrêt et de manque d'eau, un CANDU peut voir son activité multipliée par dix et voir son réacteur commencer à fondre, ainsi que la tuyauterie censée contrôler ses réactions et abaisser sa température. Un CANDU est donc ceinturé d'un enchevêtrement de tuyaux incroyable, qui complexifie son opération et augmente sa vulnérabilité. Il y a même des endroits où l'enchevêtrement est si complexe qu'on a de la difficulté à aller mesurer le vieillissement de cette tuyauterie. Et cette même tuyauterie est par ailleurs affaiblie structurellement par le bombardement des neutrons du réacteur, au point que certains tuyaux s'allongent de dix centimètres par longueur de six mètres. Ce sont des réacteurs différents certes, mais qui ont aussi leur vulnérabilité propre, à cause surtout du coefficient de réactivité positive, qui est jugé inacceptable dans d'autres pays.»

    Pour Shawn Patrick-Stencil de Greenpeace Canada, les CANDU ne sont pas plus sûrs que les autres, mais pour d'autres raisons de design et de technologies: «Si l'industrie nucléaire était aussi sûre de sa filière, dit-il, pourquoi aurait-elle fait adopter par le Parlement canadien une loi qui limite à 75 millions les indemnités totales qu'elle devrait verser en cas de problèmes?»












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