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    Old Harry - Les forages pourraient débuter en 2012

    Carte de localisation des permis en vigueur par région géologique, Golfe du Saint-Laurent
    N'en déplaise à Québec, l'entreprise Corridor Resources a déposé une «description de projet» auprès des autorités réglementaires afin de commencer des forages sur la portion terre-neuvienne du gisement pétrolier sous-marin Old Harry aussi tôt qu'en 2012. Ce gigantesque projet industriel pourrait donc se concrétiser avant que l'étude censée évaluer les risques environnementaux pour la portion québécoise du golfe du Saint-Laurent soit terminée. De quoi faire réagir ceux qui redoutent les impacts d'une éventuelle marée noire.

    Selon ce qu'a précisé hier au Devoir le p.-d.g. de Corridor Resources, Phil Knoll, son entreprise a déposé la description du projet de forage d'un puits d'exploration à l'Office Canada-Terre-Neuve et Labrador des hydrocarbures extracôtiers. Puisque ce processus d'approbation des travaux pétroliers dans le lit du golfe du Saint-Laurent prendra au moins une année, ceux-ci pourraient débuter entre la mi-2012 et le début de 2014.

    L'Office Canada-Terre-Neuve amorcera d'ailleurs bientôt une consultation publique sur le projet de forage exploratoire. Elle portera sur les paramètres de l'étude d'impact environnemental que devra produire Corridor Resources en vue d'obtenir le feu vert. Le porte-parole de l'Office, Shawn Kelly, explique que le public aura 30 jours pour réagir à ces exigences, à compter de leur publication prévue pour vendredi, sur son site Internet. Il précise que l'étude d'impact impliquera aussi une consultation publique qui s'étendra aux Îles-de-la-Madeleine, situées à 80 km du site de forage.

    Cet exercice risque toutefois de n'être qu'une simple étape avant le début des travaux en mer. Selon M. Kelly, il est rare que l'Office des hydrocarbures extracôtiers refuse un projet de forage. Son objectif est plutôt d'identifier les «mesures de mitigation» adéquates pour en limiter l'impact environnemental. Phil Knoll affirme d'ailleurs que Corridor Resources prendra «toutes les mesures nécessaires» pour s'assurer de la protection de l'environnement.

    Inquiétudes

    De bons mots qui ne rassurent absolument pas la Coalition Saint-Laurent, qui demande au gouvernement de Terre-Neuve et au gouvernement du Canada «la suspension immédiate du projet tant qu'une révision en profondeur du cadre de gestion des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent n'aura pas été réalisée».

    «Considérant que la catastrophe dans le golfe du Mexique concernait un forage exploratoire tout comme celui que compte réaliser Corridor Resources, alors même que son expérience en la matière reste à démontrer, la Coalition soutient qu'un tel risque ne doit pas être pris sans confronter ce type de développement aux autres usages du golfe du Saint-Laurent», a-t-on souligné par voie de communiqué.

    D'autant plus que, du côté du Québec, l'«Évaluation environnementale stratégique» (EES) commandée par les libéraux ne sera pas terminée avant 2012. Cette étude des impacts de l'exploitation des hydrocarbures porte sur une zone de plus de 110 000 km2. Elle comprend le bassin de la baie des Chaleurs, le bassin d'Anticosti (nord du golfe du Saint-Laurent) et le bassin de Madeleine (sud du golfe).

    Québec a mené une évaluation similaire pour l'estuaire du Saint-Laurent avant d'y interdire toute exploration pétrolière ou gazière. Or, affirment les biologistes qui étudient le Saint-Laurent depuis des années, les risques sont aussi grands pour la portion où se situent le gisement Old Harry et ses deux milliards de barils de pétrole. «Le golfe est une petite mer dont toutes les composantes sont étroitement liées. En fait, la richesse de l'estuaire provient de la productivité du golfe. Toute la base de la chaîne alimentaire dont dépendent tous les grands mammifères marins qui remontent l'estuaire est en quelque sorte "produite" dans le golfe et amenée dans l'estuaire. Si on affecte la productivité du golfe, c'est donc la source de l'alimentation de l'estuaire qui est affectée», a déjà expliqué au Devoir Robert Michaud, fondateur du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins.

    Plusieurs espèces menacées d'extinction pourraient selon lui souffrir de l'exploitation des énergies fossiles dans le golfe, dont le rorqual bleu et le béluga, sans oublier les poissons qui font l'objet d'une pêche commerciale. Or, la Loi sur les espèces en voie de disparition stipule qu'Ottawa a l'obligation de s'assurer que leur habitat n'est pas perturbé, par exemple par des activités pétrolières.

    En entrevue au Devoir hier, la ministre Nathalie Normandeau n'a pas voulu s'avancer sur une éventuelle protection permanente du golfe avant la fin de la deuxième EES. Mais le gouvernement Charest s'active déjà pour obtenir «une entente administrative avec Ottawa» afin de pouvoir lancer des travaux d'exploration dans la portion québécoise du gisement Old Harry. Le premier ministre l'a d'ailleurs rappelé hier dans son discours inaugural.

    Selon la ministre des Ressources naturelles, une EES ne sert pas uniquement à savoir s'il faut décréter un moratoire ou non, mais aussi à «connaître les endroits sensibles et les mesures de mitigation qui pourraient devoir être mises en place». Elle ne ferme d'ailleurs pas la porte à une interdiction de travaux dans certains secteurs du golfe.

    Mais dans l'ensemble, Québec semble décidé à aller de l'avant, et ce, même si on ne connaît pas encore les impacts environnementaux de l'exploitation des hydrocarbures en milieu marin. Une exploitation qui soulève davantage d'inquiétudes depuis la tragédie du golfe du Mexique. Qui plus est, en août dernier, le Comité sénatorial de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles concluait que les mesures prises pour éviter les marées noires et celles concernant la planification des interventions en cas de déversement sont insuffisantes.

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    Avec La Presse canadienne












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