Gaz de schiste: six avis d'infraction
Après les inquiétudes du ministre Arcand, Québec serre la vis à l'industrie
Photo : Annik MH De Carufel - archives Le Devoir
Un premier avis d'infraction a été servi hier à la société Talisman parce qu'elle n'est pas encore arrivée à colmater son puits de Leclercville, confirmait hier au Devoir le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Pierre Arcand.
Inquiet de leur performance environnementale et technologique, Québec a décidé de serrer la vis aux industriels des gaz de schiste en leur assénant hier dans certains cas, et au cours des dernières semaines dans d'autres, six avis d'infraction aux lois et règlements pour corriger des situations, dont certaines sont jugées sérieuses.
Ainsi, un premier avis d'infraction a été servi hier à la société Talisman parce qu'elle n'est pas encore arrivée à colmater son puits de Leclercville, confirmait hier au Devoir le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Pierre Arcand, en marge de la conférence de l'ancien gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger.
L'information a aussi été confirmée hier soir par Pierre Paquin, directeur régional du MDDEP pour la Montérégie et l'Estrie et superviseur du dossier des gaz de schiste. Le Devoir lui avait demandé un bilan des actions du ministère dans tout ce dossier.
Selon Pierre Paquin, les travaux autorisés par le ministère à Leclercville ne donnent pas les résultats prévus et les fuites se poursuivent.
Talisman a aussi des problèmes de fuites en Pennsylvanie, plus précisément à Tioga, où la mise sous pression d'un puits après une opération de fracturation à deux kilomètres sous terre a provoqué une forte émission de gaz et de liquides de fracturation contenant des toxiques. Il ne s'agit pas cependant d'un problème semblable à celui de Leclercville où la fuite, d'ailleurs rapportée à Québec par Talisman à la fin de l'automne, s'est produite bien après les opérations de fracturation, soit pendant le suivi du comportement des pressions, qui précède la phase d'exploitation.
Un deuxième avis d'infraction a été servi cette fois à la société Gastem, le 8 décembre. Cette dernière avait commencé à préparer un site d'exploration en plein marécage à Saint-Janvier-de-Joly, sans autorisation. L'avis du MDDEP exige la restauration au printemps de tout ce milieu humide à moins que Gastem obtienne la permission de poursuivre, ce qu'on lui suggère de faire... Gastem a immédiatement arrêté son projet de forage.
Un troisième avis d'infraction a été expédié hier à la société Canbriam Energy pour une fuite considérée au ministère comme la plus importante de toutes. Les inspecteurs ont pu détecter des concentrations de gaz de schiste importantes à 7, voire à 10 mètres de la tête du puits. Le MDDEP estime que cette fuite pourrait avoir contaminé les eaux souterraines et qu'elle pourrait mettre la sécurité des personnes en jeu, d'où l'exigence d'un gardien de sécurité en permanence.
Une source liée au processus d'inspection ministériel a précisé au Devoir que c'était «la pire fuite de toutes».
Quant à Pierre Paquin, il a précisé qu'il s'agissait effectivement de gaz de schiste et non de gaz d'origine biologique. Restait à déterminer toutefois s'il s'agissait de gaz des shales de la formation Utica ou d'une autre, a-t-il dit. Ce puits a été fracturé, a poursuivi le superviseur de cette industrie, il y a plus d'un an. Et malgré l'importance de la fuite, elle préoccupe le ministère sur le plan de la sécurité des travailleurs notamment. Canbriam a été mise en demeure d'apporter rapidement des correctifs et d'en soumettre les devis au ministère.
Par ailleurs, Canadian Forest Oil a aussi reçu un avis d'infraction le 13 janvier parce que les inspecteurs gouvernementaux ont constaté l'existence de déversements d'hydrocarbures légers sur son site de Saint-Louis-sur-Richelieu.
Enfin, la société Talisman a écopé à la fin octobre de deux autres avis d'infraction pour des infractions à son puits de Gentilly-2, près de Trois-Rivières. Ces infractions n'ont cependant rien à voir avec des fuites de gaz. Les inspecteurs environnementaux ont plutôt constaté que cette société n'avait pas acheminé, comme prévu, des eaux de fracturation à l'usine d'épuration de Drummondville. En plus de cette dérogation au plan de match agréé par le ministère, le fait d'avoir plutôt transféré les eaux de fracturation dans d'autres bassins de Talisman à Sainte-Gertrude a valu à cette société un autre avis d'infraction, le site en question n'étant pas autorisé à recevoir des eaux contaminées provenant d'ailleurs.
Depuis octobre, le ministère de l'Environnement a effectué plus de 70 inspections sur une trentaine de sites.
Le ministre Arcand confiait hier au Devoir que ses inspecteurs sont désormais omniprésents sur les chantiers d'exploration et qu'il n'est pas question de relâcher cette pression sur l'industrie.
Le ministre devait par ailleurs préciser que, hormis ce suivi beaucoup plus serré, sa sortie de la semaine dernière était beaucoup plus «une réaction personnelle spontanée» qu'un changement de politique gouvernementale à l'endroit des gaz de schiste. Le ministre n'a pas précisé si le fait d'avoir laissé entendre que l'industrie semblait avoir perdu le contrôle résultait de la lecture de tous ces avis d'infraction.
Du côté de Talisman, on s'interrogeait hier «sur le pourquoi de cet avis d'infraction pour Leclercville et sur le moment auquel il survient: en somme, on se demande vraiment ce qui se passe», expliquait hier soir au Devoir le coordonnateur des travaux, Pierre-Vincent Perron.
«Nous sommes d'autant plus surpris, ajoutait-il, que nous sommes en plein milieu des travaux convenus et que nous respectons l'échéancier approuvé par le ministère. De tels travaux s'échelonnent sur plusieurs semaines. On descend des sondes pour mesurer le cheminement des sons et les écarts de température, ce qui nous permet d'identifier les zones où il faut injecter du ciment supplémentaire pour colmater les fuites. Après chaque opération, il faut réintroduire le matériel, forer de nouveaux trous là pour injecter du ciment, et recommencer ensuite. Tout ça se fait conformément au plan et voilà qu'on reçoit cet avis d'infraction. On ne comprend pas ce qui se passe.»
Le porte-parole de Talisman refuse cependant d'interpréter la fermeté du ministère comme une tentative d'améliorer son image publique juste avant le dévoilement du rapport du BAPE. Il se contente de dire «qu'on se questionne sur ce qui se passe».
Ainsi, un premier avis d'infraction a été servi hier à la société Talisman parce qu'elle n'est pas encore arrivée à colmater son puits de Leclercville, confirmait hier au Devoir le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Pierre Arcand, en marge de la conférence de l'ancien gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger.
L'information a aussi été confirmée hier soir par Pierre Paquin, directeur régional du MDDEP pour la Montérégie et l'Estrie et superviseur du dossier des gaz de schiste. Le Devoir lui avait demandé un bilan des actions du ministère dans tout ce dossier.
Selon Pierre Paquin, les travaux autorisés par le ministère à Leclercville ne donnent pas les résultats prévus et les fuites se poursuivent.
Talisman a aussi des problèmes de fuites en Pennsylvanie, plus précisément à Tioga, où la mise sous pression d'un puits après une opération de fracturation à deux kilomètres sous terre a provoqué une forte émission de gaz et de liquides de fracturation contenant des toxiques. Il ne s'agit pas cependant d'un problème semblable à celui de Leclercville où la fuite, d'ailleurs rapportée à Québec par Talisman à la fin de l'automne, s'est produite bien après les opérations de fracturation, soit pendant le suivi du comportement des pressions, qui précède la phase d'exploitation.
Un deuxième avis d'infraction a été servi cette fois à la société Gastem, le 8 décembre. Cette dernière avait commencé à préparer un site d'exploration en plein marécage à Saint-Janvier-de-Joly, sans autorisation. L'avis du MDDEP exige la restauration au printemps de tout ce milieu humide à moins que Gastem obtienne la permission de poursuivre, ce qu'on lui suggère de faire... Gastem a immédiatement arrêté son projet de forage.
Un troisième avis d'infraction a été expédié hier à la société Canbriam Energy pour une fuite considérée au ministère comme la plus importante de toutes. Les inspecteurs ont pu détecter des concentrations de gaz de schiste importantes à 7, voire à 10 mètres de la tête du puits. Le MDDEP estime que cette fuite pourrait avoir contaminé les eaux souterraines et qu'elle pourrait mettre la sécurité des personnes en jeu, d'où l'exigence d'un gardien de sécurité en permanence.
Une source liée au processus d'inspection ministériel a précisé au Devoir que c'était «la pire fuite de toutes».
Quant à Pierre Paquin, il a précisé qu'il s'agissait effectivement de gaz de schiste et non de gaz d'origine biologique. Restait à déterminer toutefois s'il s'agissait de gaz des shales de la formation Utica ou d'une autre, a-t-il dit. Ce puits a été fracturé, a poursuivi le superviseur de cette industrie, il y a plus d'un an. Et malgré l'importance de la fuite, elle préoccupe le ministère sur le plan de la sécurité des travailleurs notamment. Canbriam a été mise en demeure d'apporter rapidement des correctifs et d'en soumettre les devis au ministère.
Par ailleurs, Canadian Forest Oil a aussi reçu un avis d'infraction le 13 janvier parce que les inspecteurs gouvernementaux ont constaté l'existence de déversements d'hydrocarbures légers sur son site de Saint-Louis-sur-Richelieu.
Enfin, la société Talisman a écopé à la fin octobre de deux autres avis d'infraction pour des infractions à son puits de Gentilly-2, près de Trois-Rivières. Ces infractions n'ont cependant rien à voir avec des fuites de gaz. Les inspecteurs environnementaux ont plutôt constaté que cette société n'avait pas acheminé, comme prévu, des eaux de fracturation à l'usine d'épuration de Drummondville. En plus de cette dérogation au plan de match agréé par le ministère, le fait d'avoir plutôt transféré les eaux de fracturation dans d'autres bassins de Talisman à Sainte-Gertrude a valu à cette société un autre avis d'infraction, le site en question n'étant pas autorisé à recevoir des eaux contaminées provenant d'ailleurs.
Depuis octobre, le ministère de l'Environnement a effectué plus de 70 inspections sur une trentaine de sites.
Le ministre Arcand confiait hier au Devoir que ses inspecteurs sont désormais omniprésents sur les chantiers d'exploration et qu'il n'est pas question de relâcher cette pression sur l'industrie.
Le ministre devait par ailleurs préciser que, hormis ce suivi beaucoup plus serré, sa sortie de la semaine dernière était beaucoup plus «une réaction personnelle spontanée» qu'un changement de politique gouvernementale à l'endroit des gaz de schiste. Le ministre n'a pas précisé si le fait d'avoir laissé entendre que l'industrie semblait avoir perdu le contrôle résultait de la lecture de tous ces avis d'infraction.
Du côté de Talisman, on s'interrogeait hier «sur le pourquoi de cet avis d'infraction pour Leclercville et sur le moment auquel il survient: en somme, on se demande vraiment ce qui se passe», expliquait hier soir au Devoir le coordonnateur des travaux, Pierre-Vincent Perron.
«Nous sommes d'autant plus surpris, ajoutait-il, que nous sommes en plein milieu des travaux convenus et que nous respectons l'échéancier approuvé par le ministère. De tels travaux s'échelonnent sur plusieurs semaines. On descend des sondes pour mesurer le cheminement des sons et les écarts de température, ce qui nous permet d'identifier les zones où il faut injecter du ciment supplémentaire pour colmater les fuites. Après chaque opération, il faut réintroduire le matériel, forer de nouveaux trous là pour injecter du ciment, et recommencer ensuite. Tout ça se fait conformément au plan et voilà qu'on reçoit cet avis d'infraction. On ne comprend pas ce qui se passe.»
Le porte-parole de Talisman refuse cependant d'interpréter la fermeté du ministère comme une tentative d'améliorer son image publique juste avant le dévoilement du rapport du BAPE. Il se contente de dire «qu'on se questionne sur ce qui se passe».
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