Lettre au ministre de l'Environnement Pierre Arcand
Je me permets de vous écrire après la lecture d'un article publié ces jours-ci par Canoë, où vous tentez de discréditer l'affirmation faite par les artistes dans la vidéo Wo! sur le gaz de schiste, concernant le nombre de puits potentiels dans la vallée du Saint-Laurent.
On rapporte vos propos ainsi: «Contrairement à ce que soutiennent les environnementalistes et les artistes, il n'est pas question de forer 20 000 puits entre Québec et Montréal. Il n'y a pas de plan pour ça. On parle de dix puits de plus par année pour les deux ou trois prochaines années.» Quoiqu'elle s'accorde avec votre stratégie de plus en plus limpide de tenter de minimiser l'importance du développement gazier afin de banaliser les préoccupations des gens, votre affirmation ne correspond à rien de ce qu'on a pu entendre lors des audiences du BAPE. Par contre, l'affirmation contenue dans notre vidéo, nous ne l'avons pas inventée, elle s'appuie sur la déposition d'un fonctionnaire du ministère des Finances faite au BAPE le 12 octobre dernier:
Les chiffres déposés au BAPE le même jour par la firme SECOR portent aussi à plusieurs milliers le nombre total de puits, à un rythme de 500, 600 puits par année entre 2016 et 2025. Alors, de grâce, cessez de parler de «10 puits par année au cours des 2, 3 prochaines années»! En vous exprimant de la sorte, vous portez ombrage à cette recherche de la vérité qui nous permettrait de juger de l'affaire d'une manière éclairée. Gimme some truth, disait Lennon!
Ignorance ou mépris?
Une bonne part de mon indignation des derniers mois vient de cette constante insulte à notre intelligence que représente la faiblesse de vos arguments et l'arrogance de vos prises de position dans cette affaire. Depuis quelques mois, j'ai suivi le dossier d'assez près, tant sur le plan de la connaissance qu'en côtoyant les êtres humains qui sont concernés, au village comme à la ville, pour mesurer la fragilité de plusieurs de vos positions.
En lisant vos propos, je ne peux m'empêcher de considérer que votre attitude tient soit de l'ignorance, soit d'un mépris pur et simple de la vérité, soit d'un véritable abus de pouvoir. Vous êtes un représentant du peuple, Monsieur le ministre! Aujourd'hui, à l'instar de votre premier ministre et de nombre de vos collègues, vous vous retrouvez coincés à faire de la politique non plus au service du bien commun, mais dans l'abstrait, complètement déconnectés de la réalité de vos concitoyens!
À vous entendre, on a la curieuse impression que le rôle de ministre de l'Environnement se limite à être le bouclier du gouvernement contre les citoyens soucieux de la protection de leur milieu de vie! Et après, on demande aux gens de ne pas être cyniques et de ne pas désavouer la classe politique!
Défendre l'environnement
N'entendez-vous pas les cris de ceux et celles qui se sentent maltraités ou dépossédés, sur les terres qu'ils habitent? N'est-il pas de votre devoir de porter les préoccupations légitimes de vos concitoyens? Personne ne vous demande la lune! On vous exhorte à ce que les choses se fassent correctement, proprement et dans l'intérêt public! S'il est vrai que vous êtes hanté chaque matin par la peur d'une catastrophe: prenez les mesures qui s'imposent!
Je comprends que vous auriez souhaité hériter d'un ministère moins houleux que celui de l'Environnement pour faire vos premières armes et que votre soumission aux orientations dictées par la solidarité ministérielle et par la ministre Nathalie Normandeau vous met dans une position délicate. Mais, que cela vous plaise ou non, vous êtes ministre de l'Environnement! Et votre devoir est de défendre l'environnement! Votre devoir est de prendre le parti des précautions qui s'imposent plutôt que de vous porter, à chaque occasion, à la défense d'une industrie réputée pollueuse et responsable de centaines de cas de contamination!
Principe de précaution
La semaine dernière encore, au Texas, l'Agence de protection de l'environnement américaine (EPA) a obligé une entreprise gazière à prendre des mesures pour protéger les sources d'alimentation en eau potable contaminée par leurs activités. Vous pouvez bien prétendre qu'il n'y a eu aucun cas au Québec, mais vous ne pouvez nier le danger que l'industrie représente! Vous ne pouvez nier qu'à chaque fracturation, à chaque opération de traitement des eaux qui a cours présentement, il y a des risques de contamination! Attendez-vous qu'un tel cas se déclare ici pour faire preuve d'un peu de courage au conseil des ministres?
Si vous êtes honnête homme lorsque vous vous déclarez préoccupé par l'idée d'un accident, par la protection des nappes phréatiques, alors vous ne pouvez pas, aujourd'hui, concilier la somme connue des risques de pollution avec le principe de précaution. La précaution doit prévaloir, et vous avez le devoir d'en faire votre priorité.
Je suis un artiste, mais cela ne m'empêche pas d'être un citoyen. Cet automne, votre manque de leadership et le peu de confiance que vous avez su établir avec la population dans cette affaire nous auront obligés à tenter de pallier vos nombreux manquements. Nous savons que les règlements que vous promettez, selon les plus hautes normes internationales, ne suffiront pas. Pour qu'ils soient considérés autrement que des mots qui sonnent faux, il faudra aussi du leadership. Et c'est là le pire. Par votre manque de leadership, vous avez rompu le lien de confiance nécessaire entre les citoyens et l'industrie.
Pour la prochaine année, il ne me reste qu'à souhaiter que les hauts cris du fleuve et de la mer qui se déchaînent ces jours-ci sur nos rives, alliés à ceux des citoyens de la vallée du Saint-Laurent, sauront vous ramener à un peu plus de respect et de sens commun. C'est mon voeu le plus sincère à votre égard ainsi qu'à l'égard de tous mes concitoyens. Que nous ayons un ministre de l'Environnement digne de la beauté de notre monde!
De mon côté, au nom de tous les artistes qui se font la voix des citoyens, je vous promets que nous y serons, car je demeure votre tout dévoué.
***
Dominic Champagne - Auteur et metteur en scène
On rapporte vos propos ainsi: «Contrairement à ce que soutiennent les environnementalistes et les artistes, il n'est pas question de forer 20 000 puits entre Québec et Montréal. Il n'y a pas de plan pour ça. On parle de dix puits de plus par année pour les deux ou trois prochaines années.» Quoiqu'elle s'accorde avec votre stratégie de plus en plus limpide de tenter de minimiser l'importance du développement gazier afin de banaliser les préoccupations des gens, votre affirmation ne correspond à rien de ce qu'on a pu entendre lors des audiences du BAPE. Par contre, l'affirmation contenue dans notre vidéo, nous ne l'avons pas inventée, elle s'appuie sur la déposition d'un fonctionnaire du ministère des Finances faite au BAPE le 12 octobre dernier:
- par le commissaire Locat: «Premièrement, ce serait intéressant qu'on nous donne le chiffre sur la capacité totale en termes de puits qui peut être estimée [...].»
- par M. Luc Monty: «En fait, le potentiel commercialisable, [...] si on compte à peu près 2 milliards de pieds cubes par puits, on compte vingt mille (20 000) puits à peu près.»
Les chiffres déposés au BAPE le même jour par la firme SECOR portent aussi à plusieurs milliers le nombre total de puits, à un rythme de 500, 600 puits par année entre 2016 et 2025. Alors, de grâce, cessez de parler de «10 puits par année au cours des 2, 3 prochaines années»! En vous exprimant de la sorte, vous portez ombrage à cette recherche de la vérité qui nous permettrait de juger de l'affaire d'une manière éclairée. Gimme some truth, disait Lennon!
Ignorance ou mépris?
Une bonne part de mon indignation des derniers mois vient de cette constante insulte à notre intelligence que représente la faiblesse de vos arguments et l'arrogance de vos prises de position dans cette affaire. Depuis quelques mois, j'ai suivi le dossier d'assez près, tant sur le plan de la connaissance qu'en côtoyant les êtres humains qui sont concernés, au village comme à la ville, pour mesurer la fragilité de plusieurs de vos positions.
En lisant vos propos, je ne peux m'empêcher de considérer que votre attitude tient soit de l'ignorance, soit d'un mépris pur et simple de la vérité, soit d'un véritable abus de pouvoir. Vous êtes un représentant du peuple, Monsieur le ministre! Aujourd'hui, à l'instar de votre premier ministre et de nombre de vos collègues, vous vous retrouvez coincés à faire de la politique non plus au service du bien commun, mais dans l'abstrait, complètement déconnectés de la réalité de vos concitoyens!
À vous entendre, on a la curieuse impression que le rôle de ministre de l'Environnement se limite à être le bouclier du gouvernement contre les citoyens soucieux de la protection de leur milieu de vie! Et après, on demande aux gens de ne pas être cyniques et de ne pas désavouer la classe politique!
Défendre l'environnement
N'entendez-vous pas les cris de ceux et celles qui se sentent maltraités ou dépossédés, sur les terres qu'ils habitent? N'est-il pas de votre devoir de porter les préoccupations légitimes de vos concitoyens? Personne ne vous demande la lune! On vous exhorte à ce que les choses se fassent correctement, proprement et dans l'intérêt public! S'il est vrai que vous êtes hanté chaque matin par la peur d'une catastrophe: prenez les mesures qui s'imposent!
Je comprends que vous auriez souhaité hériter d'un ministère moins houleux que celui de l'Environnement pour faire vos premières armes et que votre soumission aux orientations dictées par la solidarité ministérielle et par la ministre Nathalie Normandeau vous met dans une position délicate. Mais, que cela vous plaise ou non, vous êtes ministre de l'Environnement! Et votre devoir est de défendre l'environnement! Votre devoir est de prendre le parti des précautions qui s'imposent plutôt que de vous porter, à chaque occasion, à la défense d'une industrie réputée pollueuse et responsable de centaines de cas de contamination!
Principe de précaution
La semaine dernière encore, au Texas, l'Agence de protection de l'environnement américaine (EPA) a obligé une entreprise gazière à prendre des mesures pour protéger les sources d'alimentation en eau potable contaminée par leurs activités. Vous pouvez bien prétendre qu'il n'y a eu aucun cas au Québec, mais vous ne pouvez nier le danger que l'industrie représente! Vous ne pouvez nier qu'à chaque fracturation, à chaque opération de traitement des eaux qui a cours présentement, il y a des risques de contamination! Attendez-vous qu'un tel cas se déclare ici pour faire preuve d'un peu de courage au conseil des ministres?
Si vous êtes honnête homme lorsque vous vous déclarez préoccupé par l'idée d'un accident, par la protection des nappes phréatiques, alors vous ne pouvez pas, aujourd'hui, concilier la somme connue des risques de pollution avec le principe de précaution. La précaution doit prévaloir, et vous avez le devoir d'en faire votre priorité.
Je suis un artiste, mais cela ne m'empêche pas d'être un citoyen. Cet automne, votre manque de leadership et le peu de confiance que vous avez su établir avec la population dans cette affaire nous auront obligés à tenter de pallier vos nombreux manquements. Nous savons que les règlements que vous promettez, selon les plus hautes normes internationales, ne suffiront pas. Pour qu'ils soient considérés autrement que des mots qui sonnent faux, il faudra aussi du leadership. Et c'est là le pire. Par votre manque de leadership, vous avez rompu le lien de confiance nécessaire entre les citoyens et l'industrie.
Pour la prochaine année, il ne me reste qu'à souhaiter que les hauts cris du fleuve et de la mer qui se déchaînent ces jours-ci sur nos rives, alliés à ceux des citoyens de la vallée du Saint-Laurent, sauront vous ramener à un peu plus de respect et de sens commun. C'est mon voeu le plus sincère à votre égard ainsi qu'à l'égard de tous mes concitoyens. Que nous ayons un ministre de l'Environnement digne de la beauté de notre monde!
De mon côté, au nom de tous les artistes qui se font la voix des citoyens, je vous promets que nous y serons, car je demeure votre tout dévoué.
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Dominic Champagne - Auteur et metteur en scène
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