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Cancún: un accord rassembleur

Pour la première fois, tous les pays se sont engagés dans une action concertée

Le Devoir à Cancún — L'entente de Cancún, entérinée samedi, au petit matin, par 193 des 194 pays signataires de la Convention de Rio sur le climat, marque un tournant historique à plusieurs égards. Mais surtout parce qu'elle a crevé un abcès qui menaçait de plus en plus toute forme d'action internationale concertée contre le réchauffement climatique.

L'erreur initiale des auteurs du protocole de Kyoto aura été, peut-on comprendre avec le recul du temps, de n'engager que les 37 pays industrialisés dans un processus de réduction au nom du principe de la «responsabilité commune mais différenciée». La non-implication des grands pays émergents a alors servi de prétexte au Congrès américain pour ne pas ratifier le traité. Et à d'autres, comme le Canada, pour faire du sur-place.

Les auteurs du protocole de Montréal avaient contourné cette difficulté en étalant dans le temps, au profit des moins riches, les réductions d'usage sur les produits qui détruisent la couche d'ozone. Il est étonnant que cette stratégie n'ait pas encore été retenue comme moyen supplémentaire d'équilibrer l'urgence d'agir avec la nécessité des plus pauvres de se développer grâce à des exigences différées dans le temps.

L'Entente de Cancún passera à l'histoire comme le tournant décisif où tous les pays, petits et grands, riches et pauvres, sont conviés à décarboniser leur économie pour réduire les émissions de GES d'origine humaine. Pas tous à la même vitesse, mais tous dans le même bateau pour ramer le plus possible ensemble. Les écologistes ne l'admettront pas, qui rêvaient comme les onusiens de réunir d'ici une décennie les deux «voies parallèles» de Kyoto et de la Convention où s'étaient réfugiés les États-Unis. Les écologistes ne le reconnaîtront pas, ou difficilement, mais c'est l'insistance des pays «retardataires», comme les États-Unis, le Japon, le Canada et les autres du Groupe parapluie, qui a provoqué la réunification inattendue de Cancún parce qu'ils menaçaient de cesser d'avancer seuls. Restait à équilibrer les droits et nécessités de chacun, une quadrature du cercle amorcée à Cancún contre toute attente.

Mais il faut aussi noter que Cancún passera à l'histoire comme une importante victoire du multilatéralisme, ce qui a permis de construire sur les débris de l'Accord de Copenhague une entente qui, pour une fois, est applaudie autant par le Nord que par le Sud. Ce qui n'est pas courant.

Une grande partie de cette réussite revient au Mexique et à sa ministre des Affaires étrangères, Patricia Espinosa, qui a confié les cinq grands dossiers litigieux à une double présidence nord-sud et qui a ouvert les dossiers à tout le monde. Finis, les petits cercles de décideurs des pays riches avec entrées spéciales aux multinationales! Il y a eu des comités à 65 personnes pour débattre de textes légaux, ce qui a souvent affolé, pour le moins, les négociateurs occidentaux, peu habitués à pareille transparence. Mais avec autorité et jugement, l'exercice s'est terminé par les traditionnels grands échanges de dernière minute pour aboutir en plénière avec un texte qui liait tous les dossiers autour de la décision d'impliquer enfin tout le monde.

Il était étonnant, pour ne pas dire paradoxal et décevant, de voir la Bolivie socialiste d'Evo Morales tenter pendant quatre heures dans la nuit de samedi à dimanche de bloquer une entente qui va donner aux pays pauvres des moyens pour commencer à atténuer les impacts des changements climatiques.

Cancún aura aussi réussi à relancer d'abord les négociations dans un dossier enlisé et, surtout, en créant un climat de confiance, qui a permis à tous d'avoir leur mot à dire. Certes, tout le monde n'a pas pu imposer ses «lignes rouges» comme l'ont fait pesamment les États-Unis, ou plus discrètement la Chine et d'autres, comme le Japon et le Canada. L'Europe, de son côté, s'est faite discrète et a mis beaucoup de ses énergies à colmater les brèches que menaçaient de pratiquer l'Italie et la Pologne dans les positions communes.

Mais le jeu global en valait la chandelle, et le mouvement écologiste international l'a finalement reconnu en louangeant unanimement l'Entente de Cancún, ce que l'on n'a pas vu souvent. Mais Cancún n'est qu'un point de départ, ont-ils dit, comme tout le monde et avec raison.

«Il s'agit d'un défi qui demandera un niveau sans précédent de volonté politique, qui doit commencer par l'action au niveau national, une chose que le gouvernement Harper n'a pas encore réussi à démontrer», disait avec pertinence Steven Guilbeault d'Équiterre.

Maintenant qu'ils ont convenu de travailler sous un même toit, quitte à le faire différemment — et pour les plus pauvres avec l'aide des plus riches — les pays du Sud et du Nord vont pouvoir, à Durban l'an prochain, passer aux deux seules vraies questions évitées depuis quatre ans, soit de se lier dans un traité contraignant en droit international dans un plan de réductions à la hauteur du défi climatique, avec cibles et échéanciers.

Désormais, l'esquive n'est plus possible ou les masques tomberont.

Les signataires de Kyoto ont d'ailleurs fait un pas de géant à Cancún en reconnaissant que la stabilisation du climat à 2 °C exigera des réductions de 25 à 40 % des émissions anthropiques de GES, et cela, d'ici dix ans. Le pas a été franchi de l'inscrire dans une décision de l'ONU, un pas tout aussi énorme que l'engagement de fournir d'ici trois ans 30 milliards en programmes d'aides pour la lutte contre les changements climatiques dans les pays en développement, une somme qui grimpera à 100 milliards par année en 2020. A-t-on déjà vu des sommes pareilles inscrites dans une décision de l'ONU?

En somme, la conférence de Cancún aura été un moment unique dans l'histoire contemporaine des relations internationales et de la délicate solidarité que certains tentent de faire survivre au sein de notre espèce. Même si le vrai test aura lieu l'an prochain à Durban, au moins, il y a accord maintenant sur la voie à suivre.
 
 
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