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Réduction des GES - Le Canada prêt à hausser ses cibles

Les grands émetteurs doivent toutefois accepter un traité contraignant

Le ministre de l’Environnement, John Baird, hier au sommet de Cancún.<br />
Photo : Agence Reuters Henry Romero
Le ministre de l’Environnement, John Baird, hier au sommet de Cancún.
Le Devoir à Cancún - Le Canada serait prêt à relever éventuellement le niveau de ses réductions de gaz à effet de serre, mais seulement si l'ensemble des grands émetteurs, dont les pays émergents, Chine en tête, se lient dans un traité légalement contraignant sous l'autorité de l'ONU, une hypothèse que plusieurs acceptent de plus en plus ouvertement.

C'est ce que Le Devoir a appris de sources canadiennes proches des principales tables de négociation, pour qui l'inclusion de l'entente de Copenhague sous l'autorité légale de la Convention sur les changements climatiques constituerait un premier pas vers cette révision des cibles canadiennes de réduction.

Si la conférence de Cancún posait ce geste, a aussi appris Le Devoir, le Canada et d'autres pays du groupe Parapluie, dont les États-Unis, pourraient l'enchâsser dans un protocole distinct de celui de Kyoto l'an prochain à Durban, en Afrique du Sud. Pour accélérer les choses, l'essentiel des ententes développées sous Kyoto serait appliqué presque intégralement dans ce nouveau protocole. Dans un tel scénario, le Canada pourrait envisager une seconde phase de réduction plus substantielle, voire à l'intérieur du protocole de Kyoto, même s'il privilégie l'idée de suivre les États-Unis dans un nouveau protocole.

Hier, en conférence de presse, le principal négociateur canadien, Guy Saint-Jacques, confirmait d'ailleurs cette analyse des enjeux de la négociation en cours, publiée par Le Devoir.

Parlant de l'intégration de l'entente de Copenhague sous forme de décision de la conférence aujourd'hui, il précisait: «Si on a ça comme décision, c'est plus contraignant que ça l'était l'an passé. Et si c'est assorti de mesures comme la création d'un cadre pour l'adaptation, les transferts de technologie, et aussi d'une approche transparente sur la question de l'atténuation, avec un processus de vérification, je pense que tout ça pourrait servir d'étape importante vers un accord légalement contraignant.»

Selon nos sources, le principal négociateur canadien aurait déjà mentionné publiquement, quoique devant un auditoire restreint, que le Canada pourrait revoir ses objectifs si la réévaluation en 2015 des progrès réalisés contre le réchauffement du climat exigeait un rajustement de l'effort international, ce qui est déjà pratiquement certain.

Sprint final

Au moment de mettre sous presse hier soir à Cancún, les délégations amorçaient le sprint final de négociation et s'apprêtaient à veiller très tard afin de pouvoir s'entendre sur quelque chose avant la fin de la conférence, ce soir. Selon le mot d'un négociateur européen, «le patient est ouvert, mais personne ne peut dire s'il s'en sortira ou s'il y restera».

L'hypothèse la plus sérieuse consistait hier soir à inscrire sous la convention de Rio l'entente de Copenhague sous forme de «décision» qui créerait une annexe ouverte à tous les pays émergents, en développement ainsi qu'aux États-Unis. Chacun inscrirait ses cibles de réduction volontaire pour la période 2012-2020, à l'exception des 37 pays qui ont des engagements de réduction sous l'autorité de Kyoto.

Le Japon semble se rallier progressivement à l'idée, car il a fait savoir qu'il n'entend pas donner le coup fatal au protocole né chez lui. Du côté canadien, on rappelait que le Canada n'a jamais dit qu'il se retirerait de Kyoto ou qu'il refusait d'y inscrire sa deuxième phase de réduction.

Le défi pour les négociateurs consistait hier soir à créer juridiquement cette deuxième voie sans compromettre Kyoto, sans quoi les États-Unis pourraient se retirer du jeu et entraîner plusieurs pays avec eux, ce qui pourrait déboucher sur une guerre économique par l'entremise de la taxe carbone. Un leader qui pourrait devenir le grain de sable dans le complexe engrenage de Cancún, c'est Evo Morales, de la Bolivie, qui déclarait hier qu'abandonner Kyoto serait l'équivalent d'un «écocide».

Quant au ministre canadien de l'Environnement, John Baird, il a envoyé hier des fleurs aux provinces après leur avoir envoyé le pot la semaine dernière en disant qu'elles parlaient fort mais agissaient peu. Hier, il a déclaré en plénière que «les provinces et les territoires montrent [sic] le vrai leadership au Canada». En réitérant ensuite sa position de base, il s'est attiré des critiques acerbes de la part des écologistes, de ses critiques parlementaires et d'organismes civils de toutes sortes.
 
 
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