Climat - À Cancún, Charest répond à Baird
Le premier ministre québécois souhaite que la position canadienne soit au coeur de la prochaine campagne fédérale
Jean Charest a clairement indiqué que le Québec souhaitait précisément ce qu’Ottawa rejette
Le Devoir à Cancún — Le premier ministre Jean Charest a émis le vœu, hier à Cancún, que la véritable réponse du Canada aux changements climatiques se retrouve au centre de la prochaine campagne électorale fédérale.
Le premier ministre répondait ainsi aux attaques récentes du ministre fédéral de l'Environnement, John Baird. Ce dernier a reproché à des provinces canadiennes, comme le Québec, l'Ontario et la Colombie-Britannique, de parler fort, mais sans véritables résultats concrets. Il avait alors vanté l'Alberta comme étant la seule province qui impose des réductions de gaz à effet de serre à ses grands émetteurs.
En émettant ce souhait, Jean Charest, un ancien ministre conservateur, prenait plus que jamais ses distances à l'endroit de ses anciens alliés. Des journalistes habitués à décoder ses propos disaient que Jean Charest invitait subtilement les électeurs à désavouer carrément les conservateurs lors des prochaines élections.
Jean Charest, qui copréside la Conférence des leaders ici à Cancún, a clairement indiqué que le Québec souhaitait précisément ce qu'Ottawa rejette par son opposition ouverte au renouvellement du protocole de Kyoto, soit un traité contenant des objectifs de réduction contraignants, l'application du principe de la «responsabilité commune mais différenciée», des réductions basées sur l'année de référence de 1990 plutôt que celle de 2006 choisie par Ottawa et des engagements pour la période 2012-2020 aussi élevés que ceux du Québec, soit une réduction de 20 %.
Le Québec, a conclu Jean Charest, entend prêcher par l'exemple au lieu de se lancer dans des attaques. Quelques minutes plus tôt, son ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Pierre Arcand, venait de révéler le bilan 2008 des émissions québécoises, qui, a-t-il souligné, venaient pour la première fois de passer sous la barre du niveau de 1990.
Selon ce bilan, les émissions du Québec se situaient alors à 1,2 % sous le niveau de 1990, ce qui rend plausible, a-t-il dit, l'atteinte de l'objectif de -6 % que cible Québec pour 2012. Le Québec a atteint cette performance même si, depuis 1990, sa population a augmenté de 11 % et le PIB de 46 %. Les émissions québécoises représentent 11,2 % seulement des émissions canadiennes, et la moyenne par personne se situe à 10,7, comparativement à 22 pour le Canada.
Au même moment, le groupe Germanwatch et l'Institut Pembina d'Ottawa ridiculisaient le Canada dans l'Index annuel de performance des différents pays en matière de changements climatiques. Le Canada s'y retrouvait au 57e rang sur 60 pays, devançant l'Australie, le Kazakhstan et l'Arabie saoudite.
Malgré son infime population, le Canada se retrouve au 10e rang des plus grands émetteurs de la planète. La Chine avec 19,05 % de la population mondiale est le champion des émetteurs avec 22,9 % des émissions globales. Les États-Unis, avec 4,5 % de la population mondiale, viennent au deuxième rang avec 19,05 % des émissions.
Quant au ministre Baird, il déclarait hier que le Canada voulait un traité «contraignant», mais à la condition que tous les pays s'y inscrivent. Le ministre n'a pas rappelé que le Canada a entériné le principe d'un partage inégal des réductions entre pays développés et non développés, à la fois dans le traité de Rio sur les changements climatiques et dans le protocole de Kyoto.
Il s'est aussi attiré une vive réplique des libéraux: «Une position hypocrite», a lancé le chef libéral, Michael Ignatieff, compte tenu du blocage insurmontable des États-Unis sur la question.
Pour Patrick Bonin, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, la performance du Québec s'explique moins par son plan de réductions des GES que par une baisse de 3,4 mégatonnes (Mt) dans le secteur manufacturier, sans doute liée à la crise économique, et de 1,8 Mt dans le secteur des services. L'essentiel de ce côté a été réalisé grâce à la fermeture de la centrale thermique au gaz de Bécancour. Cette fermeture coûte 150 millions par an à Hydro-Québec, aux prises avec des surplus d'électricité.
«Ça n'a pas nui, expliquait Patrick Bonin à la sortie de la conférence de presse de Jean Charest, mais il faut noter que Québec dit que son plan est effectif, certes, mais sans pour autant être en mesure d'en chiffrer l'efficacité.»
De son côté, Hugo Séguin, porte-parole d'Équiterre et du Réseau Action Climat du Canada, relevait le fait que la faiblesse du Québec, c'était son secteur des transports dont la contribution au bilan d'émissions a grimpé à 43 %. Il faut, dit-il, que Québec réajuste son plan avec des mesures supplémentaires, en faisant davantage pour le transport en commun.
Pour Équiterre, poursuit Hugo Séguin, Québec devrait «faire contrepoids aux tables de négociation à l'inacceptable position canadienne, qui ne représente en rien le Québec». Le ministre Arcand revient au Québec jeudi alors que le jeu de la négociation va entrer dans sa phase finale.
Mais pour Jean Charest, la présence du Québec au point matinal sur les négociations et la présence de nos «fonctionnaires très compétents», en plus de sa contribution personnelle au Sommet des leaders, constituent un engagement suffisant. À la conférence de Copenhague l'an dernier, les représentants du Québec n'ont pas été invités par Ottawa, et n'ont pas non plus demandé d'être conviés aux travaux de la délégation canadienne, une attitude qui cadre mal avec la place active que Québec revendique directement aux négociations dans d'autres domaines.
Ottawa s'est retrouvé à nouveau hier le dindon de la farce après que la politique énergétique canadienne a été mise en vente sur le site Internet eBay. Le vendeur était un certain Stephen Harper...
Le premier ministre répondait ainsi aux attaques récentes du ministre fédéral de l'Environnement, John Baird. Ce dernier a reproché à des provinces canadiennes, comme le Québec, l'Ontario et la Colombie-Britannique, de parler fort, mais sans véritables résultats concrets. Il avait alors vanté l'Alberta comme étant la seule province qui impose des réductions de gaz à effet de serre à ses grands émetteurs.
En émettant ce souhait, Jean Charest, un ancien ministre conservateur, prenait plus que jamais ses distances à l'endroit de ses anciens alliés. Des journalistes habitués à décoder ses propos disaient que Jean Charest invitait subtilement les électeurs à désavouer carrément les conservateurs lors des prochaines élections.
Jean Charest, qui copréside la Conférence des leaders ici à Cancún, a clairement indiqué que le Québec souhaitait précisément ce qu'Ottawa rejette par son opposition ouverte au renouvellement du protocole de Kyoto, soit un traité contenant des objectifs de réduction contraignants, l'application du principe de la «responsabilité commune mais différenciée», des réductions basées sur l'année de référence de 1990 plutôt que celle de 2006 choisie par Ottawa et des engagements pour la période 2012-2020 aussi élevés que ceux du Québec, soit une réduction de 20 %.
Le Québec, a conclu Jean Charest, entend prêcher par l'exemple au lieu de se lancer dans des attaques. Quelques minutes plus tôt, son ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Pierre Arcand, venait de révéler le bilan 2008 des émissions québécoises, qui, a-t-il souligné, venaient pour la première fois de passer sous la barre du niveau de 1990.
Selon ce bilan, les émissions du Québec se situaient alors à 1,2 % sous le niveau de 1990, ce qui rend plausible, a-t-il dit, l'atteinte de l'objectif de -6 % que cible Québec pour 2012. Le Québec a atteint cette performance même si, depuis 1990, sa population a augmenté de 11 % et le PIB de 46 %. Les émissions québécoises représentent 11,2 % seulement des émissions canadiennes, et la moyenne par personne se situe à 10,7, comparativement à 22 pour le Canada.
Au même moment, le groupe Germanwatch et l'Institut Pembina d'Ottawa ridiculisaient le Canada dans l'Index annuel de performance des différents pays en matière de changements climatiques. Le Canada s'y retrouvait au 57e rang sur 60 pays, devançant l'Australie, le Kazakhstan et l'Arabie saoudite.
Malgré son infime population, le Canada se retrouve au 10e rang des plus grands émetteurs de la planète. La Chine avec 19,05 % de la population mondiale est le champion des émetteurs avec 22,9 % des émissions globales. Les États-Unis, avec 4,5 % de la population mondiale, viennent au deuxième rang avec 19,05 % des émissions.
Quant au ministre Baird, il déclarait hier que le Canada voulait un traité «contraignant», mais à la condition que tous les pays s'y inscrivent. Le ministre n'a pas rappelé que le Canada a entériné le principe d'un partage inégal des réductions entre pays développés et non développés, à la fois dans le traité de Rio sur les changements climatiques et dans le protocole de Kyoto.
Il s'est aussi attiré une vive réplique des libéraux: «Une position hypocrite», a lancé le chef libéral, Michael Ignatieff, compte tenu du blocage insurmontable des États-Unis sur la question.
Pour Patrick Bonin, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, la performance du Québec s'explique moins par son plan de réductions des GES que par une baisse de 3,4 mégatonnes (Mt) dans le secteur manufacturier, sans doute liée à la crise économique, et de 1,8 Mt dans le secteur des services. L'essentiel de ce côté a été réalisé grâce à la fermeture de la centrale thermique au gaz de Bécancour. Cette fermeture coûte 150 millions par an à Hydro-Québec, aux prises avec des surplus d'électricité.
«Ça n'a pas nui, expliquait Patrick Bonin à la sortie de la conférence de presse de Jean Charest, mais il faut noter que Québec dit que son plan est effectif, certes, mais sans pour autant être en mesure d'en chiffrer l'efficacité.»
De son côté, Hugo Séguin, porte-parole d'Équiterre et du Réseau Action Climat du Canada, relevait le fait que la faiblesse du Québec, c'était son secteur des transports dont la contribution au bilan d'émissions a grimpé à 43 %. Il faut, dit-il, que Québec réajuste son plan avec des mesures supplémentaires, en faisant davantage pour le transport en commun.
Pour Équiterre, poursuit Hugo Séguin, Québec devrait «faire contrepoids aux tables de négociation à l'inacceptable position canadienne, qui ne représente en rien le Québec». Le ministre Arcand revient au Québec jeudi alors que le jeu de la négociation va entrer dans sa phase finale.
Mais pour Jean Charest, la présence du Québec au point matinal sur les négociations et la présence de nos «fonctionnaires très compétents», en plus de sa contribution personnelle au Sommet des leaders, constituent un engagement suffisant. À la conférence de Copenhague l'an dernier, les représentants du Québec n'ont pas été invités par Ottawa, et n'ont pas non plus demandé d'être conviés aux travaux de la délégation canadienne, une attitude qui cadre mal avec la place active que Québec revendique directement aux négociations dans d'autres domaines.
Ottawa s'est retrouvé à nouveau hier le dindon de la farce après que la politique énergétique canadienne a été mise en vente sur le site Internet eBay. Le vendeur était un certain Stephen Harper...
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