Ottawa veut bloquer la prolongation de Kyoto
Photo : Agence Reuters
John Baird
Le Canada a causé hier une véritable commotion hier à Cancún en se liguant au Japon pour empêcher la prolongation du protocole de Kyoto au-delà de 2012 par une nouvelle période de réductions obligatoires des émissions de gaz à effet de serre des 36 «parties» à ce traité.
C'est la présidente de la conférence, Christina Figueres, qui a confirmé en conférence de presse l'identité des trois pays qui s'opposent à prolonger l'application du protocole au-delà de 2012. Elle a précisé que la Russie, le dernier pays dont l'adhésion au protocole lui avait conféré une existence légale en droit international, s'était aussi jointe au Japon et au Canada pour former ce qu'on appelle désormais le «groupe des Trois».
Plus tôt dans la journée, plusieurs représentants de pays d'Amérique latine avaient provoqué un certain émoi en révélant que le Japon n'était plus seul à s'opposer à la prolongation du protocole de Kyoto. Mais le représentant du Nicaragua, qui agissait comme porte-parole dans cette conférence de presse, avait refusé d'identifier les pays en cause pour ne pas déclencher, a-t-il dit, d'incident diplomatique en révélant le nom de pays qui ne veulent pas s'identifier eux-mêmes.
Mais l'aveu de la présidente de la conférence, qui a levé le voile sur cette alliance contre le protocole qu'ils ont ratifié, a tout changé, déclenchant un mouvement d'indignation chez les écologistes. Mais, au moment de mettre sous presse, aucun pays d'Amérique latine ou d'Europe, le bastion des pays toujours favorables à une deuxième phase de réductions de GES sous l'empire de Kyoto, n'avait réagi officiellement à cette tournure des événements, qui risque d'avoir de profondes répercussions sur le résultat de la conférence de Cancún.
Pour Bernard Bigras, du Bloc Québécois (Rosemont-Petite Patrie), le Canada laisse tout simplement tomber le masque aujourd'hui, peut-être plus tôt que prévu cependant en raison de la confirmation inopinée de sa position par la présidente de la conférence.
«Cela se préparait depuis la conférence de Copenhague l'an dernier, selon Bernard Bigras. Le Canada avait tenté l'an dernier de bloquer l'adoption du texte qui prévoyait que les négociations sur le prolongement de Kyoto se poursuivraient à Cancún. Il n'a pas réussi, mais en se réfugiant dans l'entente strictement volontaire de Copenhague, il faisait le premier pas pour s'éloigner du seul système de réductions légalement contraignant, Kyoto.»
«La stratégie canadienne à Cancún, prédit le critique du Bloc québécois en environnement, va viser à paralyser l'adoption d'une nouvelle phase de réductions obligatoires. Jusqu'ici, le Canada n'a pas respecté ses obligations envers Kyoto, malgré sa ratification par le Parlement et l'appui de la population canadienne. Le reste est prévisible, même si c'est inacceptable à tous égards.»
Maude Barlow du Conseil des Canadiens — le groupe qui a lancé l'affaire hier sur les fils de presse — a immédiatement réclamé des explications du ministre canadien de l'Environnement, John Baird, qui sera à Cancún mercredi.
«Nous voulons savoir pourquoi le Canada tient le couteau qui va tuer Kyoto. Nous avons le droit de savoir», disait-elle. C'est d'autant plus important, poursuivait Maude Barlow, qu'un nombre considérable de pays en développement réclament des Occidentaux une deuxième phase de réductions obligatoires sous l'autorité de Kyoto comme condition de leur propre engagement.
«Avec cette affaire, les négociations risquent fort de régresser», commentait Andrea Harden-Donohue, la responsable de la campagne sur le climat au Conseil des Canadiens.
Pour Thomas Mulcair, du Nouveau Parti démocratique (NPD), toutes les décisions des conservateurs dans ce dossier, autant à l'échelle internationale qu'au pays, constituent ce qu'il appelle une «opération de destruction» planifiée des outils internationaux mis en place au prix de plusieurs années de travaux diplomatiques. Le pire, dit-il, c'est que les conservateurs privent l'économie canadienne d'un renouvellement technologique susceptible de leur donner une avance sur la scène internationale. Même la Chine s'en va vers un système de plafonnement et d'échanges de crédits d'émissions, devançant ainsi le Canada.
La porte-parole du Conseil des Canadiens estime, elle aussi, que le principal problème avec la position canadienne, c'est de voir 13 ans de négociations perdues, car rien ne garantit que les règles de fonctionnement de Kyoto, comme le système de plafonds et d'échanges de crédits, et les institutions qui gèrent les projets dans les pays en développement seront reconduits dans un autre traité comme l'entente de Copenhague. Et, dit-elle, l'essentiel serait perdu, soit de passer d'engagements légalement contraignants à un système volontaire sans pénalités.
Pour Steven Guilbeault, d'Équiterre, l'objectif principal de la conférence de Cancún devrait être de maintenir Kyoto vivant, quitte à reporter à l'an prochain la négociation des réductions de chaque pays. Plusieurs pays comme l'Inde et le Brésil semblent accélérer la cadence, dit-il. Or cette dynamique doit être exploitée pour que l'humanité arrive à limiter la hausse du climat à 2 °C d'ici 2020. L'entente de Copenhague vogue plutôt vers une hausse de 5 °C du climat terrestre, dit-il, ce qui serait «catastrophique» pour la planète.
Il doute cependant que Cancún puisse combler l'écart qui ramènerait les émissions globales de 53 milliards de tonnes annuellement (Gt) à 44 Gt, soit le niveau requis pour limiter la hausse à 2 °C.
Pour Steven Guilbeault, le Canada devrait à tout le moins ne pas nuire aux négociations et avoir «au moins la décence d'en faire autant que les États-Unis, qu'il dit vouloir copier, en investissant massivement dans les énergies vertes et en mettant en place des contrôles sur les émissions de grands émetteurs».
C'est la présidente de la conférence, Christina Figueres, qui a confirmé en conférence de presse l'identité des trois pays qui s'opposent à prolonger l'application du protocole au-delà de 2012. Elle a précisé que la Russie, le dernier pays dont l'adhésion au protocole lui avait conféré une existence légale en droit international, s'était aussi jointe au Japon et au Canada pour former ce qu'on appelle désormais le «groupe des Trois».
Plus tôt dans la journée, plusieurs représentants de pays d'Amérique latine avaient provoqué un certain émoi en révélant que le Japon n'était plus seul à s'opposer à la prolongation du protocole de Kyoto. Mais le représentant du Nicaragua, qui agissait comme porte-parole dans cette conférence de presse, avait refusé d'identifier les pays en cause pour ne pas déclencher, a-t-il dit, d'incident diplomatique en révélant le nom de pays qui ne veulent pas s'identifier eux-mêmes.
Mais l'aveu de la présidente de la conférence, qui a levé le voile sur cette alliance contre le protocole qu'ils ont ratifié, a tout changé, déclenchant un mouvement d'indignation chez les écologistes. Mais, au moment de mettre sous presse, aucun pays d'Amérique latine ou d'Europe, le bastion des pays toujours favorables à une deuxième phase de réductions de GES sous l'empire de Kyoto, n'avait réagi officiellement à cette tournure des événements, qui risque d'avoir de profondes répercussions sur le résultat de la conférence de Cancún.
Pour Bernard Bigras, du Bloc Québécois (Rosemont-Petite Patrie), le Canada laisse tout simplement tomber le masque aujourd'hui, peut-être plus tôt que prévu cependant en raison de la confirmation inopinée de sa position par la présidente de la conférence.
«Cela se préparait depuis la conférence de Copenhague l'an dernier, selon Bernard Bigras. Le Canada avait tenté l'an dernier de bloquer l'adoption du texte qui prévoyait que les négociations sur le prolongement de Kyoto se poursuivraient à Cancún. Il n'a pas réussi, mais en se réfugiant dans l'entente strictement volontaire de Copenhague, il faisait le premier pas pour s'éloigner du seul système de réductions légalement contraignant, Kyoto.»
«La stratégie canadienne à Cancún, prédit le critique du Bloc québécois en environnement, va viser à paralyser l'adoption d'une nouvelle phase de réductions obligatoires. Jusqu'ici, le Canada n'a pas respecté ses obligations envers Kyoto, malgré sa ratification par le Parlement et l'appui de la population canadienne. Le reste est prévisible, même si c'est inacceptable à tous égards.»
Maude Barlow du Conseil des Canadiens — le groupe qui a lancé l'affaire hier sur les fils de presse — a immédiatement réclamé des explications du ministre canadien de l'Environnement, John Baird, qui sera à Cancún mercredi.
«Nous voulons savoir pourquoi le Canada tient le couteau qui va tuer Kyoto. Nous avons le droit de savoir», disait-elle. C'est d'autant plus important, poursuivait Maude Barlow, qu'un nombre considérable de pays en développement réclament des Occidentaux une deuxième phase de réductions obligatoires sous l'autorité de Kyoto comme condition de leur propre engagement.
«Avec cette affaire, les négociations risquent fort de régresser», commentait Andrea Harden-Donohue, la responsable de la campagne sur le climat au Conseil des Canadiens.
Pour Thomas Mulcair, du Nouveau Parti démocratique (NPD), toutes les décisions des conservateurs dans ce dossier, autant à l'échelle internationale qu'au pays, constituent ce qu'il appelle une «opération de destruction» planifiée des outils internationaux mis en place au prix de plusieurs années de travaux diplomatiques. Le pire, dit-il, c'est que les conservateurs privent l'économie canadienne d'un renouvellement technologique susceptible de leur donner une avance sur la scène internationale. Même la Chine s'en va vers un système de plafonnement et d'échanges de crédits d'émissions, devançant ainsi le Canada.
La porte-parole du Conseil des Canadiens estime, elle aussi, que le principal problème avec la position canadienne, c'est de voir 13 ans de négociations perdues, car rien ne garantit que les règles de fonctionnement de Kyoto, comme le système de plafonds et d'échanges de crédits, et les institutions qui gèrent les projets dans les pays en développement seront reconduits dans un autre traité comme l'entente de Copenhague. Et, dit-elle, l'essentiel serait perdu, soit de passer d'engagements légalement contraignants à un système volontaire sans pénalités.
Pour Steven Guilbeault, d'Équiterre, l'objectif principal de la conférence de Cancún devrait être de maintenir Kyoto vivant, quitte à reporter à l'an prochain la négociation des réductions de chaque pays. Plusieurs pays comme l'Inde et le Brésil semblent accélérer la cadence, dit-il. Or cette dynamique doit être exploitée pour que l'humanité arrive à limiter la hausse du climat à 2 °C d'ici 2020. L'entente de Copenhague vogue plutôt vers une hausse de 5 °C du climat terrestre, dit-il, ce qui serait «catastrophique» pour la planète.
Il doute cependant que Cancún puisse combler l'écart qui ramènerait les émissions globales de 53 milliards de tonnes annuellement (Gt) à 44 Gt, soit le niveau requis pour limiter la hausse à 2 °C.
Pour Steven Guilbeault, le Canada devrait à tout le moins ne pas nuire aux négociations et avoir «au moins la décence d'en faire autant que les États-Unis, qu'il dit vouloir copier, en investissant massivement dans les énergies vertes et en mettant en place des contrôles sur les émissions de grands émetteurs».
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