Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    «Il y a une effervescence sur la question du paysage»

    Les populations prennent de plus en plus conscience de la valeur de leur territoire

    27 novembre 2010 |Hélène Roulot-Ganzmann | Actualités sur l'environnement
    Vallée de la Batiscan<br />
    Photo: Photo Gérald Domon Vallée de la Batiscan
    Gérald Domon est professeur à l'École d'architecture du paysage et directeur scientifique associé à la Chaire en paysage et environnement de l'Université de Montréal. Le Québec est-il respectueux de son territoire?

    Ce que je constate, c'est qu'il y a une effervescence partout à ce sujet. La semaine dernière, j'étais à un colloque à Québec sur la forêt de proximité. Il y a beaucoup d'initiatives qui se prennent, notamment dans le coin du lac Saint-Jean, où on essaye de prendre appui sur la forêt, dans une démarche multisectorielle, multifonctionnelle: on mise à la fois sur la récréation, le tourisme, les biens écologiques, etc. Ce genre de démarche-là, il y en a beaucoup. Il y a deux ou trois ans, la Chaire en paysage de l'Université de Montréal a organisé un forum sur la demande sociale en paysage. Une trentaine d'initiatives y ont été présentées pendant deux jours devant trois cents personnes; et c'était assez fascinant de voir toute l'effervescence qu'il y a au sujet de la question non seulement du paysage, mais aussi de l'aménagement et du développement du territoire.

    Quelle différence faitesvous entre paysage et territoire?

    Nous travaillons beaucoup sur l'aménagement et le développement des territoires. Sauf qu'on l'aborde sous l'angle du paysage, qui est beaucoup plus visuel, plus facile à s'approprier pour la population. Lorsque vous présentez des tableaux indiquant l'évolution des superficies agricoles, du nombre d'agriculteurs, de la population, etc., les gens ont de la difficulté à se représenter ce que ça veut dire en matière de cadre de vie. Si vous montrez des représentations, des photos de paysages qui montrent comment se sont traduites, sur leur milieu de vie, ces transformations socio-économiques, ils embarquent tout de suite, ils entrent dans le territoire. Le paysage, c'est donc une sorte de porte d'entrée vers la réflexion sur le territoire.


    Vous rentrez justement de la vallée de la Batiscan, où vous avez pris des photos...

    Parce que je participe la semaine prochaine à un colloque à Saint-Stanislas de Champlain, dans la vallée de la Batiscan en Mauricie. C'est l'une des démarches qui se manifestent au Québec vers une prise en charge du développement du territoire. Des citoyens ont amorcé une réflexion sur la pertinence du statut de «paysage humanisé», institué par la loi sur la conservation du patrimoine naturel de 2002, comme outil de développement. Le colloque vise à approfondir cette réflexion.


    Quels sont les enjeux de la préservation du paysage?

    Nous ne parlons pas vraiment de préservation, mais plutôt de conservation et de développement. Parce que nous avons fait des études, notamment sur le sud du Québec, où nous avons reconstitué les paysages depuis l'arrivée des premiers Européens. Eh bien, le paysage a toujours bougé. Il faut donc réfléchir, en fonction d'«où on était, où on est et où on veut aller», définir des projets d'avenir, des visions collectivement partagées. L'enjeu, c'est ni plus ni moins que le développement économique du territoire: le paysage est devenu une ressource extrêmement importante pour les milieux ruraux. D'abord pour le tourisme, puisqu'il est l'une des principales motivations des destinations touristiques, mais plus encore, maintenant, avec la mobilité résidentielle, les gens s'implantent en fonction de la qualité des paysages. Une étude américaine démontre que, dans les endroits où il n'y a pas de plan d'eau, pas de topographie, où l'agriculture est intensive, la population a tendance à stagner, voire à diminuer, alors qu'ailleurs il y a de fortes croissances. C'est d'autant plus vrai aujourd'hui depuis que nous connaissons le phénomène des néoruraux. Avec Internet et le télétravail, les gens peuvent très bien travailler à Montréal quelques jours par semaine et le reste du temps depuis chez eux. Un certain nombre d'entre eux s'installent à la campagne et choisissent leur cadre de vie en fonction de ses attraits.

    À vous entendre, conservation du territoire et développement économique vont de pair. Dans l'inconscient collectif, le développement ruinerait plutôt le paysage et le milieu naturel...

    C'est une idée fausse! Pour les années à venir, dans certaines régions, le paysage va être une ressource aussi importante qu'a pu l'être l'agriculture au XXe siècle. Nous travaillons aujourd'hui par exemple avec la MRC des Maskoutains, près de Saint-Hyacinthe, qui prend conscience de l'importance de ménager et d'aménager son territoire et qui essaye de le rendre plus intéressant, après des décennies marquées par l'intensification agricole. Il y a une véritable prise de conscience depuis quelques années, mais on vient de très loin. Il y a un poids historique: quand on regarde les régions, elles se sont développées via les ressources, qu'elles soient agricoles, forestières, hydro-électriques. Il y a donc une notion de territoire-ressource qui est ancrée et on commence tout juste à en mesurer les limites, à se dire que le territoire n'est pas illimité. Ce n'est que tout récemment qu'on s'est rendu compte que la forêt commerciale ne se rendait pas jusqu'à l'extrémité nord du Québec. On est en train de vivre ce changement et c'est très important pour la question de l'aménagement du territoire actuel. On ne le regarde plus uniquement comme une réserve de bois ou de produits agricoles, mais aussi comme un cadre de vie ou comme un patrimoine.

    Mais, depuis quelques mois, le gouvernement voit surtout le territoire comme une réserve de gaz de schiste...

    Il y a des jours où je suis optimiste et d'autres, non. La grande difficulté que j'entrevois réside dans l'arrimage entre les priorités nationales et les démarches régionales ou locales. On a vu ça il y a une dizaine d'années lorsqu'on a mis des objectifs de croissance dans l'industrie porcine. On voit ça actuellement avec l'éolien, où il y a des objectifs nationaux. Et on peut entrevoir la même chose avec les gaz de schiste. Comment articule-t-on ces politiques nationales avec les volontés locales? Il y a tout un défi à relever de ce côté-là.

    ***

    Collaboratrice du Devoir
    Vallée de la Batiscan<br />
Vallée de la Batiscan<br />












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.