Quand la chaleur humaine remplace le chauffage
La maison «passive» est un projet expérimental où le chauffage provient des humains et...du chat!
Photo : Louis-Gilles Francœur
Cette maison de l’ensemble immobilier de Gardsten, près de Göteborg, deuxième ville industrielle de Suède, est dite «passive» parce qu’elle peut véritablement se passer de chauffage en hiver. Ce dernier est assuré par une isolation exceptionnelle qui permet de conserver la chaleur dégagée par les appareils électriques de la maison, comme l’ordinateur, la télé et le réfrigérateur, ainsi que par les humains, et le chat ou le chien.
À retenir
Le groupe Derome, situé à Valberg dans le sud de la Suède, construit avec des systèmes informatisés des maisons préfabriquées ultraperformantes sur le plan énergétique, dont la dépense totale se limite à 55 kWh par mètre carré par année, explique son porte-parole, Per-Ake Lundin.
Du chinois pour un Québécois, qui raisonne en termes d'isolation et de valeur R.
Per-Ake Lundin vient de participer à la construction de trois maisons expérimentales «passives» dans un complexe résidentiel de la principale société immobilière de Göteborg, une propriété municipale.
Il explique qu'une telle maison peut maintenir une température intérieure de 20 °C par une température extérieure de - 25 °C «uniquement avec la chaleur des humains qui l'habitent, du chat ou du chien, et celle dégagée par les appareils domestiques», comme le réfrigérateur, les ordinateurs, la télé, etc.
D'ailleurs, on mène dans cette région un projet unique, soit celui de ramener à une tonne de GES par habitant d'ici deux ans la consommation d'énergie de trois maisons passives, ce qui serait sept fois inférieur à la moyenne suédoise. En comparaison, au Québec où les émissions par habitant sont d'environ 12 tonnes de GES par année, on considère comme un exploit de diminuer ses émissions d'une tonne par an...
Un grand concours a donc été lancé en Suède pour choisir les trois couples qui habiteront ces maisons pendant deux ans et qui se prêteront au jeu du changement des habitudes, comme d'utiliser le moins possible la Volvo hybride rechargeable qu'on leur prêtera au profit du vélo et des transports en commun.
On ne décèle en rien la performance énergétique exceptionnelle de ces maisons passives, sauf peut-être par l'épaisseur des murs — probablement autour de R 40-45 en valeur d'ici — et, si l'on y regarde de près, on découvre un petit radiateur à l'eau chaude «municipale» qui ne fait pas un mètre carré: «On ne sait jamais, explique la responsable du projet, des fois que les habitants ne seraient pas là pendant une semaine de ski pour contribuer par leur présence au chauffage de la maison»... avec les 80 wattheures que dégage le corps d'un adulte!
Les normes suédoises pour la construction des maisons diffèrent autant des nôtres que leurs critères d'aménagement urbain.
Là-bas, pas de norme d'isolation, mais une norme d'utilisation globale d'énergie sur une base annuelle, qui intègre dans un même calcul le chauffage, les besoins en eau chaude, le fonctionnement de tous les appareils domestiques et, forcément, l'isolation qui conserve cette énergie à l'intérieur.
Jusqu'en décembre dernier, une maison suédoise neuve devait consommer un maximum de 110 kWh par mètre carré par année. Depuis 2010, ce bilan énergétique a été ramené à 55 kWh/m2/an. Dans la partie la plus nordique de la Suède, la norme est cependant de 90 kWh/m2/an.
Impossible toutefois de comparer ces normes avec celles du Québec, où personne ne fait ce genre de calcul qui intègre tout, explique Daniel Pearl, professeur à l'École d'architecture de l'Université de Montréal. En Europe, on critique déjà cette norme par mètre carré, que certains proposent de remplacer par une norme de dépense énergétique par personne!
En Suède, on songe aussi à intégrer dans les bilans énergétiques des complexes résidentiels la facture d'énergie de la construction des bâtiments, ce qui proscrit le béton, une des principales sources d'émission de GES de nos sociétés contemporaines, au profit du bois. Présentement, en Suède, on construit des multilogements de six étages avec des structures en bois, un matériau aussi abondant là-bas qu'ici au Québec.
Les entrepreneurs du Stockholm Royal Seaport Project ont dû à leurs frais recommencer leurs plans parce qu'ils n'atteignaient pas le niveau de performance énergétique de 50 kWh/m2/an, notamment à cause de l'usage de béton classique. Ils ont lancé un appel d'offres et, en un mois, ont obtenu d'un astucieux entrepreneur un ciment aussi fort, deux fois plus isolant et deux fois plus léger! D'eux-mêmes, ils ont décidé de couper de moitié la norme réglementaire pour cibler plutôt 25 kWh/m2/an pour les 12 000 logements de leur ensemble résidentiel.
Gardsten était un ensemble domiciliaire des années 60 situé en banlieue de Göteborg. Un véritable pigeonnier humain à la soviétique que les locataires ont déserté pour cause de problèmes sociaux critiques, associés à la pauvreté. Ramené au niveau des nouvelles normes, réaménagé avec des espaces conviviaux dont l'automobile est exclue, on n'y parle plus de taux d'inoccupation, mais de listes d'attente. Les habitants sont très fiers de cette réussite sociale et énergétique. Ils disent d'ailleurs que le réaménagement du quartier a augmenté considérablement leur conscience environnementale. Non seulement sont-ils fiers de vivre à côté d'une éolienne géante à moins de 200 mètres des habitations, mais ils souhaitent maintenant qu'on augmente le nombre des éoliennes, dont la présence, disent-ils, traduit leur volonté de réduire leur empreinte écologique. On est loin des levées de boucliers auxquelles on assiste au Québec quand le vent pousse les éoliennes dans son paysage...
***
Notre journaliste a été invité par le gouvernement suédois à se joindre en septembre à une délégation de planificateurs municipaux canadiens.
***
Lire aussi:
Des idées pour le Québec - Réduire la pollution pour favoriser l'économie
Construire aujourd'hui la ville de demain
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Il explique qu'une telle maison peut maintenir une température intérieure de 20 °C par une température extérieure de - 25 °C «uniquement avec la chaleur des humains qui l'habitent, du chat ou du chien, et celle dégagée par les appareils domestiques», comme le réfrigérateur, les ordinateurs, la télé, etc.
D'ailleurs, on mène dans cette région un projet unique, soit celui de ramener à une tonne de GES par habitant d'ici deux ans la consommation d'énergie de trois maisons passives, ce qui serait sept fois inférieur à la moyenne suédoise. En comparaison, au Québec où les émissions par habitant sont d'environ 12 tonnes de GES par année, on considère comme un exploit de diminuer ses émissions d'une tonne par an...
Un grand concours a donc été lancé en Suède pour choisir les trois couples qui habiteront ces maisons pendant deux ans et qui se prêteront au jeu du changement des habitudes, comme d'utiliser le moins possible la Volvo hybride rechargeable qu'on leur prêtera au profit du vélo et des transports en commun.
On ne décèle en rien la performance énergétique exceptionnelle de ces maisons passives, sauf peut-être par l'épaisseur des murs — probablement autour de R 40-45 en valeur d'ici — et, si l'on y regarde de près, on découvre un petit radiateur à l'eau chaude «municipale» qui ne fait pas un mètre carré: «On ne sait jamais, explique la responsable du projet, des fois que les habitants ne seraient pas là pendant une semaine de ski pour contribuer par leur présence au chauffage de la maison»... avec les 80 wattheures que dégage le corps d'un adulte!
Les normes suédoises pour la construction des maisons diffèrent autant des nôtres que leurs critères d'aménagement urbain.
Là-bas, pas de norme d'isolation, mais une norme d'utilisation globale d'énergie sur une base annuelle, qui intègre dans un même calcul le chauffage, les besoins en eau chaude, le fonctionnement de tous les appareils domestiques et, forcément, l'isolation qui conserve cette énergie à l'intérieur.
Jusqu'en décembre dernier, une maison suédoise neuve devait consommer un maximum de 110 kWh par mètre carré par année. Depuis 2010, ce bilan énergétique a été ramené à 55 kWh/m2/an. Dans la partie la plus nordique de la Suède, la norme est cependant de 90 kWh/m2/an.
Impossible toutefois de comparer ces normes avec celles du Québec, où personne ne fait ce genre de calcul qui intègre tout, explique Daniel Pearl, professeur à l'École d'architecture de l'Université de Montréal. En Europe, on critique déjà cette norme par mètre carré, que certains proposent de remplacer par une norme de dépense énergétique par personne!
En Suède, on songe aussi à intégrer dans les bilans énergétiques des complexes résidentiels la facture d'énergie de la construction des bâtiments, ce qui proscrit le béton, une des principales sources d'émission de GES de nos sociétés contemporaines, au profit du bois. Présentement, en Suède, on construit des multilogements de six étages avec des structures en bois, un matériau aussi abondant là-bas qu'ici au Québec.
Les entrepreneurs du Stockholm Royal Seaport Project ont dû à leurs frais recommencer leurs plans parce qu'ils n'atteignaient pas le niveau de performance énergétique de 50 kWh/m2/an, notamment à cause de l'usage de béton classique. Ils ont lancé un appel d'offres et, en un mois, ont obtenu d'un astucieux entrepreneur un ciment aussi fort, deux fois plus isolant et deux fois plus léger! D'eux-mêmes, ils ont décidé de couper de moitié la norme réglementaire pour cibler plutôt 25 kWh/m2/an pour les 12 000 logements de leur ensemble résidentiel.
Gardsten était un ensemble domiciliaire des années 60 situé en banlieue de Göteborg. Un véritable pigeonnier humain à la soviétique que les locataires ont déserté pour cause de problèmes sociaux critiques, associés à la pauvreté. Ramené au niveau des nouvelles normes, réaménagé avec des espaces conviviaux dont l'automobile est exclue, on n'y parle plus de taux d'inoccupation, mais de listes d'attente. Les habitants sont très fiers de cette réussite sociale et énergétique. Ils disent d'ailleurs que le réaménagement du quartier a augmenté considérablement leur conscience environnementale. Non seulement sont-ils fiers de vivre à côté d'une éolienne géante à moins de 200 mètres des habitations, mais ils souhaitent maintenant qu'on augmente le nombre des éoliennes, dont la présence, disent-ils, traduit leur volonté de réduire leur empreinte écologique. On est loin des levées de boucliers auxquelles on assiste au Québec quand le vent pousse les éoliennes dans son paysage...
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