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    Une valeur économique chiffrable

    La disparition des forêts humides représenterait une perte économique de 5000 milliards $US par année.<br />
    Photo: Agence France-Presse (photo) Eric Ferderberg La disparition des forêts humides représenterait une perte économique de 5000 milliards $US par année.
    Des chercheurs britanniques ont réalisé une percée intéressante dans la bataille pour sauver la biodiversité planétaire en réalisant une étude économique qui tente d'évaluer le coût global de la protection des forêts humides de la planète.

    Selon cette étude, la disparition de ces forêts humides représenterait une perte économique de 5000 milliards $US par année!

    L'étude en question a été coordonnée par un ancien banquier, Pavan Sukhdev, qui voulait mettre un prix sur la valeur de ces forêts afin d'aider dans ses efforts le réseau international d'aide à la protection des forêts et milieux humides.

    Une des conclusions de cette étude est plutôt alarmante: les experts qui y ont participé sont d'avis que la communauté internationale a deux décennies de retard dans cette bataille, remportée pour l'instant par les grands exploitants forestiers qui rasent ces forêts.

    Une rencontre va avoir lieu plus tard en octobre à Nagoya, au Japon, et va précisément tenter de faire évoluer la stratégie internationale de protection de ces forêts, d'une philosophie strictement écologique à une logique de protection du capital économique qu'elles représentent.

    Le gouvernement britannique, qui a appuyé la réalisation de cette étude, met beaucoup l'accent sur la valeur économique des différents volets des grands dossiers environnementaux, y compris celui de la protection du climat. Ses efforts visent à faire évoluer la modélisation économique de la valeur d'écosystèmes dont il n'existe pas vraiment de valeur commerciale sur le marché. Aux États-Unis, de nombreuses recherches ont été réalisées au cours des 30 dernières années dans ce domaine, notamment quand la Californie définissait ses choix énergétiques en regard de la «planification intégrée des ressources» (PIR). On ajoutait par ce moyen aux coûts directs des projets énergétiques le coût pour la société de leurs impacts ou de leur perte, qu'il s'agisse de la destruction de rivières, de la pollution attribuable aux combustibles fossiles ou des coûts indirects du nucléaire, notamment ceux du démantèlement des centrales et du stockage des combustibles.

    Un groupe international spécialisé dans ce genre de calculs, The Economics of Ecosystems and Biodiversity (TEEB), a déjà calculé que la réduction globale annuelle de la biodiversité terrestre faisait perdre aux humains 4,5 billions par an, soit l'équivalent de 650 $ par personne. Et ce groupe qualifie son évaluation de particulièrement modérée. On a notamment évalué que les 63 millions d'hectares de milieux humides de la planète rapportaient annuellement 3,4 milliards à l'économie mondiale. C'est surtout l'industrie pharmaceutique qui en profiterait pour environ la moitié, ce qui lui permet de produire des produits issus des ressources génétiques, dont la valeur globale représente 650 milliards par année.

    La semaine dernière, un autre groupe d'études londonien estimait qu'une espèce de plante sur cinq est actuellement menacée de disparition sur la planète.

    Plusieurs, plus pessimistes, pensent qu'une grande partie du problème est désormais irréversible. On cite comme exemple l'effondrement des stocks de morues dans les bancs de Terre-Neuve et du Québec...

    Expansion des zones mortes

    Les zones maritimes «mortes», un terme pour désigner celles qui sont frappées d'hypoxie, sont en train de prendre une expansion dramatique dans les océans qui bordent les côtes étasuniennes. On n'a aucune étude semblable pour les côtes canadiennes selon la bonne philosophie qui veut que ce qu'on ne connaît pas ne fasse pas mal...

    Ces zones, où les taux d'oxygène sont si bas qu'ils ne permettent pratiquement plus aux espèces vivantes d'y vivre, ont vu leur superficie augmenter de 30 fois depuis 1960 aux États-Unis, affirme la très sérieuse National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) dans un tout récent rapport. Les relevés en mer ont révélé la présence de phénomènes d'hypoxie dans près de 50 % des 647 zones inventoriées par cet organisme fédéral des États-Unis. L'étude englobait des zones du golfe du Mexique avant le déversement de pétrole de l'été dernier. Il faudra de nouveaux inventaires pour évaluer l'impact de ce gigantesque déversement sur la vie aquatique, précise le rapport. Mais dans ce seul secteur, les chercheurs ont déjà relevé l'existence de plus de 100 zones mortes.

    Le phénomène n'est d'ailleurs pas étranger au Québec, car comme le rapportait Le Devoir il y a quelques années, une importante zone d'hypoxie est en train de se développer dans le fond du golfe du Saint-Laurent, dont la croissance inquiète beaucoup nos spécialistes de la vie marine.

    La taille de ces zones d'hypoxie semble varier aussi dans le temps: en été, elles ont tendance à augmenter en étendue, souligne le rapport. Et paradoxalement, ces relevés ont permis de découvrir des zones où les taux d'oxygène ont tendance à s'améliorer depuis quelques décennies. Mais globalement, c'est une aggravation du phénomène auquel on assiste, précise le rapport en conclusion, ce qui va avoir des impacts économiques croissants, notait un des auteurs, Nancy H, Sutley, présidente du Conseil sur la qualité de l'environnement les États-Unis.

    L'augmentation des zones d'hypoxie résulte principalement des apports en nutriments provoqués par les activités humaines, soit les engrais agricoles, le lessivage des paysages urbains par les pluies, la pollution de l'air et les rejets municipaux dans les cours d'eau. Tous ces ingrédients, qu'on associe généralement à l'eutrophisation des cours d'eau et à l'extrême aux proliférations d'algues bleu-vert, finissent dans les grands estuaires. On se trompe si on pense s'en débarrasser en comptant sur la dilution par les flux des grands cours d'eau: ces contaminants finissent par s'accumuler dans les fonds marins où ils provoquent une importante ponction sur les taux d'oxygène dissous, aux dépens de la vie aquatique (poissons, crevettes, crabes, etc.).












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