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Développement durable - Pourquoi pas «réinventer le feu»?

Andrée Mathieu — Chargée de cours à la maîtrise en gestion et développement durable de l’Université de Sherbrooke  23 septembre 2010  Actualités sur l'environnement
Le projet Reinventing Fire, qui propose de remplacer la rareté causée par les systèmes d’une époque révolue par une stratégie de Lovins, repose sur trois principaux filons: l’efficacité énergétique, le Soleil et les technologies de l’information.<br />
Photo : Agence Reuters Mick Tsikas
Le projet Reinventing Fire, qui propose de remplacer la rareté causée par les systèmes d’une époque révolue par une stratégie de Lovins, repose sur trois principaux filons: l’efficacité énergétique, le Soleil et les technologies de l’information.
Je l'avoue, je fais partie des gens qu'on dit «frileux» et qu'on accuse «d'avoir peur du changement» et d'«empêcher le développement du Québec». C'est drôle, car c'est exactement ce dont j'aurais envie d'accuser ceux qui, au lieu de nous proposer un développement tourné vers l'avenir, nous ressortent les mêmes vieilles recettes qui ont accouché des problèmes actuels. Car lorsqu'on est rendu à vouloir exploiter du pétrole ou du gaz non traditionnels, c'est que ça ne va pas très bien. Alors, c'est vrai que je suis «frileuse» quand on me propose d'accélérer... à reculons!

J'aimerais tellement qu'on me présente plutôt un projet comme Reinventing Fire, le programme énergétique qu'Amory Lovins a proposé au peuple américain il y a moins d'un an. Qui est Amory Lovins? C'est le cofondateur du Rocky Mountain Institute, un centre de recherche privé où travaillent 88 des meilleurs spécialistes américains dans les secteurs de l'énergie et du génie industriel. Il est aussi coauteur du livre Natural Capitalism, sorte de bible du développement durable qui a été rééditée cinq fois en Chine. C'est également la personne à qui la plus puissante armée du monde a demandé de présenter une stratégie pour affranchir les États-Unis de leur dépendance aux combustibles fossiles, stratégie qui a été publiée sous le titre Winning the Oil Endgame.

Innovation

Reinventing Fire (www.rmi.org/rmi/ReinventingFire) propose de remplacer la rareté causée par les systèmes d'une époque révolue par une abondance énergétique basée sur l'innovation. La stratégie de Lovins repose sur trois principaux filons: l'efficacité énergétique, le Soleil et les technologies de l'information. Il a calculé que l'efficacité énergétique pourrait faire économiser aux Américains la moitié du pétrole et du gaz qu'ils consomment pour environ le cinquième du coût de ces combustibles, et réduire de près des trois quarts l'électricité utilisée pour environ le huitième de son prix.

Le Soleil est la source de toutes les formes d'énergie, renouvelables ou pas, sauf les marées qui sont produites par la Lune et la géothermie qui provient de la radioactivité du noyau terrestre. Selon Lovins, en théorie on pourrait produire 20 fois plus d'électricité qu'il n'en est consommé dans le monde en recouvrant les toits des édifices des villes densément peuplées, qui occupent 1 % de la surface terrestre, par les panneaux solaires les plus efficaces disponibles actuellement.

On répliquera, comme le président de l'Institut économique de Montréal, que «le jour où ces énergies [renouvelables] remplaceront le pétrole est loin. Très loin». C'est vrai si on continue à les utiliser dans le modèle de production et de distribution actuel. Mais si on se décide enfin à profiter des moyens que les technologies de l'information mettent à notre disposition, on pourra intégrer ces énergies renouvelables variables dans le réseau de distribution d'électricité en optimisant leur utilisation.

Il y a trente ans, il était impensable pour les producteurs d'électricité d'agir sur la consommation dans les maisons, les édifices et les industries. Mais aujourd'hui, avec l'équipement électronique existant, il serait possible de tirer le meilleur parti de nos sources d'énergie «propres» et de diminuer les coûts tout en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre.

Réseau intelligent

Mais il n'y a pas que les sources d'énergies renouvelables traditionnelles qu'on pourrait intégrer dans le réseau. Nos automobiles nous transportent 4 % du temps, autrement elles sont stationnées. Si notre parc de véhicules était composé essentiellement d'automobiles hybrides branchables, comme mon collègue et ami Pierre Langlois se tue à l'expliquer, la «capacité de production d'énergie sur roues» pourrait se comparer à celle de nos centrales électriques.

Chez nos voisins du Sud, la Federal Energy Regulatory Commission a évalué ce potentiel à 188 milliards de watts pour les États-Unis! Amory Lovins pense que ce pourrait être encore plus. Un réseau intelligent utilisant le potentiel de production des autos, des édifices, des énergies renouvelables et des centrales existantes en contrôlant les échanges d'énergie et d'information, voilà une solution d'avenir! Comme dit Lovins, «nous n'avons plus besoin de grosses centrales pour faire tourner une grosse économie».

Audace et imagination


Une telle décentralisation exige cependant une volonté politique et la participation des citoyens. Elle ne nécessite pas de nouvelles technologies, mais un changement d'attitude et de façons de faire. Cette transition est en train d'émerger en Chine. Selon le Rocky Mountain Institute, «70 % de la croissance économique chinoise entre 1980 et 2001 est due à l'efficacité énergétique», ce qui en a fait la première stratégie de développement du pays. La Chine est maintenant le chef de file mondial dans quatre technologies d'énergie renouvelable et elle ambitionne de les dominer toutes. Elle se propose d'électrifier 80 % de toutes ses nouvelles automobiles et camions légers d'ici 2020. L'Amérique peut donc choisir d'en fabriquer ici ou de les acheter des Chinois dans quelques années...

En conclusion, comme dit Amory Lovins, le monde ne manque pas de pétrole mais d'imagination, pas de gaz mais d'audace, pas de charbon mais de courage. Les «peureux» ne sont donc peut-être pas du côté que l'on croit... Proposez-nous un programme comme Reinventing Fire, et nous ne serons plus des «empêcheurs de développement». Et même si nous devons faire quelques efforts pendant la transition, ils auront un sens. Celui de léguer à nos descendants les moyens de poursuivre le développement de ce Québec que nous chérissons.

 
 
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  • Michelle Bergeron - Abonné
    23 septembre 2010 00 h 38
    Le solaire excellente solution
    qui donne le goût d'aller de l'avant et non un retour aux sources extrêmement polluantes tel que combustion de solide. Chaque maison produit de l'énergie dont personne ne peut exploiter à outrance une valeur inflationniste plutôt qu'une mini centrale de pollution et de rejet de toxines et matières particulaires. En second nous avons nos installations hydroélectrique en plus de la géothermie le québec à de quoi répondre facilement à la demande. Des emplois en vue dans de nouveau domaine.
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  • Yvan Dutil - Inscrit
    23 septembre 2010 08 h 12
    Le Soleil, oui bien sûr.
    Il est clair que le Solaire et les autres forme d'énergies renouvelables sont les seules solution à long terme. Le problème c'est qu'à court terme, elles ne pourront que prendre une place limitée.

    Il y a deux raisons pour cela. D'une part, les carburant fossiles bénéficient d'énormément de recherche étant donné leur importance économique. Cela rend la compétition difficile avec les énergie renouvelables. D'autre part, il faut du temps pour construire les infrastructure nécessaire. Toutes les infrastructures sont en place pour les énergies fossiles. Dans le cas des énergie renouvelables, Tout est à construire. Faire, la transition prendra au minimum une voire, deux générations.

    Finalement, l'efficacité énergétique ne donnera absolument rien si l'obsession de la croissance ne disparait pas. En effet, même si toute l'énergie provient de sources renouvelables, au taux de croissance actuelle, d'ici la fin du siècle, le climat en subira les conséquences.
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  • Joane Hurens - Abonné
    23 septembre 2010 10 h 35
    Merci
    Merci Madame d'avoir produit ce texte intelligent et limpide dont tous les élu-e-s devraient s'inspirer. Quel fossé entre votre vision et l'aveuglement volontaire du gouvernement Charest! Je n'ai pas encore oublié l'immense irresponsabilité dont a fait preuve ce gouvernement dans le cas de Rabaska, projet de port méthanier à moins de 15 kilomètres de Québec.

    merci au Devoir de vous avoir publiée

    joane hurens
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  • Pierre François Gagnon - Inscrit
    23 septembre 2010 11 h 46
    Andrée: ministrable illico !
    Le jour où on aura des Andrée Mathieu comme ministre de l'environnement, ce jour-là sera un grand jour!
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  • Godfax - Inscrit
    23 septembre 2010 13 h 35
    Augmentont notre capacité d'acceuil
    La population s’accrois mais la production diminue par tete, la production d’énergie ne suis plus la courbe démographique. Vous parlez du future, mais préparer le future c’est justement préparer l’avenir a une humanité plus nombreuse qui aura besoin de plus de dévellopement (1 milliard de gents vivent dans des bidons villes) et de plus d’énergie.

    Ce qu’il nous faut c’est une croissance réel pas comme celle qu’on a depuis 40 ans (croissance financiere) mais bien une croissance de l’économie réel. Le Québec est en décroissance depuis pratiquement 30 ans et c’est la base de tout nos problèmes. Il faut rétablir une économie bassé sur la production, le travail, l’équipement de l’homme et de la nature et de la créativité humaine. Présentement au Canada, seulement 4% des capitaux vont au travail le reste n’est que financier; voila l’idéologie monétariste suicidaire dans le quel nos gouvernements complice de ses intéres nous on plongé.


    Il faut impérativement augmenter notre capacité d’acceuil sur terre. Cependant on voit très bien que les grands intéres financier préfere de loin spéculer que d’investire dans la production ou la recherche.

    Il faut rétablir une logique entre dévellopement, science, culture et politique. C’est irrationel de croire que le solaire va pouvoir contribuer au dévellopement de l’humanité. Fabiquer un paneau solaire est tres poluant et énergivore (pour les bateries c’est catastrophique) de plus le cout des paneaux solaire est intiment dépendant de l’offre énergitique. Or si on applique le dirigisme vert voulu par les écologiques et les intéret financier, le cout de l’énergie va explosé donc celui du cout des panneaux solaires également.

    La justice social mondial ne pourra se faire sans un dévellopement mageur du nucléaire de 4 ieme génération, des surgénérateurs (permetant de détruir les déchets) et investir massivement dans la recherche sur la fusi
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  • Olivier Laroche - Inscrit
    23 septembre 2010 15 h 37
    @Godfax
    Je ne suis pas d'accord. On contraire, il faut produire moins. Sinon, on roule allégrement vers l'épuisement des ressources, la pollution infinie. L'épuisement des ressources mène à des guerres. L'énergie à bas prix touche à sa fin. Il faut prévoir le coup et se détacher de la haute consommation énergétique. La principale injustice énergétique est que certains (nous) consommons beaucoup plus que notre part d'énergie.

    Le nucléaire n'est pas une solution...c'est un utopie. L'utopie technologique. L'utopie de l'énergie infinie et facile. L'homme qui veut devenir dieu.

    Notre capacité d'accueil augmentera quand nous consommerons moins d'énergie, de matériels, d'eau, etc.

    Plus de production, plus de travail : beau projet.
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  • Godfax - Inscrit
    23 septembre 2010 18 h 12
    @Olivier
    Si l'énergie a bas prix touche a sa fin, c'est bien a cause des politiques écologique et ce pessimisme culturel qui voit le progres comme le mal et le nucléaire comme le diable.

    Ce n'est pas les ressources naturel qui dicte notre capacité d'acceuil mais bien notre dévellopement. C'est la technosphère et non la biosphère qui constitue l'écosystème humain. La croissance de notre espèce n'est possible que grace a l'aménagement de la nature. On peut résumé cette relation par la dencité du flux énergitique/dencité technologique = dencité démographique. Pour s'accroitre, l'humanité a toujours eux besoin d'augmenter ca capacité de production par tête et unité de surface; c'est toute la base de la science de l'économie politique.

    L'accroisement des capacité technologique n'a rien d'une utopie; c'est directement une facette de l'histoire de notre espèce. C'est par des découvertes fondamental (exemple le feu, la roue) que l'humanité fait un sursaut matiere/technologie/ressource. Un bon exemple est le passage du bois au charbon, du pétrole a l'uranium, chaque nouvelle compréhantion de l'univers nous permet de passer a une ressource plus dense en énergie créant ainsi de nouvelle ressources qui nous étais inutile auparavent. La créativité humaine et donc belle et bien le formidable moteur anti-entropique de la civilisation.

    La bioshere suit le même principe, elle lutte contre l'entropie lithospherique par l'évolution, c'est a dire par principe de meilleur éfficacité. L'énergie infinie n'est pas une utopie tout comme notre créativité infini. C'est croire dans l'équillibre entre la civilisation et la nature qui est une utopie.

    Si nos politique énergitique s'orriente vers une capacité de production énergitique fixe ou décroissante, ce sera la guerre du tous contre tous, c'est évidant. Sinon il faudra subir une gouvernance mondial autoritaire
    limitant les naissances. Comment croire que l'émancipation cera possible fans un
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  • Michelle Bergeron - Abonné
    23 septembre 2010 22 h 31
    @ godfax
    Intéressante votre réplique. J'ai confiance en la science et l'humain capable de résoudre bien des problèmes. Le plus inquiétant c'est la pensée unique qui se propage sans aucun esprit critique qui s'oriente vers des solutions rétrogrades qui développe la peur et le contrôle des peuples presque de la dictature écologique. Le fait d'exister pollue et dérange la nature c'est une réalité, Peut t'il y avoir un milieu?
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  • Pierre Hugo - Inscrit
    27 septembre 2010 13 h 11
    Enfin des suggestions intelligentes !


    Moi aussi je suis du côté de ceux qu'on appelle les ''frileux'' mais qui en réalité prône pour des solutions durables et écologiques en production d’énergie;qui rêve d'un Québec meilleur où il fait bon de vivre.

    Pour le ''gaz'' pourquoi ne pas travailler sur le méthane plutôt que détruire l'environnement pour produire du ''gaz de schiste'' ?-pour le premier ministre, du gaz ça reste du gaz sans distinction.Si nous emboitons le pas dans cette direction, dans cette manière de voir les choses, nous serons pris avec cette misère pendant longtemps...vivement la fin du règne des libéraux.

    Le méthane produit par nos propres déchets est là sans faire plus d'efforts...au lieu de creuser des trous pour les enfouir...ce qui est fort épais!
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