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Le déclin du petit gibier, réalité ou fiction?

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Photo : Pierre Pouliot - Collaboration spéciale

Dans deux semaines, les chasseurs de petit gibier pourront à nouveau traquer les gelinottes et les lièvres dans toutes les régions du Québec. Certes, la chasse n'est pas à son apogée quand la forêt est encore verte et touffue à la mi-septembre, mais qu'à cela ne tienne, c'est le début des longues virées en forêt, en solitaire ou avec son chien. Ce sera au même moment l'ouverture de la chasse au cerf à l'arc et à l'arbalète dans quelques régions, une chasse qui se généralisera la semaine suivante à peu près partout alors que s'ouvrira sur les cours d'eau la chasse à la sauvagine.

Si la chasse au petit gibier est snobée par plusieurs chasseurs de «gros» qui n'y voient qu'une chasse d'initiation, ceux qui la pratiquent avec assiduité savent qu'elle demeure fort exigeante. Mais plusieurs chasseurs vous diront qu'ils ont délaissé la «petite chasse» en raison du déclin des populations de petits gibiers devant la transformation, pour ne pas dire l'artificialisation des habitats naturels par la villégiature, l'urbanisation et l'agriculture. Mais il se pourrait bien que cette perception soit fausse, si l'on en croit les constats d'une récente étude gouvernementale.

Les signaux de déclin du petit gibier ont été particulièrement nombreux sur la rive sud du Québec, soit dans le vaste territoire de 29 672 km2 qui comprend le Centre-du-Québec, l'Estrie et la Montérégie. Ces signaux ont été consignés dans le récent Plan de gestion du petit gibier (2009), qui précisait toutefois qu'il fallait aller vérifier sur le terrain la réalité du phénomène dans ce vaste territoire, encore couvert à 49 % par des forêts, du moins globalement et non localement...

La question préoccupait déjà les biologistes au début de la décennie, ce qui explique que Québec mettait sur pied dès 2005 avec les associations de chasseurs un réseau de volontaires qui noteraient leurs observations, leur récolte, tout en fournissant des prélèvements d'organes pour permettre un bilan biologique rigoureux des populations. Québec a même décidé de donner les permis de chasse à ces nouveaux collaborateurs.

Si on dit souvent que la chasse est devenue grâce à ce type de collaboration un outil de gestion de la faune, force est de constater que c'est surtout vrai quand la réglementation oblige la déclaration obligatoire des gibiers, ce qui facilite les prélèvements aux postes d'enregistrement. À condition évidemment que le réseau d'enregistrement facilite au lieu de décourager cette récolte, ce qui n'est pas toujours le cas comme nous l'avons expliqué la semaine dernière.

Or dans le cas du petit gibier, le premier «réseau» de collaborateurs n'a pu recruter que dix chasseurs en Estrie et deux en Montérégie, ce qui est très embarrassant pour la gent cynégétique. C'est ce qui explique que le tout récent bilan de la récolte de petit gibier dans cette région ne retient que les données de 2007 et 2008, alors que le nombre de participants grimpait à 30, et à 108 l'année suivante. Ce sont les chasseurs de l'Estrie qui ont fourni la meilleure collaboration avec 60 inscriptions, comparativement à 28 en Montérégie et 20 dans le Centre-du-Québec.

Le résultat de cette collecte de données demeure néanmoins fragile, car le taux de retour des carnets de chasse, qui était de 80 % en 2007, est tombé à 48 % en 2008... Malgré les failles d'un aussi faible échantillon, les chiffres qui ressortent de ce premier portrait demeurent intéressants.

Ainsi, on note que le nombre de jours de petite chasse fut plus important en 2007 qu'en 2008, passant de 8,7 à 6,5 jours. Il est possible que cette différence soit attribuable à la plus grande motivation des premiers volontaires. Selon cette analyse, le temps moyen consacré à la chasse au petit gibier a augmenté en 2008, passant de 2h18 par sortie à 2h54.

Les chasseurs de ce petit réseau ont déclaré avoir vu en moyenne 2,1 et 2,5 gelinottes huppées par jour de chasse en 2007 et 2008, soit en moyenne 0,97 gelinotte par heure de chasse, et 1,04 l'année suivante. De ce nombre, ils ont récolté en moyenne 0,51 et 0,61 gelinotte par jour de chasse dans ces deux années consécutives.

Si on compare ces résultats avec ceux de deux autres réseaux de collecte de données, soit celui de Gaspésie et un autre dans la réserve faunique de Portneuf, on se rend compte qu'en Gaspésie, les chasseurs ont vu respectivement en 2007 et 2008 1,74 gelinotte par jour, soit moins que les 2,1 et 2,5 qui ont été aperçues dans le sud du Québec. Dans la réserve de Portneuf, par contre, les chasseurs en voyaient davantage, soit 3,9 et 4,22 «perdrix» par jour.

Mais les biologistes nuancent ce constat de façon intéressante et importante. En effet, les chasseurs qui vont dans une réserve faunique se déplacent sur de longues distances et doivent souvent s'y loger, ce qui coûte plus cher qu'une petite visite au boisé voisin. Quand les observations des chasseurs des trois régions sont ramenées sur une base horaire, on se rend compte que les chasseurs ont aperçu en 2008 en moyenne 0,69 gelinotte par heure dans la réserve faunique de Portneuf et davantage, soit 0,97 dans le sud du Québec. Mais leur récolte est à peu près identique dans ces deux milieux fort différents, soit 0,34 oiseau par heure dans la réserve faunique et 0,30 dans les boisés méridionaux du Québec en 2008.

Les difficultés rencontrées dans la collecte des organes prélevés et congelés ont été peu nombreuses et fournissent des données peu fiables. Ce qu'elles indiquent néanmoins, c'est que la chasse se concentre sur les gelinottes juvéniles, un segment dont l'abondance traduit une bonne reproduction. En effet, les juvéniles sont en général six fois plus nombreux dans les échantillons que les femelles adultes.

Ce portrait, malgré ses failles, devrait inspirer la planification d'une étude plus globale et permanente dans l'ensemble du Québec. Pourquoi ne fournirait-on pas aux chasseurs avec l'achat de chaque permis un carnet de chasse qu'ils seraient invités à compléter, souvent de façon fort instructive pour eux-mêmes, et à retourner en fin de saison?

***

Suggestion de lecture: L'Enseignement et la recherche en foresterie à l'Université Laval, de 1910 à nos jours, par Cyrille Gélinas, éditions de la Société d'histoire forestière du Québec, 348 pages. Il est tout simplement fascinant de voir comment la science de la forêt, comme toutes les sciences, évolue à tâtons et dans ce cas particulier, à quel point elle est intimement liée à une industrie et à la politique. À travers toutes les anecdotes que rapporte ce livre et un préjugé pro domo de bon aloi se profile l'envers d'une science bien concrète, tributaire de rivalités entre universités et chercheurs, ainsi que de l'implacable course au financement, laquelle, selon certains, a engendré une science obligée qui doit gagner pouce par pouce sa liberté.
 
 
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  • Marcel Plamondon - Abonné
    3 septembre 2010 08 h 25
    Amateur de marche en forêt
    Dans mon coin, près de la réserve Papineau-Labelle, je vois de moins en moins de petit gibier depuis dix ans. Il y a 10 ans, il était courant de "lever" des perdrix en marchant en forêt et de surprendre des lièvres. Ce n'est plus le cas. Qui plus est, il n'y a plus d'animaux qui fouillent dans nos poubelles...

    Ah ! oui, mon chat doit maintenant se contenter de petits mulots...
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  • J Bedard - Abonné
    3 septembre 2010 12 h 17
    Amateur de chasse à la perdrix
    Je vais à la chasse à la perdrix depuis plus de quarante ans, et je trouve qu'on lève de moins en moins de perdrix au cours des randonnées en forêt, même au début de l'automne lors des randonnées aux champignons. J'ai toujours cru que l'abondance croissante de chasseurs en VTT n'était pas étrangère à ce phénomène, alors que la récolte de juvéniles est optimale dans ce genre de chasse (notamment au début de la saison) et que le Québec est quadrillé de pistes de VTT. Je ne sais pas si cette corrélation est confirmée ou prise en compte par les différentes recherches menées sur ce présumé déclin. J'aimerais bien avoir de l'information à ce sujet. Je chasse surtout dans Chaudière-Appalaches et c'est surtout en ski de fond que je réussi à récolter quelques spécimens, en novembre et décembre.
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