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Exploitation minière et gazière - Une chape de plomb sur l'information environnementale

Jean Baril - Avocat et auteur du livre Le BAPE devant les citoyens  1 septembre 2010  Actualités sur l'environnement
Deux lois concernant l’industrie minière et gazière renferment des dispositions qui permettent de déroger à la Loi sur l’accès à l’information et sont particulièrement néfastes pour l’information environnementale au Québec. <br />
Photo : Agence Reuters Todd Korol reuters
Deux lois concernant l’industrie minière et gazière renferment des dispositions qui permettent de déroger à la Loi sur l’accès à l’information et sont particulièrement néfastes pour l’information environnementale au Québec.
Le droit d'accès à l'information détenue par l'État est fondamental pour la société, la démocratie et la protection de l'environnement. D'ailleurs, ce caractère fondamental fait que la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, adoptée en 1982, prévaut sur toute loi adoptée depuis, sauf si celle-ci le mentionne expressément.

Il existe donc, dans un nombre très limité de législations québécoises, des dispositions qui permettent de déroger à la Loi sur l'accès à l'information. Cependant, deux lois concernant l'industrie minière et gazière renferment de telles exceptions et sont particulièrement néfastes pour l'information environnementale au Québec.

Ainsi, la Loi sur les droits miniers énonce que «sont confidentiels tous renseignements obtenus dans l'application de la présente loi» et que «malgré la Loi sur l'accès [...] nul n'a droit d'accès aux documents et renseignements obtenus dans l'application de la présente loi». Il est démesuré de prohiber la divulgation de tout document ou renseignement obtenu dans l'application d'une loi. Comment les citoyens peuvent-ils alors juger de son application?

Domaine public


La question des droits miniers touche aussi à des questions environnementales puisque ces droits doivent, théoriquement du moins, servir aussi à compenser la dégradation du milieu naturel. Bref, si le sous-sol québécois fait partie du domaine public, les renseignements concernant l'application de la loi traitant des droits miniers versés à l'État pour son exploitation sont totalement confidentiels.

Quant à la Loi sur les mines, elle contient deux dispositions dérogatoires à la Loi sur l'accès. La première, énoncée à son article 215, fait en sorte que tous les rapports annuels obligatoires des détenteurs de droits miniers sont exclus de l'application de la Loi sur l'accès. Cette exclusion vise aussi tout document exigé pour un droit minier relatif au pétrole et au gaz naturel, ce qui est particulièrement important au moment où on semble vouloir se lancer dans l'aventure des gaz de schiste. Si on peut admettre certaines exclusions de données financières, étendre le secret à tout type d'informations, même celles pouvant être utiles à la protection de l'environnement, est gravement démesuré.

Accès impossible

Quant à l'autre disposition dérogatoire, l'article 228 énonce que «malgré l'article 9 de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, nul n'a droit d'accès aux rapports, plans et registres fournis au ministre en vertu des articles 220, 221, 222, 223, 226 et du paragraphe 1 de l'article 234».

Cette disposition entraîne donc l'impossibilité d'obtenir l'accès à des documents tels que le rapport annuel des travaux d'exploration, qui peut comprendre «tout plan ou document nécessaire à une meilleure connaissance des gisements», le rapport préliminaire annuel des travaux d'exploitation où doit se retrouver, entre autres, «la nature et le coût des travaux de réaménagement et de restauration effectués ou à effectuer», le rapport d'activités annuel qui doit comprendre «la nature des travaux» ainsi que «tout autre renseignement que le ministre peut demander».

De plus, en cas de suspension des travaux «pendant au moins six mois», le rapport obligatoire transmis par l'exploitant concernant les «plans des ouvrages souterrains, des minières, des installations sur le sol et des dépôts de résidus miniers existant à la date de la cessation des travaux» ne pourra être divulgué. Finalement, si le ministre exige «un rapport justifiant la technique d'exploitation utilisée» de façon à «s'assurer que l'exploitant récupère la substance minérale [...] en se conformant aux règles de l'art», ce rapport sera totalement inaccessible aux citoyens.

Évaluer la protection


On perçoit facilement l'ampleur des informations environnementales qui peuvent se retrouver dans ces documents et leur importance pour évaluer correctement la protection qui est offerte au milieu humain et naturel, ainsi que les coûts environnementaux éventuellement légués aux générations actuelles et futures. Que l'on ait adopté de telles dispositions dérogatoires pour soustraire ces informations à l'attention du public démontre, encore une fois, le caractère «colonial» du développement minier au Québec.

D'ailleurs, aucun autre secteur industriel ne bénéficie de ce genre d'exclusion à l'application de la Loi sur l'accès. Pourtant, le projet de loi 79 modifiant la Loi sur les mines, actuellement à l'étude en commission parlementaire, maintient intégralement ces dérogations.

Au moment où de nombreux conflits sociaux entourent le développement minier et gazier au Québec, cette chape de plomb sur l'information concernant ce secteur industriel doit être impérativement levée. Au lieu de chercher à «contrôler» l'information, entre autres par des campagnes «autopromotionnelles», les promoteurs de ces activités devraient accepter que leurs divers rapports obligatoirement remis à l'État soient accessibles par tous.

S'il est vrai, comme ils le proclament, que ces travaux sont respectueux des règles environnementales et favorables au développement durable du Québec, la transparence devrait être de mise plutôt que le secret légalement institué. Les citoyens seront alors mieux à même de faire la part des choses entre les discours de «fin du monde» et ceux de la «vie en rose».

***

Jean Baril - Avocat et auteur du livre Le BAPE devant les citoyens
 
 
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  • ClarkeCity
    Inscrit
    mercredi 1 septembre 2010 01h40
    L'indépendance du BAPE et du MDDEP doit être remise en question.

    Justification : Le gouvernement Charest n’a pas hésité à changer le transcrit officiel d’une séance du BAPE du 10 décembre 2008 (soirée) pour oublier l'illogisme de notre gouvernement sur la séparation des lignes de transport électrique et les barrages hydroélectriques pour ces audiences publiques.

    (Voir page 10 du témoignage d’une vérité gênante - Une communauté d’accueil abandonnée.)
    http://pages.globetrotter.net/sm-experience/downlo

    Selon moi, Monsieur Charest fait juste un exercice de relation publique avec les gaz de schiste. Je ne crois plus en l'indépendance du BAPE ou du MDDEP.

    Quand le MDDEP ne veut pas répondre, on nous répond que c'est politique et le Protecteur du Citoyen se vire le dos à notre requête. (Voir le site web www.SergeMarchand.com)

    Serge Marchand

  • Bernard Lorazo
    Abonné
    mercredi 1 septembre 2010 06h35
    Maîtres chez nous? Vraiment?
    "Colonial" est effectivement le bon terme. Tout se passe comme si le Québec avait abandonné les richesses de son sous-sol aux compagnies minières et gazières: ce ne sont les quelques millions de dollars de redevance annuelle, grugés par les "encouragements fiscaux", qui enrichiront les Québécois.

  • 54lili
    Inscrit
    mercredi 1 septembre 2010 08h05
    que peut-on faire
    Merci M. Baril pour cette information. Je suis une citoyenne qui essaie de se tenir au courant de ce dossier (et d'autres) le plus possible, malgré mon travail.
    Je n'étais pas au courant de ces exceptions à la loi sur l'accès à l'information des cies minières et gazières.
    Maintenant, que peut-on faire, pour qu'il y ait annulation de ces articles dans la loi. Je trouve tjrs frustrant d'apprendre une information capitale pour le public et ne pas savoir quoi faire avec.
    Maintenant qu'on voit M.Caillé sur toutes les tribunes défendre ces cies et la sienne aussi (à ne pas oublier qu'il est aussi actionnaire dans celle pour laquelle il travaille). Il était aussi dans le dossier du
    suroît où il manipulait l'information en disant que c'était urgent de
    développer l'hydro électricité car on allait en manquer., alors que 5 ans plus tard, on est en surplus et qu'on la vend même à moindre coût à l'état du Vermont (dont Charest se vante). Heureusement la population de cette région s'est soulevée et ils ont gagné, peut-on espérer le même mouvement des citoyens dans ce dossier étant donné que là on promet bcp d'emplois et que ce sera la manne pour le Québec (ce qui reste à voir, étant donné que la plupart de ces cies sont étrangères), les enjeux ne sont pas les mêmes. Quand ils auront terminés leur exploitation de la richesse, dans quel état sera le territoire et à quel prix devrons-nous décontaminer s'il y a lieu, peut-être aussi le coût du système de santé s'il y a lieu.
    Je ne vois qu'un seul moyen pour l'instant, si le parti québécois doit être le prochain gouvernement, nous devons savoir à quelle enseigne le parti se situe concernant ces articles (sus-mentionnés) de la loi d'accès à l'information.

  • d.lauzon
    Inscrit
    mercredi 1 septembre 2010 12h17
    Cet article vient confirmer que Charest et sa gang de magouilleurs sont dangeureux
    Cet article de Jean Baril est très choquant pour nous les citoyens du Québec. Alors que le Gouvernement devrait servir les intérêts de la population on se rend compte qu'il travaille contre nous. Le PM et ses ministres sont de purs hypocrites qui essaient le plus possible de nous garder dans l'ignorance. André Caillé et Jean Charest sont des amis de longue date et étant donné que M. Caillé a des intérêts dans les mines, il n'a pas de difficulté à convaincre Charest à embarquer dans tous ses projets qui rapportent gros.

    L'expression "Maîtres chez nous" ne veut plus dire grand chose et la prétention du gouvernement Charest de se préoccuper de l'environnement est mise à jour..

  • d.lauzon
    Inscrit
    mercredi 1 septembre 2010 17h46
    On est pris avec un PM et des ministres sans principes moraux et avec trop peu de compétences
    Depuis que Charest est au pouvoir, je n'ai pu observer aucune réalisation positive pour les québécois. Lui et son équipe sont sûrement parmi les pires que le Québec ait connu.

  • Louis Langelier
    Abonné
    jeudi 2 septembre 2010 09h20
    Un principe toujours d'actualité
    Le débat entourant la mise en valeur des gaz de schiste au Québec concerne une réalité environnementale sur laquelle la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED) s’est prononcée il y a près de 20 ans déjà (en juin 1992).

    Ce type de débat est fondamental et il est opportun de retourner aux principes mis de l’avant par la CNUED. Le principe 10 me semble particulièrement pertinent :

    PRINCIPE 10
    « La meilleure façon de traiter les questions d'environnement est d'assurer la participation de tous les citoyens concernés, au niveau qui convient. Au niveau national, chaque individu doit avoir dûment accès aux informations relatives à l'environnement que détiennent les autorités publiques, y compris aux informations relatives aux substances et activités dangereuses dans leurs collectivités, et avoir la possibilité de participer aux processus de prise de décision. Les États doivent faciliter et encourager la sensibilisation et la participation du public en mettant les informations à la disposition de celui-ci. Un accès effectif à des actions judiciaires et administratives, notamment des réparations et des recours, doit être assuré ».

    Source : Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement.

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