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    Dossier noir sur le gaz de schiste

    1435 infractions relevées par la Pennsylvanie en deux ans et demi

    Un ouvrier surveille la purge d’un puits de gaz de schiste dans l’État du Nouveau-Mexique, une scène typique qui pourrait se multiplier au Québec, en particulier sur la rive sud du fleuve, où se concentre l’essentiel des projets d’exploration et d’exploitation.<br />
    Photo: Agence France-Presse (photo) Robert Nickelsberg Un ouvrier surveille la purge d’un puits de gaz de schiste dans l’État du Nouveau-Mexique, une scène typique qui pourrait se multiplier au Québec, en particulier sur la rive sud du fleuve, où se concentre l’essentiel des projets d’exploration et d’exploitation.
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    En plus de revoir en profondeur les règles fédérales qui encadrent la prospection et l'exploitation des gaz de schiste aux États-Unis, la société civile se mobilise dans ce dossier. Un groupe vient de fournir un portrait inquiétant des pratiques de cette industrie en Pennsylvanie.

    En deux ans et demi, les minières qui prospectent ou exploitent les gaz de schiste de la formation Marcellus, en Pennsylvanie, ont contrevenu à 1435 reprises aux lois et règlements administrés par le département de Protection environnementale (DPE) de cet État, dont 952 infractions ayant des impacts environnementaux.

    C'est ce qui ressort du bilan d'une demande d'accès à l'information déposée auprès du DPE de Pennsylvanie par la Pennsylvania Land Trust Association, un groupe d'intérêt qui surveille l'intégrité environnementale du territoire de cet État.

    Les infractions relevées et publiées par ce groupe au début d'août ont été commises par les exploitants entre le 1er janvier 2008 et le 25 juillet dernier.

    En plus des bilans de mauvaises pratiques dressés au niveau fédéral des États-Unis par des commissions sénatoriales et l'Environmental Protection Agency (EPA), ce bilan pennsylvanien est le premier à offrir un relevé exhaustif des infractions constatées par un État sur l'ensemble de son territoire pendant plus de deux ans.

    Aux 1435 infractions compilées par les inspecteurs — dont l'État a fait passer le nombre de 26 à 126 pour ce seul secteur en 18 mois — s'ajoutent 669 avis d'infraction et 818 avertissements signifiés par les contrôleurs routiers en trois jours seulement aux conducteurs des poids lourds qui transportent les eaux contaminées, les boues de forage, les produits dangereux, etc.

    La filiale étasunienne de Talisman Energy, la société qui détient des titres d'exploration sur la rive sud du Québec, de la rivière Richelieu au pont de Québec approximativement, arrive au cinquième rang pour le nombre d'infractions relevées par le département de Protection environnementale de Pennsylvanie sur les 43 compagnies en activité dans cet État. Selon le bilan de la Pennsylvania Land Trust Association, on a constaté 65 infractions dans les 121 puits appartenant à Talisman. Cet exploitant et la société Questerre vont être les premiers au Québec à avoir un site en exploitation dès le milieu de 2011 à Saint-Édouard-de-Lotbinière. Le site devrait être relié par pipelines au réseau de Gaz Métro, révélait récemment Le Devoir.

    Plusieurs types d'infractions

    Le plus important bloc d'infractions à incidences environnementales, soit 277 infractions, avait trait aux impacts de l'érosion et des apports de sédiments dans les cours d'eau, attribuables aux travaux de construction des routes, des sites de forage et au creusage des tranchées destinées aux pipelines. Plusieurs des minières en cause n'avaient tout simplement pas de plan de gestion de l'érosion et des apports en sédiments, un volet peu réglementé au Québec.

    En deuxième lieu venaient les impacts sur les cours d'eau des rejets des eaux et boues provenant des sites de forage. Selon le bilan publié par le groupe citoyen de Pennsylvanie, environ 20 % des fluides injectés en profondeur pour fracturer les formations de schistes sont ramenés à la surface pour dégager la voie au gaz convoité. Ces eaux contiennent des produits chimiques utilisés pour mieux fracturer les schistes. En principe on confine ces eaux, souvent très salines, dans des bassins ou des réservoirs avant de les acheminer vers des lieux d'élimination sécuritaire. Les infractions portaient essentiellement ici sur l'efficacité souvent douteuse des bassins de rétention et de structures de confinement plus ou moins appropriées.

    Au Québec, certains exploitants veulent confier aux usines d'épuration municipales le traitement de ces eaux contaminées avec des toxiques même si les procédés de ces usines n'ont pas été conçus à cette fin.

    Les eaux extraites de la croûte terrestre ainsi que les boues produites par les puissantes mèches qui forent les puits ont abouti à 154 reprises dans les cours d'eau, selon ce dossier noir. Ces eaux, d'après une revue scientifique publiée en février 2009 aux États-Unis, contenaient des perturbateurs endocriniens susceptibles de causer des maladies de la peau, des problèmes respiratoires et des dérèglements gastro-intestinaux, en plus d'avoir des impacts sur les systèmes nerveux et immunitaire. Un produit sur cinq utilisé pour fracturer les schistes est considéré aux États-Unis comme un perturbateur endocrinien.

    Des puits mal isolés

    Enfin, le bétonnage des puits, censé les isoler des nappes souterraines, s'est avéré fautif dans 10 cas, et dans 16 autres cas, les valves de fermeture, censées protéger contre les explosions et les fuites majeures, n'étaient pas conformes aux normes. Le mauvais fonctionnement d'une de ces valves a provoqué le 3 juin dernier dans le comté de Clearfield le rejet d'un million de gallons de gaz et d'eau contaminée à une hauteur de 75 pieds dans les airs pendant 16 heures avant qu'on puisse colmater le puits en question.

    Le secrétaire d'État responsable du département de Protection environnementale de la Pennsylvanie, John Hanger, a réagi à la publication de ce rapport auprès du Pittsburgh Post-Gazette, le 3 août, en disant que toutes ces infractions démontrent en réalité que l'État maîtrise la situation. Mais il a reconnu que si l'État n'exigeait pas la perfection, il y avait encore «trop de fuites, trop de déversements et de trop nombreuses migrations des gaz vers les nappes souterraines» malgré toutes les assurances et les campagnes médiatiques des industriels.












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