Ottawa néglige la surveillance du climat - Un rapport interne d'Environnement Canada sonne l'alarme
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
La surveillance du climat permet aux scientifiques d'établir des tendances à moyen et à long terme, de recenser des cycles et de comprendre les changements climatiques.
Ottawa — Le réseau de surveillance climatologique d'Environnement Canada est en piteux état, révèle un rapport interne qui conclut qu'un sérieux coup de barre est nécessaire. À défaut de quoi, le système en place ne pourra bientôt plus répondre aux normes internationales, et la fiabilité des données permettant de comprendre les changements climatiques sera compromise.
C'est un dur constat qu'établit ce document dont Le Devoir a obtenu copie et qui porte sur la dégradation du réseau climatologique d'Environnement Canada. Le document a été rédigé en juin 2008, mais ses principaux constats demeurent aujourd'hui actuels, selon plusieurs sources.
Les conclusions de l'auteur du rapport — un scientifique d'Environnement Canada — dressent un sombre portrait de la situation. «L'infrastructure nécessaire pour recueillir et traiter les données climatiques a subi une dégradation constante depuis 10 ou 15 ans», indique-t-on, et «cette tendance s'accélère».
Ainsi, la «capacité d'Environnement Canada [EC] de protéger les Canadiens par la collecte, l'interprétation et la diffusion d'information sur l'état de notre système national du climat a été compromise par une longue période de coupes budgétaires à Service météorologique du Canada [SMC]», dit le rapport.
L'étude menée auprès des scientifiques d'EC conclut notamment qu'il y a des «erreurs significatives» dans les données des précipitations recueillies automatiquement. Le contrôle général de qualité des données pose aussi un problème: depuis avril 2008, aucun membre du personnel d'EC ne vérifie la valeur de ce qui est recueilli. Cet allégement de la procédure risque de contaminer la base de données du centre d'Archives nationales d'information et de données climatologiques, souligne-t-on.
Le manque de fonds et de ressources au sein d'Environnement Canada fait en sorte que des informations climatologiques faciles à obtenir et à interpréter sont laissées de côté. De même, on précise que des «clients d'EC, autant à l'interne qu'à l'externe, sont incapables d'obtenir les informations qu'ils cherchent».
Le rapport établit au final que le Service météorologique du Canada arrive mal à atteindre les standards fixés par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) pour la surveillance du climat. Les impacts de cette situation pourraient être gênants: pour faire des prévisions météo globales, chaque pays échange ses données avec ses voisins... à condition qu'ils respectent les critères de l'OMM.
Changements climatiques
La surveillance du climat permet aux scientifiques d'établir des tendances à moyen et à long terme, de recenser des cycles et de comprendre les changements climatiques, explique Alain Bourque, du consortium Ouranos. Les données servent aussi dans l'étude de la faune et de la flore. Les données météorologiques vont quant à elles servir à plus court terme, notamment pour le transport aérien ou l'agriculture.
M. Bourque se dit peu surpris des grandes lignes de l'étude: il a observé de l'intérieur ces problèmes avant de quitter EC pour Ouranos, il y a quelques années. Il affirme que le déclin a débuté au milieu des années 90, quand le gouvernement Chrétien s'est lancé dans la lutte pour la réduction du déficit. «Jusque-là, l'archivage et le traitement des données allaient bien, dit-il. Mais on a commencé à couper et on n'a plus jamais été capable de revenir aux niveaux d'antan.»
Pour l'Institut Pembina, qui a fait une demande d'accès à l'information afin d'obtenir ce document, «le rapport démontre sans équivoque le besoin urgent d'améliorer la surveillance du climat et des conditions météorologiques au Canada».
«Si nous ne remédions pas à la situation, le manque de bonnes informations concernant les précipitations et les tempêtes, nous risquons des conséquences graves», estime l'Institut en rappelant que les «ingénieurs ont besoin de ce type d'informations afin de s'assurer que les ponts et autres infrastructures sont bien adaptés aux rigueurs du climat futur. Les données climatiques ont toujours été importantes, mais c'est d'autant plus vrai dans le contexte du réchauffement de la planète».
Au moment même où ce rapport était présenté à Environnement Canada, en juin 2008, le gouvernement du Québec déposait son plan d'action sur les changements climatiques. Ce dernier établissait qu'il est «indispensable de consolider les réseaux de surveillance environnementale et de les adapter afin de quantifier adéquatement les tendances et l'ampleur des changements en cours».
En affirmant qu'il faudra «compter sur la disponibilité de données climatologiques fiables», Québec annonçait alors des investissements «dans la consolidation et la modernisation du réseau climatologique». Une attention que l'Institut Pembina aimerait voir se répercuter à Ottawa.
Difficile
Joint vendredi, le ministère a pour sa part reconnu qu'il «a été difficile de répondre à tous les besoins de toutes les régions» du pays depuis le milieu des années 90. «Nous concentrons nos ressources aux endroits où elles sont les plus efficaces pour nous permettre d'atteindre notre objectif, soit de s'assurer que les Canadiens disposent des renseignements dont ils ont besoin», indique le porte-parole Mark Johnson.
Dans une réponse détaillée, ce dernier affirme que la priorité du gouvernement a été accordée au programme d'avertissement de temps violents, et qu'un «plan d'action global» est en cours de rédaction pour «orienter les activités» de SMC.
C'est un dur constat qu'établit ce document dont Le Devoir a obtenu copie et qui porte sur la dégradation du réseau climatologique d'Environnement Canada. Le document a été rédigé en juin 2008, mais ses principaux constats demeurent aujourd'hui actuels, selon plusieurs sources.
Les conclusions de l'auteur du rapport — un scientifique d'Environnement Canada — dressent un sombre portrait de la situation. «L'infrastructure nécessaire pour recueillir et traiter les données climatiques a subi une dégradation constante depuis 10 ou 15 ans», indique-t-on, et «cette tendance s'accélère».
Ainsi, la «capacité d'Environnement Canada [EC] de protéger les Canadiens par la collecte, l'interprétation et la diffusion d'information sur l'état de notre système national du climat a été compromise par une longue période de coupes budgétaires à Service météorologique du Canada [SMC]», dit le rapport.
L'étude menée auprès des scientifiques d'EC conclut notamment qu'il y a des «erreurs significatives» dans les données des précipitations recueillies automatiquement. Le contrôle général de qualité des données pose aussi un problème: depuis avril 2008, aucun membre du personnel d'EC ne vérifie la valeur de ce qui est recueilli. Cet allégement de la procédure risque de contaminer la base de données du centre d'Archives nationales d'information et de données climatologiques, souligne-t-on.
Le manque de fonds et de ressources au sein d'Environnement Canada fait en sorte que des informations climatologiques faciles à obtenir et à interpréter sont laissées de côté. De même, on précise que des «clients d'EC, autant à l'interne qu'à l'externe, sont incapables d'obtenir les informations qu'ils cherchent».
Le rapport établit au final que le Service météorologique du Canada arrive mal à atteindre les standards fixés par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) pour la surveillance du climat. Les impacts de cette situation pourraient être gênants: pour faire des prévisions météo globales, chaque pays échange ses données avec ses voisins... à condition qu'ils respectent les critères de l'OMM.
Changements climatiques
La surveillance du climat permet aux scientifiques d'établir des tendances à moyen et à long terme, de recenser des cycles et de comprendre les changements climatiques, explique Alain Bourque, du consortium Ouranos. Les données servent aussi dans l'étude de la faune et de la flore. Les données météorologiques vont quant à elles servir à plus court terme, notamment pour le transport aérien ou l'agriculture.
M. Bourque se dit peu surpris des grandes lignes de l'étude: il a observé de l'intérieur ces problèmes avant de quitter EC pour Ouranos, il y a quelques années. Il affirme que le déclin a débuté au milieu des années 90, quand le gouvernement Chrétien s'est lancé dans la lutte pour la réduction du déficit. «Jusque-là, l'archivage et le traitement des données allaient bien, dit-il. Mais on a commencé à couper et on n'a plus jamais été capable de revenir aux niveaux d'antan.»
Pour l'Institut Pembina, qui a fait une demande d'accès à l'information afin d'obtenir ce document, «le rapport démontre sans équivoque le besoin urgent d'améliorer la surveillance du climat et des conditions météorologiques au Canada».
«Si nous ne remédions pas à la situation, le manque de bonnes informations concernant les précipitations et les tempêtes, nous risquons des conséquences graves», estime l'Institut en rappelant que les «ingénieurs ont besoin de ce type d'informations afin de s'assurer que les ponts et autres infrastructures sont bien adaptés aux rigueurs du climat futur. Les données climatiques ont toujours été importantes, mais c'est d'autant plus vrai dans le contexte du réchauffement de la planète».
Au moment même où ce rapport était présenté à Environnement Canada, en juin 2008, le gouvernement du Québec déposait son plan d'action sur les changements climatiques. Ce dernier établissait qu'il est «indispensable de consolider les réseaux de surveillance environnementale et de les adapter afin de quantifier adéquatement les tendances et l'ampleur des changements en cours».
En affirmant qu'il faudra «compter sur la disponibilité de données climatologiques fiables», Québec annonçait alors des investissements «dans la consolidation et la modernisation du réseau climatologique». Une attention que l'Institut Pembina aimerait voir se répercuter à Ottawa.
Difficile
Joint vendredi, le ministère a pour sa part reconnu qu'il «a été difficile de répondre à tous les besoins de toutes les régions» du pays depuis le milieu des années 90. «Nous concentrons nos ressources aux endroits où elles sont les plus efficaces pour nous permettre d'atteindre notre objectif, soit de s'assurer que les Canadiens disposent des renseignements dont ils ont besoin», indique le porte-parole Mark Johnson.
Dans une réponse détaillée, ce dernier affirme que la priorité du gouvernement a été accordée au programme d'avertissement de temps violents, et qu'un «plan d'action global» est en cours de rédaction pour «orienter les activités» de SMC.
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